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Points de vue

Le monde associatif, otage ou complice du politique ?

Rédigé par Mouedden Mohsin | Lundi 8 Mars 2004

Pour clarifier et ne pas verser dans le simplisme, nous pensons qu’il est important d’avoir une analyse fine de la situation associative au sein de notre pays.
Par le monde associatif (1) nous entendons les associations travaillant et oeuvrant dans les quartiers difficiles pour « aider », « insérer » les jeunes en difficultés, les citoyens immigrés ou d’origines.



Pour clarifier et ne pas verser dans le simplisme, nous pensons qu’il est important d’avoir une analyse fine de la situation associative au sein de notre pays.Par le monde associatif (1) nous entendons les associations travaillant et oeuvrant dans les quartiers difficiles pour « aider », « insérer » les jeunes en difficultés, les citoyens immigrés ou d’origines.Le monde associatif politisé depuis des lustres, est un des piliers du monde socialiste et socialiste chrétien, dans un pays où les « chapelles » et « piliers » font la pluie et le beau temps des politiques, depuis la nuit du temps.

Ce monde associatif est souvent décrié par les citoyens et le politique, on fait peser sur ses épaules une multitude de carences sociales que le politique n’est pas arrivé ou n’a pas voulu résoudre… 

Il est aussi accusé de ne pas régler les problèmes de délinquances, de nuisances publiques ou d’incivilités, pour d’autres de ne privilégier que l’aspect occupationnel, sans véritable projet citoyen ou alors d’être trop militant, engagé, entreprenant à l’égard des « pauvres », des jeunes fragilisés et des immigrés, lorsqu’il est « autonome » du pouvoir politique. 

Quoi qu’il en soit, le monde associatif ne laisse personne indifférent.Pourtant il n’existe pas un monde associatif, mais « des mondes associatifs » pluriels, tant par leurs philosophie, idéologie que couleur politique.La détérioration du tissu urbain, la paupérisation et l’abandon de beaucoup de quartiers « immigrés » (2) depuis les années 70 pour des raisons électoralistes,   va permettre aux associations de quartier, aux moyens dérisoires, travaillant eux-mêmes dans des taudis, de voir rapidement le jour dès les années 80 pour jouer « au pompier » et donner l’impression aux citoyens que l’on s’occupe d’eux.Ce n’est que vers les années 90 suite aux « révoltes » de Forest, Saint-Gilles et Molenbeek en 1991, que les associations de quartiers vont « penser » jouer un rôle important mais pour beaucoup, elles serviront plutôt à « panser » les plaies d’une misère sociale grandissante. Les plans sécuritaires impulsés par les différents gouvernements depuis les années 90, une xénophobie latente, une délinquance toujours plus accrue, la montée en puissance du Vlaams Block  et un paternalisme édifiant à l’égard des populations fragilisées, va permettre à certaines associations « dinosaures » bruxelloises de se revendiquer « porte parole » au nom des « jeunes », des « immigrés » des « sans voix »… qui très souvent se méfient de ces « grosses boîtes » bien huilées. Cette population fragilisée est un moyen utilisé par les dites associations pour revendiquer plus de moyens financiers, encore et toujours, l’argent restant non seulement la priorité mais aussi le nerf de la « guerre ».

Le politique voyant là, une possibilité non négligeable de soutenir des associations ayant pignon sur rue, de rehausser son image ternie et de parader médiatiquement pour espérer en retour récolter les dividendes lors des scrutins, n’hésitera pas à « soutenir » les associations « amis ».Les enveloppes budgétaires et les subsides de ces multitudes d’associations « requins » (3)affiliées de près ou de loin à telle ou telle politique,  va « gonfler » malgré des restrictions budgétaires… du travail social on passera très rapidement au contrôle sociale. La marge est en effet minime.

Le monde politique ne s’arrêtera pas en si bon chemin, après le contrôle social on pensera l’intégration via la culture exotique et puis l’assimilation en « culturalisant » (4) l’islam (du marocain arabe on passera au musulman), celui-ci devenant le moyen par lequel ses populations vont s’intégrer, s’assimiler, cette vue simpliste ou l’immigré, l’arabe, le turc ou le sub-saharien ne pourra s’intégrer que via l’associatif sera non seulement un échec, mais plus grave est une vue de l’esprit simpliste, caricaturale et fortement empreinte d’un certain néo-colonialisme (peu ou pas d’incitants positifs concernant l’emploi, l’économie et la lutte contre les ségrégations des musulmanes et musulmans cantonnés dans des emplois « jeunes »). Lors des « révoltes » en 1997 à Cureghem à Anderlecht, nous entendrons des responsables politiques « annôner »  promettre qu’enfin une véritable politique, un plan « Marshal » verra le jour pour « cette jeunesse oubliée » défavorisée, ces « immigrés » de la deuxième génération… perpétuellement « immigrés », même en étant nés en Belgique.  Juste après les révoltes d’Anderlecht, le gouvernement belge débloquera un montant de plus d’un milliard de francs belges pour différents quartiers bruxellois, dont une grande partie ira d’ailleurs au sécuritaire, (police, gendarmerie, gardiens et éducateurs de rue sans projets) résultant une recrudescence de la délinquance, une frustration énorme au sein des jeunes dépités par un monde politique souvent arrogant et méprisant.  Nous constatons aujourd’hui les effets désastreux de ces politiques paternalistes sans objectif citoyen clairement défini avec la population concernée.

