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Points de vue

Le Prophète de l'islam, une éthique au service d'une solidarité universelle

Rédigé par Abderrahmane Aknou | Mardi 25 Octobre 2022 à 08:30

           


© Deposit Photos
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La vie du Prophète, paix et bénédictions sur Lui, n’a été en définitive que le reflet d’une vision généreuse, ouverte et respectueuse des Hommes quelles que soient leurs croyances et convictions. Sa vie fut un témoignage constant et une incarnation exemplaire d’un certain esprit de l’accueil, de la reconnaissance et du respect profond pour l’Homme et de sa dignité qui ne saurait être relativisée. Il a été à l’image de ce que Dieu, exalté soit son Nom, a voulu qu’il soit à savoir un amour universel et une miséricorde absolue. « Et Nous ne t’avons envoyé que comme une miséricorde pour l’univers. » (Sourate Les prophètes, verset 107)

Pour illustrer nos propos, nous voulons rappeler quelques faits qui mettent en évidence cette vérité et état d’esprit qui animaient en permanence l’agir prophétique.

Le pacte des vertus et des vertueux

Le Prophète de l’islam avait beaucoup d’estime et de considération pour un pacte, ou alliance, appelé « hilf-al-fudul » qui était une sorte de pacte de solidarité universelle instauré par les acteurs de La Mecque alors polythéistes, pour soutenir tout opprimé qu’il soit ou non citoyen mecquois. En effet, le Prophète, paix et salut sur lui, nous dit : « J’ai été appelé à un pacte/alliance, durant la période antérieure à l’islam (pour la protection des faibles et l’opposition à l’injustice et à l’agression). À présent, si je suis appelé en islam à me rallier à un pacte similaire, je n’y manquerai pas. »

Ce pacte, qui avait pour objet le soutien des causes justes, la promotion de la solidarité et la protection de tout opprimé auquel le Prophète, paix et salut sur lui, pris part et loua l’état d’esprit quand bien même ces protagonistes n’étaient pas musulmans, met en avant deux leçons particulièrement intéressantes que les musulman(e)s d’Occident doivent méditer et pratiquer.

La première leçon concerne l’éthique prophétique qui arrive à reconnaître l’autre dans ce qu’il a de meilleur, et à voir le meilleur dans l’autre. Cette éthique pousse ainsi naturellement celles et ceux qui en sont imprégnés, à chercher le commun partagé au-delà de la foi spécifique, fusse-t-elle importante et fondamentale dans la conscience et le cheminement du fidèle. En d’autres termes, il est fondamental pour le fidèle d’être conscient que notre islamité ne nous fait pas sortir de notre humanité. Cette humanité est un fond partagé qui transcende tous les particularismes et constitue la base d’une alliance universelle à partir des valeurs communes.

On peut établir des partenariats à géométrie variable car il n’est pas nécessaire de tout partager pour pouvoir agir en commun et travailler ensemble. Le Prophète nous apprend à appréhender nos valeurs d’une manière universelle et pragmatique et non pas selon une perspective exclusive et sectaire.

La deuxième leçon est une conséquence pratique qui découle de la première. La reconnaissance de l’autre n’a de sens que lorsque celle-ci pousse à envisager un travail en commun dans des chantiers de construction des bonnes œuvres utiles pour l’intérêt général. Ce pacte, si on prend en compte ses intentionnalités et son état d’esprit et si on veut l’exprimer avec un langage plus contemporain, signifierait clairement une action politique et citoyenne dans un cadre institutionnel ouvert, accueillant des musulmans et des non-musulmans. C’est la mise en application d’une citoyenneté active au service des causes justes et universelles. Il s’agit d’un investissement dans la politique au sens noble du terme.

C’est la volonté de participation au cœur de la cité, la disponibilité pour construire des alliances politiques autour d’un socle de valeurs et de principes partagés. C’est l’idée du partenariat citoyen au service d’un projet de société fédérateur, d’une plateforme commune où peuvent collaborer, s’entraider et travailler ensemble des partenaires ne partageant pas forcement les mêmes convictions philosophiques et religieuses mais se retrouvant sur l’essentiel comme l’opposition à l’injustice et à l’oppression, le respect de la dignité humaine, la défense des causes justes, la protection des plus faibles, le respect de l’environnement, la promotion des solidarités…

Dieu, que son Nom soit magnifié, a fait de l’instauration de l’équité une finalité à part entière de la mission prophétique. : « Nous avons envoyé Nos prophètes munis de preuves irréfutables, et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin de faire régner la justice parmi les Hommes. » (Sourate Le fer, verset 25)

Le concept de « mourouwa »

