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Points de vue

Mission parlementaire sur le voile intégral : honte à vous, Antoine Sfeir et Jean Glavany !

Par Françoise Duthu*

Rédigé par Françoise Duthu | Jeudi 17 Décembre 2009



Antoine Sfeir, auditionné le 8 décembre, par la mission parlementaire sur le voile intégral, en passe de faire voter une loi.
Antoine Sfeir, auditionné le 8 décembre, par la mission parlementaire sur le voile intégral, en passe de faire voter une loi.
La France est un pays de libre expression. À ce titre, tout un chacun peut être légitimement critiqué pour ce qu'il dit, écrit, fait.

Mais ces critiques doivent remplir une condition : ne pas contenir d'éléments mensongers ni diffamatoires.

Un personnage public est particulièrement critiqué ces dernières années en France : l'intellectuel Tariq Ramadan, aujourd'hui professeur d'université à Oxford.

Beaucoup de ces critiques sont fondées sur des a priori. Des a priori, nous en avons tous. La problème commence lorsque nous ne sommes plus en mesure de revoir nos opinions à la lumière des faits.

Récemment, Tariq Ramadan était auditionné à l'Assemblée nationale (voir la vidéo ci-dessous, partie 1, les autres sont à la suite), appelé comme personne ès qualité par le président de la mission parlementaire qui doit rendre un avis sur le port du voile intégral (dénommé couramment burqa).



Son propos introductif (voir vidéo ci-dessus), très instructif, a tenté d'éclairer la mission sur la réalité de la diversité interne à l'islam et d'attirer son attention sur les moyens d'agir avec efficacité. À la suite du jeu de questions-réponses, on a pu, au passage, se demander si certains membres de la mission avaient gardé en tête l'objet de l'audition : obtenir des éléments les éclairant pour leur recommandation finale à propos du voile intégral.

Il a parfois semblé qu'il s'agissait du procès de Tariq Ramadan (et notamment lorsque Jean Glavany, membre de la mission, s'est exprimé d'une manière particulièrement vive).

Quelques jours plus tard, c'était au tour d'Antoine Sfeir (directeur des Cahiers de l'Orient, président du Centre d'études et de réflexions sur le Proche-Orient et professeur en relations internationales au CELSA) d'être auditionné. Ce qui permit une nouvelle expression à Jean Glavany (député des Hautes-Pyrénées, ancien ministre de l'Agriculture sous Jospin, docteur en économie urbaine).

Voir leur brillante − navrante − prestation ci-après :




Leurs titres et leurs parcours indiquent qu'ils ont tous les moyens d'une appréciation critique fondée intellectuellement. Or que voit-on ? Une incapacité radicale à argumenter intellectuellement de la moindre façon plausible et l'usage de propos clairement diffamatoires sur le fond, mais courageusement… anonymes !

Antoine Sfeir regrette l'audition d'un « citoyen » qui n'est pas de notre pays et qui n'est pas professeur d'université − au passage, il rabaisse même le premier titre de Tariq Ramadan, qui était professeur au Collège de Genève (un lycée prestigieux en fait) et le réduit à être « à peine un professeur d'école » −, alors qu'il fut professeur à Notre-Dame aux États-Unis (le contrat a duré plusieurs mois), professeur à Rotterdam, et actuellement professeur à Oxford, qui ne pratique pas l'arabe − c'est énorme ! : c'est sa langue maternelle ! − et qui n'aurait pas de qualification théologique (son cursus à Al Ahzar fut « à l'ancienne » en cours particuliers intensifs…).

En outre, ce « citoyen » anonyme d'un autre pays aurait écrit qu'il appartenait aux Frères musulmans dans l'avant-propos de son ouvrage Aux sources du renouveau musulman (ce qui est faux, comme chacun peut le vérifier en se référant à l'ouvrage en question). Tout cela s'appelle mensonge.

Quant à Jean Glavany, ses arguments sont encore d'un niveau plus bas, le niveau policier. Il aurait cherché qui lui avait envoyé de nombreux mails, à la suite de sa prestation agressive et non argumentée lors de l'audition de la personne « non identifiée » dont parle Antoine Sfeir − il ne cite pas non plus le nom de Tariq Ramadan − et se serait aperçu que cet individu aurait payé des gens pour l'envoi de ces mails ! Qu'il le prouve !

On remarque, sur la vidéo, qu'André Gérin, président de la mission, laisse tenir ces propos ahurissants, clairement diffamatoires (dans leur esprit, mais non dans la forme : ces courageux critiques n'ont pas cité le nom, à aucun moment...) sans intervenir.

Ces propos répétés à l'extérieur de l'Assemblée nationale sous forme nominative auraient entraîné leurs auteurs devant un tribunal. Leur « courage » est tel que, même protégés juridiquement par leur intervention au sein d'une mission parlementaire, ils ne prononcent pas le nom de celui qu'ils diffament (sur le fond).

Leurs misérables interventions sont le signe d'une défaite de la pensée − la leur ! − et d'un déficit du débat démocratique, dans lequel tout est admis. Affligeant !

En y réfléchissant un peu plus, ces deux hommes ont quand même un certain courage : ils ne craignent pas le ridicule !



* Françoise Duthu est ancienne députée au Parlement européen (Verts/ALE - Alliance libre européenne). Maître de conférences en sciences économiques à l'université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, elle est l'auteure de Le Maire et la Mosquée, islam et laïcité en Île-de-France (Éd. L'Harmattan, 2009).