Plus grave encore, nous assisterons dans les dernières années à une criminalisation des associatifs et militants des droits civiques n’acceptant pas cette vision « Bushienne » et « manichéenne » des pouvoirs. Nous atteindrons le summum de la criminalisation du monde associatif avec le collectif contre les expulsions suite à l’assassinat par les forces de l’ordre de la nigérienne « Sémira Adamu »(5), quant à la Ligue Arabe Européenne (6), nous assisterons pendant des semaines à une hystérie collective du monde politique et médiatique, à quelques rares exceptions près et pour finir la criminalisation de certains citoyens des droits civiques surveillés de prés par la Sûreté de l’état.

Cette criminalisation « subtile » s’opère en général stratégiquement par trois étapes… bien distinctes mais qui se rejoignent en filigrane, d’abord une approche du politique pour tenter de récupérer l’association ou le mouvement « subversif » en question, voyant que cela ne réussit pas, on propose alors « un dessous de table », une forte rémunération ou un subside pour faire taire des voix discordantes et puis lorsqu’on constate que cela ne marche toujours pas, c’est la grosse artillerie qui se met en route, à savoir la criminalisation et au pire… des inculpations pour calomnies ou diffamations pour « freiner » les ardeurs de certaines associations jugées subversives. Ces réalités ne se passent pas dans une république bananière ou dans un pays en voie de démocratisation, mais bien en Belgique au 21ème siècle, où le politique, la police, la Sûreté de l’état surveille plus que l’on pense, le monde associatif « libre » (La Belgique est-elle un état policier, enquête du monde diplomatique ?)

Le bilan de ces politiques est en effet mitigé voire médiocre. Pouvons nous espérer une évolution ? Malheureusement force est de constater que le clientélisme et le paternalisme sont toujours aussi bien présents, qu’aujourd’hui financer un projet tant au niveau local, régional et fédéral politisé à outrance, devient quasi impossible sans la présence au sein du conseil d’administration d’un politique, d’un garant « blanc », de préférence des partis traditionnels. (7) Il est symptomatique de constater que la politique mise par le gouvernement belge n’a pas porté ses fruits, malgré une énergie associative (autonome du politique) parfois étonnante par son dynamisme et son désir de construire une société harmonieuse, équitable et juste, se basant avant tout sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de la Femme !

Pour sortir de cette ambiguïté « les mondes associatifs » fortement divisés devront nécessairement passer par une autocritique sincère et véritable, afin de ne plus servir de caution et se servir de la misère humaine, de sortir de ce discours lénifiant de « colonisés », de ne plus être l’otage du politique ou des échéances électorales.

Le rôle de l’associatif est de pousser la société à la réflexion en dénonçant les racismes et discriminations, en mettant en avant les priorités des citoyens (lutter contre les discriminations dans les emplois, droit au logement, droit de vote, lutte contre les racismes, ségrégation touchant les musulmanes portant le voile dans le monde économique et scolaire…), à critiquer des politiques qu’elles trouvent injustes et non pas à les avaliser, à les accepter pour ne pas se voir priver d’un subside ou d’un poste. Le monde associatif pluriel, indépendant et libre de toute influence politique doit continuer et poursuivre son entreprise de démocratisation de nos institutions malgré un boycott et une criminalisation subtile (8), car là, réside un des problèmes majeurs pour notre pays, notre démocratie est inachevée, elle reste par moment trop aléatoire, à la main d’une minorité, d’une corporation « maçonnique » blanche et conservatrice, décidant et imposant son point de vue sans concertation véritable avec le tissu associatif et les citoyens de «  seconde classe ».Cependant avec l’arrivée et l’investissement en puissance de la communauté flamande (9) dans l’associatif «immigré », c’est bien à une politisation extraordinaire des « immigrés » et des associatifs auxquels nous assistons aujourd’hui.Les belges issus de l’immigration maghrébine, turque et l’associatif sont devenus les otages d’une « guerre » fratricide entre francophone et néerlandophone désireux de faire de Bruxelles, leur plaque tournante.

 

Les enjeux sont énormes pour le contrôle de la capitale européenne.

 Qui arrivera à se mettre dans la poche cette population, aura l’assurance de contrôler la capitale dans les décennies à venir. Ces associations, malgré elle, sont devenues une rampe de lancement pour les élections locales et régionales… les enjeux auxquels nous assistons dépassent et de loin… le jeune du quartier (10), le désoeuvré, les immigrés et un certain associatif « indépendant » du politique. Nous assistons là, ni plus ni moins qu’à un marchandage, à un calcul politicien, à une récupération politique de ces jeunes pour seul objectif prioritaire, l’ascension au pouvoir.