Les valeurs humaines partagées par tous les Hommes et reconnues comme telles, par l’ensemble de l’humanité, c’est ce que la terminologie musulmane exprime par le mot arabe mourouwa. C’est ce que le Prophète, paix et salut sur lui, venait appuyer et cultiver auprès des Hommes au point d’affirmer d’une manière on ne peut plus claire, selon un hadith rapporté par Al-Bayhaqi et Al-Hakim, d’après Abou Hourayra : « J’ai été surtout envoyé pour parachever les nobles vertus. »

Ces nobles vertus qu’on désigne dans la littérature musulmane par le terme « mourouwa » sont d’ordre universel, ils ne sont l’apanage ni des musulmans ni des non-musulmans. Le concept de mourouwa rend compte de tout ce qui est de nature universalisable ; il suggère l’idée d’une haute moralité sans connotation religieuse, de vertus humaines unanimement reconnues et partagées, des façons d’être qui font consensus car il correspond à ce qu’il y a de plus profond, de plus noble, de plus vertueux, de plus juste dans l’innéité de l’Homme.

Selon Abou Hourayra, le Messager de Dieu a dit, selon un hadith rapporté par Al-Boukhari et Muslim : « Vous trouverez que les gens sont comme les métaux. Les meilleurs d’entre eux avant l’islam sont leurs meilleurs après l’islam une fois qu’ils en ont bien assimilée l’esprit… Vous trouverez que les pires des gens sont les hommes à double face. Ils présentent à celui-ci une face et à celui-là une autre. »

L'arbitrage du conflit social lors de la reconstruction du temple de La Mecque, un épisode inspirant

Il n’y a rien dans la vie du Prophète, paix et salut sur lui, qui puisse être considéré comme anodin et sans signification. Le Prophète était éduqué, préparé, accompagné et inspiré toute sa vie durant par Son Seigneur et à ce titre, scruter sa vie et voir son éthique appliquée est primordial pour celui qui veut effectivement prendre le Messager de Dieu pour modèle comme Dieu nous en a fait l’obligation.

Vers l’an 605 de l’ère chrétienne selon certaines sources, le temple de la Ka’aba fut partiellement détruit et un travail de restauration s’imposa aux acteurs de La Mecque structurée en clans et tribus. Un conflit majeur est né à l’occasion de la mise en place de la pierre noire : qui aura l’honneur de placer cette pierre maîtresse à son endroit, à qui allait revenir ce grand privilège ? Aucune concession, aucun compromis ne pouvant être faits par les protagonistes, La Mecque était au bord de la guerre civile.

Au bout de quelques jours de haute tension, ils ont fini par accepter l’arbitrage du premier entrant par la porte des Banu Chaiba. Le destin de Dieu fut que ce soit le Prophète, paix et salut sur lui. Il leur proposa une solution, un sage compromis qui apaisa les tensions et aménagea les susceptibilités et les egos individuels et collectifs au service de la paix sociale et de la justice. Plusieurs enseignements sont à retenir à partir de cet événement et doivent dicter notre agir partenarial : la compétence morale et éthique, l’intelligence sociale et la compétence politique.

Le Prophète était reconnu pour deux choses fondamentales : son autorité morale et son éthique pour lesquelles il était considéré comme étant le digne de confiance (al amin). Sa fine intelligence de la psychologie collective, de l’imaginaire sociétal, des codes culturels en vigueur dans le contexte qui était le sien ; chose qui lui a permis de proposer la meilleure des solutions, eu regard de la situation dans toute sa complexité.

Une compatibilité de fait entre les principes que promeut l’islam et les valeurs humanistes

Celui qui étudie la vie du Prophète avec l’intention de s’en inspirer quant aux valeurs qui l’ont fondé et y puiser des principes de l’agir islamique ici et maintenant ne peut ignorer l’événement de l’émigration des premiers musulmans persécutés chez eux pour trouver et demander sur recommandation explicite du Prophète, un refuge politique en Abyssinie alors terre chrétienne et, disons-le, démocratique.

L’histoire retiendra la haute considération et le grand respect du Prophète à l’égard du Négus, roi chrétien humaniste d’Abyssinie, au point de recommander aux musulmans de trouver asile dans son royaume : « Il y a en Abyssinie un roi auprès de qui personne ne subit d’oppression. » Il est évident que ce choix avait comme fondement explicite la reconnaissance et le partage de valeurs communes et de sentiments de générosité humaine, de liberté, de tolérance que représentait et défendait cet homme, fut-il non musulman.

En faisant l’éloge de cet homme chrétien, humaniste et démocrate pour employer une terminologie plus contemporaine, le Prophète, paix et salut sur lui, établit une compatibilité de fait entre les principes que promeut l’islam et les valeurs humanistes qui font consensus et transcendent les particularismes tels que le respect de la dignité de l’homme, la fraternité humaine, l’équité, le droit d’asile, l’État de droit, la liberté de conscience.

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Première publication sur le site de Participation et Spiritualités Musulmanes (PSM).

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