Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Le Maroc, et non l'Algérie, sera la terre d'accueil de Mohammed Arkoun, vendredi

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 15 Septembre 2010

C'est au Maroc que l'intellectuel franco-algérien reposera. Du Conseil français du culte musulman au maire de Paris, ce sont des hommages vibrants qui lui ont été rendus tout au long de cette première journée de deuil. Une cérémonie d'adieu en France, qui aura lieu jeudi après-midi, promettent du monde. Mais l'intellectuel ne s'est pas fait que des amis durant sa riche vie.



Le Maroc, et non l'Algérie, sera la terre d'accueil de Mohammed Arkoun, vendredi
« Sincères et tristes pensées », commence par nous dire Ghaleb Bencheikh. Le penseur musulman et animateur de l'émission « Islam » sur France 2 a bien des anecdotes à raconter, surtout celle où il se remémore avoir insisté pour raccompagner son invité en voiture au sortir d'un enregistrement pour son émission, alors même que la circulation était dense et que le RER s'avérait plus pratique, « d'abord pour être près de lui, mais aussi de manière un peu plus égoïste pour pouvoir discuter et échanger avec lui », raconte-t-il.

Lui, un homme d'une « audace intellectuelle » sans pareille, « un homme de réforme, d'une pensée pénétrante », nous confie M. Bencheikh, qui se souvient des rapports très amicaux que le défunt entretenait avec son père : « En dépit de notre différence d'âge, j'ai la fierté d'avoir eu des rapports un peu filiaux » avec Mohammed Arkoun.

Funérailles sur fond de tensions politiques

Les funérailles seront célébrées jeudi après-midi, à Paris, à la maison médicale Jeanne-Garnier. Du monde y est attendu, sa famille, des amis, des personnalités religieuses mais aussi politiques, notamment des consuls et vices-consuls marocains, se sont donné rendez-vous pour un dernier hommage en terre française. « Marocains ? » L'homme est d'origine algérienne, mais ses relations houleuses avec son pays natal sont loin d'être un secret de polichinelle.

« Parce qu'il était libre, il avait des critiques acerbes contre les régimes successifs », pense Ghaleb Bencheikh. L'homme aurait accusé le gouvernement algérien d'être l'auteur de l'assassinat en 1996 des moines de Tibhirine, qu'il avait d'ailleurs connus. Une position qui lui aurait valu l'exil.

Ce sera donc le Maroc, pays d'Ibn Tachfin et d'Ibn Battûta (célèbre explorateur du XIVe siècle), qui accueillera sa dépouille. Les pompes funèbres musulmanes IFO El Amen se chargeront de rapatrier le corps du défunt à Casablanca pour célébrer la prière funéraire à la Grande Mosquée Hassan-II.

« La compagnie aérienne Royal Air Maroc aurait même émis le souhait de participer aux obsèques en offrant la gratuité du transport », nous indique une source proche. Cela s'expliquerait par le fait que le PDG de la compagnie aurait été un élève de Mohammed Arkoun.

Le CFCM rend hommage

Dès l'annonce de la nouvelle, le Conseil français du culte musulman a aussitôt réagi en exprimant son « hommage à ce grand penseur musulman et véritable " passeur " entre les cultures, qui a toujours plaidé pour une pratique intellectuelle libre où le "droit de la pensée " doit être respecté » et appelé les fidèles à avoir une pensée particulière en sa mémoire lors de la grande prière rituelle du vendredi.

En fin de journée, la Grande Mosquée de Paris a, elle aussi, exprimé ses condoléances : « Fondateur d'un courant de pensée qui a fait école, le professeur Mohammed Arkoun demeure irremplaçable », peut-on lire dans un long communiqué signé du recteur Dalil Boubakeur.

Le maire de Paris Bertrand Delanoë a de même rendu hommage à Mohammed Arkoun, qui « fut un inlassable artisan du dialogue entre le christianisme, le judaïsme et l’islam, animé par la conviction que ce qui rassemble les différentes expressions de la foi monothéiste est infiniment plus puissant, et finalement plus réel, que ce qui les sépare », a-t-il déclaré dans un communiqué.