Bien évidemment les associations musulmanes ne sont pas reprises dans ce dossier, sachant que le seul fait de porter un qualificatif autre que « laïc » et musulman dans ce cas vous exclut à 99% de tout pouvoir subsidiant… les préjugés sont tenaces, les musulmans n’ont pas encore des « piliers » comme les libéraux, les socialistes, les chrétiens ou plus récemment les écologistes.

Cela prendra du temps, deux à trois générations peut-être… d’ici là, espérons le, notre démocratie aura évoluer vers plus d’équité, de justice et de fraternité, afin que plus jamais des minorités culturelles, des jeunes aux abois ne puissent servir de rampe de lancement à des politiques opportunistes et populistes.

 

 

Mouedden Mohsin, acteur du monde associatif bruxellois

(1) le monde associatif est immense, allant des amis de la pêche, au café associatif en passant par des associations environnementalistes etc… dans le cas qui nous occupe nous enveloppons avant tout des associations de quartiers travaillant et oeuvrant avec les jeunes et les citoyens en difficultés, des associations désireuses de travailler les aspects plurielles de la citoyenneté.

(2) Ce sujet n’est plus tabou, nous savons maintenant que le politique ne s’est pas préoccupé des quartiers où résidait une forte population issue de l’immigration, la raison est simple, ces populations n’avaient pas le droit de vote et ne pouvaient par conséquent influencer la vie politique.

(3) Ces associations sont facilement reconnaissables, il suffit de consulter le bottin associatif, d’aller au Moniteur Belge est de demander les statuts de telles ou telles associations dinosaures, on sera étonné de constater à quel point le politique est présent.

(4) les membres du collectif contre les expulsions vont rapidement faire la une des médias, suite à l’assassinat de la jeune nigérienne Sémira Adamu, des membres belgo belges vont être criminalisés pour avoir apporté leur soutien aux immigrés détenus dans les centres fermés. Un des membres passera même quelques mois en prison, battu violemment lors de sa détention, il entamera une grève de la faim pour opposer sa résistance pacifique contre l’arbitraire. Il sera libéré par la suite grâce à une mobilisation importante des citoyens. Aujourd’hui plusieurs membres sont poursuivis par la justice avec des chefs d’inculpation tout à fait fantaisistes. http://ccle.collectifs.net

(5) La ligue Arabe Européenne, association arabe à Anvers va dès l’assassinat d’un professeur de religion musulmane se voir projeté à l’avant scène médiatique suite au très discutable « Plan marocain intégré » de la police anversoise. Son président Abou Jahjah sera incarcéré quelques jours pour avoir critiqué et mis sur pied des « comités de surveillance » envers la police d’Anvers qui avait décidé de mettre sur pied une politique particulièrement vexatoire et stigmatisant appelé « Plan marocain intégré ». http://www.resistances.be/op04.html

(6) Vers la fin des années 90 et devant l’essor considérable du monde associatif musulman, certaines associations laïques vont tenter de « culturaliser » l’islam et de le présenter avant tout comme une culture. Nous remarquerons une instrumentalisation par exemple du mois de ramadan, devenant pour beaucoup d’associatif le mois des festivités, guindailles et ripailles…

(7) le PS a le monopole du monde associatif, pratiquant une politique souvent paternaliste, le CDH œuvre lui plus dans des organisations chrétiennes, les scouts catholiques. Ecolo présent lui aussi dans l’associatif depuis peu, n’a pas encore une assise forte quant au MR, depuis peu, il tente lui aussi de trouver une entrée via ces élus belges d’origines marocaines

(8) les associations critiquant vertement certaines politiques subissent des pressions (le subside n’est plus renouvelé) ou sont boycottés par les pouvoirs subsidiant. Il s’ensuit des situations dramatiques, des fermetures, des licenciements, des activités réduites au minimum en attendant soit de retrouver « les faveurs » du politique ou de s’autofinancer.

(9) Le gouvernement flamand a décidé de faire de Bruxelles la capitale et la vitrine de la Flandre, pour cela des milliards de francs belges furent investis ces dernières années tant dans l’enseignement que l’associatif pour « flamandiser » les jeunes et les citoyens des quartiers populaires. Cette politique sur le long terme tentera dans les décennies à venir de faire pencher la balance électorale du côté des partis flamands. 

(10) le jeune est mis à toutes les sauces, il devient l’avenir d’une politique qui n’a bien évidemment que faire de « ces jeunes », malgré tout cette « manne » humaine représente aussi l’avenir de Bruxelles (prés de 40% des jeunes bruxellois sont d’origines marocaines, turques ou congolaises) c’est la raison d’un tel investissement…