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Culture & Médias

De Women Sense Tour à Lallab : « Révolutionner l’image des femmes musulmanes »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 28 Septembre 2016

Marre des préjugés sur les femmes musulmanes ? Sarah Zouak et Justine Devillaine se sont mises en tête de les combattre. Fondatrices de l’association Lallab et réalisatrices du documentaire Women Sense Tour – in Muslim countries, les deux jeunes femmes ont de l’énergie à revendre. Et elles en ont bien besoin face aux débats houleux dont les musulman-e-s en France font régulièrement l’objet sans toujours en être des acteurs comme l’épisode estival du burkini le rappelle. Inspirées par de multiples rencontres, elles ambitionnent de « révolutionner l’image des femmes musulmanes en France ». Zoom sur leur initiative.



Déconstruire les préjugés sur les femmes musulmanes, le travail auquel s'est dédiée l'association Lallab, co-fondée par Sarah Zouak et Justine Devillaine, ici entourés de bénévoles et soutiens de leur initiative. © Lallab
Déconstruire les préjugés sur les femmes musulmanes, le travail auquel s'est dédiée l'association Lallab, co-fondée par Sarah Zouak et Justine Devillaine, ici entourés de bénévoles et soutiens de leur initiative. © Lallab
« La veille de mon départ (au Maroc), je ne savais même pas comment faire marcher la caméra », se souvient, le sourire jusqu’aux oreilles, Sarah Zouak, 27 ans. Depuis, que du chemin parcouru avec Justine Devillaine, 26 ans. Ensemble, ces jeunes femmes dynamiques ont fondé fin 2015 l'association Lallab - néologisme associant « Lalla » (Madame en arabe) et « Lab » pour laboratoire d'idées - visant à déconstruire les préjugés tenaces sur les femmes musulmanes. A cette fin, elles se sont lancées dans la promotion de leur documentaire baptisé Women Sense Tour — in Muslim countries qui raconte leur voyage dans cinq pays musulmans à la rencontre d’actrices du changement.

De Women Sense Tour à Lallab : « Révolutionner l’image des femmes musulmanes »

Des femmes aux identités plurielles

Du Maroc à l’Indonésie, en passant par la Tunisie, la Turquie et l’Iran, ce sont les histoires et les activités de 25 femmes d’exception que les réalisatrices ont su mettre en valeur. Parmi elles, on découvrira au Maroc Aïcha Ech-Chenna, présidente de Solidarité féminine qui vient en aide aux femmes célibataires, et Asma Lamrabet, directrice du Centre d'études et de recherches féminines en islam (Cerfi) ; Halime Güner, fondatrice de l'association Flying Broom contre les violences faites aux femmes, en Turquie ; ou encore, en Indonésie, Masnuah MbaNuk fondatrice de Puspita Bahari, une coopérative pour les pêcheuses… Des femmes à référence musulmane mais aux identités plurielles, tant dans leurs origines que dans leur parcours de vie, leur rapport à leur société, à la religion et même au féminisme.

Cette mise en avant de la diversité intra-musulmane contribue ainsi à lutter contre le premier des préjugés sur les femmes, à savoir leur homogénéité supposée. « Non, toutes les femmes musulmanes ne pensent pas pareil ! », rappelle - une évidence - Sarah Zouak, qui aime à marteler combien il est possible de conjuguer, sans contradiction, sa foi - quelle que soit la forme que revêt la pratique religieuse - avec un profond engagement féministe.

Promouvoir un féminisme inclusif

C’est ce qui avait décidé en 2014 la jeune étudiante d’alors en master de relations internationales à conduire son mémoire sur le féminisme islamique malgré les réticences de sa directrice qui se présentait elle-même comme « féministe ». Une attitude symptomatique du féminisme mainstream qui exclut bien trop souvent de son champ les femmes musulmanes, avec le voile pour ligne de fracture.

« On m’avait dit de choisir entre être musulmane ou féministe. Je ne pouvais pas, je ne voyais pas le problème. (…) C’est là que s’est produit le déclic », raconte la Franco-marocaine. Après un stage de six mois au Maroc auprès de Solidarité féminine et un mémoire réussi, elle se lance dans l’aventure du Women Sense Tour en octobre 2014, en grande partie grâce au financement participatif (crowfunding).

De retour en France en juin 2015, « je me suis dis : "Tu ne peux pas t’arrêter à Women Sense Tour". J’avais envie de créer un mouvement à vocation antiraciste et féministe ». Emerge alors Lallab, qu’elle cofonde avec Justine Devillaine, elle aussi étudiante en relations internationales qui avait rejoint Sarah en cours de route en Iran et en Indonésie. Une musulmane et une athée, un couple d’amies qui s’est bien trouvé pour l'aventure qui s'annonce.

La sensibilisation par l’image

La création de l’association, rendue publique en mai 2016, ne s’est pas faite sans difficultés. Deux mois plus tôt, une agence du Crédit Agricole refusait à Lallab l’ouverture d’un compte bancaire, nécessaire pour la mise en route de ses activités en France.

Bien que le compte soit aujourd’hui domicilié ailleurs, ce moment a été mal vécu par Sarah, qui accuse la banque de discrimination : « On ne pensait pas se heurter à une telle hostilité. Mais cela ne nous a pas découragées pour autant. »

Heureusement pour Sarah et Justine, leur travail de sensibilisation paye, et la reconnaissance avec. Des projections-débats du premier épisode sur le Maroc (sur les cinq au total que composera le documentaire) sont organisées depuis mai avec succès. Constaté dès juin par Saphirnews, l’accueil du public est à chaque fois des plus positifs, encourageant les jeunes femmes à poursuivre leur action de terrain. Après Paris, un tour de France est dans les bacs.


Outre la réalisation et la promotion du Women Sense Tour, Lallab, qui est membre du réseau d’aide à l’entrepreneuriat social Make Sense, est décidée à « révolutionner l’image des femmes musulmanes » à travers la diffusion - en partenariat avec Saphirnews - de portraits d’actrices du changement, « des modèles d’inspiration » qui sont loin d’être des exceptions à une quelconque règle. En plus de la déconstruction des préjugés, Lallab espère aussi « susciter l’inspiration pour permettre aux femmes de devenir pleinement les actrices de leur vie ».

Des ateliers de sensibilisation autour du féminisme et des discriminations dans les collèges et les lycées, sur le modèle de ceux mis en place par le mouvement Coexister autour de la laïcité et du fait religieux, devraient prochainement compléter la palette des activités de la jeune association. L’espoir de Sarah : « Que chacun-e s’épanouisse dans l’altérité dans une société où on peut être soi et non ce que les autres veulent que l’on soit. »

L’avenir de Lallab s’annonce plein de promesses. Pour son action, plusieurs prix lui ont été remis, le plus prestigieux jusque là étant celui que lui remet en octobre la Fondation de France. Une reconnaissance qui émeut Sarah : « On est vraiment parti de loin. » Et Lallab devrait pouvoir aller encore plus loin, sa contribution au changement ne peut que faire du bien à la société.






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