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Points de vue

La diversité sous le prisme du droit et de la Constitution

Rédigé par Jean-Claude Tchicaya | Vendredi 22 Mai 2009



Jean-Claude Tchicaya est cofondateur et porte-parole du collectif Devoirs de mémoires.
Jean-Claude Tchicaya est cofondateur et porte-parole du collectif Devoirs de mémoires.
D’EMBLÉE, je tiens à souligner que le mot « diversité », sur le plan du droit et de notre Constitution, pose plusieurs problématiques. Comment, dans notre République, une et indivisible, une communauté nationale et supranationale, avons-nous pu affubler certains citoyens du terme de « diversité » ou, autrement dit parfois, de « minorités visibles » plutôt que de « visiblement minorés » ? Existe-t-il une majorité invisible ?

Car c’est bien là que se situe le problème : si l’on prend l’exemple des femmes, qui sont légèrement majoritaires dans notre pays mais souvent minorées et discriminées, comme nous le démontrent les chiffres, on constate le même processus. Le problème est donc non pas d’être majoritaire ni minoritaire, mais bien d’être « minoré » et discriminé. Et c’est cela qui constitue le délit à l’égard du droit et de notre projet constitutionnel.

De même, c’est le droit lui-même qui, historiquement, entérinant et encourageant les mentalités les plus réactionnaires, discriminait les femmes, discrimination dont on constate encore aujourd’hui les effets. Cela devrait et doit nous inciter à ne pas avoir une idée fixiste de l’identité nationale, mais au contraire à la voir telle qu’elle est, c’est-à-dire toujours en mouvement et en perpétuel renouvellement.

L’emprise du passé juridique

Notre drapeau est tricolore, et notre pays, multicolore, multiconfessionnel. Le droit nous exprime d’une manière claire que ce n’est pas notre couleur qui détermine notre appartenance ou non à la nationalité française. Pourtant, étant donné l’emprise du passé juridique – qui désignait dans sa structure même le colonisé au minimum comme un sous-citoyen, pas vraiment comme un homme abouti –, le problème, s’il a disparu sur le plan juridique, est resté peu ou prou dans les représentations. Comme si demeurait insidieusement l’idée d’« étalon » ou de « version originale », ou de « NF » attribuée à l’homme blanc, tandis que les autres ne seraient que des « invités », « tolérés » ou « à intégrer », à coups d’injonctions d’assimilation.

On ne peut que déplorer qu’après la décolonisation n’aient eu lieu aucune décolonisation des esprits ni déstructuration des préjugés et stéréotypes, hérités de ce système juridique, à l’ampleur de l’empire colonial.

Protéger la dignité et l’émancipation

Les ravages sont pourtant considérables au regard des chiffres sur les discriminations, mais surtout au regard des motivations qui animent les mécanismes de comportements discriminants. Voici quelques réflexions qui expriment concrètement ces problématiques.

Dès qu’on parle d’une non-visibilité de certains Français à la télévision ou à des postes à haute responsabilité, d’aucuns, et non des moindres, nous rétorquent que la France n’est pas prête. Mais de quelle France parle-t-on ? C’est comme si on nous disait d’attendre le moment où certaines personnes de nationalité française veuillent bien cesser d’être délinquantes parce que discriminantes. Demanderait-on la même chose à un voleur de pizzas multirécidiviste, c’est-à-dire de faire cesser notre attente au plus vite dès qu’il aura décidé d’arrêter de voler des pizzas ?

La « diversité » pose avec acuité la question suivante : pourquoi mettre certains Français dans une « case »… et d’autres dans celle des « Français tout court » ? Je pense qu’on est Français ou qu’on ne l’est pas, les deux statuts devant être respectés et liés à des droits et des devoirs définis par la loi. Or, si celle-ci doit toujours progresser pour protéger la dignité et l’émancipation de chacun, les mentalités doivent également évoluer ; mais cela ne pourra se faire qu’avec des lois qui les contraindront à évoluer.

Pour une affirmation de l’égalité

C’est pour cela que nous nous prononçons pour un dispositif législatif temporaire de réparation des inégalités, appelé « affirmation de l’égalité », qui permettrait à la France de vivre avec elle-même, de se rencontrer sur tout le territoire, au travail, à tous les étages d’une entreprise, dans tous les rôles de responsabilité, et pareillement dans le monde politique, économique, culturel et audiovisuel. Étant acquis que ce dispositif doit concerner toute personne minorée et discriminée, quels qu’en soient les motifs.

Le mot « diversité » doit à la fois englober toute la diversité française pour en faire sa promotion et l’éloge de la complexité, en ayant toujours chevillée au corps l’ambition de maintenir et de garantir l’unité et la cohésion nationale, et représenter la diversité nationale, qui doit prendre et partager le pouvoir pour le bien de tous et de chacun.




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