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Société

La dissolution de Génération Identitaire actée, ce que dit le décret des raisons

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 3 Mars 2021 à 13:45

           

Génération Identitaire doit être regardée « comme tenant un discours de haine incitant à la discrimination ou à la violence envers des individus en raison de leur origine, de leur race et de leur religion ». Au regard de ce constat, le gouvernement a prononcé par décret la dissolution du groupuscule d'extrême droite mercredi 3 mars en Conseil des ministres. Que dit le décret ?



La dissolution de Génération Identitaire actée, ce que dit le décret des raisons
Le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, l’avait annoncé samedi 13 février : la procédure de dissolution visant Génération Identitaire avait été enclenchée. En Conseil des ministres mercredi 3 mars, la dissolution du groupuscule d'extrême droite a été prononcée par décret. Enfin.

L'association « promeut en réalité, au travers de ses interventions, de ses publications ainsi que des agissements et propos de ses dirigeants ou membres, une idéologie incitant à haine, à la violence ou à la discrimination des individus à raison de leur origine, de leur race ou de leur religion », fait ainsi part le ministère dans le décret justifiant l'acte de dissolution et soulignant que « l'acte fondateur de l'association s'inscrit dans l'occupation, en 2012, du chantier de la grande mosquée de Poitiers par plusieurs dizaines de militants se revendiquant de Charles Martel ou encore de la Reconquista ».

Leur haine des immigrés et des musulmans mise en évidence

« Derrière la doctrine de "préférence nationale" de nature politique », Génération identitaire présente « l'immigration et l'islam comme des menaces que les Français doivent combattre et entretient délibérément un amalgame insidieux entre, d'une part, les musulmans ou les immigrés et, d'autre part, la "racaille", les "assassins" ou les terroristes, en visant ainsi à attiser le ressentiment d'une partie de la population à l'encontre des étrangers ou des Français d'origine étrangère », lit-on dans le décret.

« La communication de l'association se fonde régulièrement sur de tels amalgames (…) ou des propos de ses dirigeants visant à l'instrumentalisation systématique de faits divers en les attribuant à des immigrés, contribuant ainsi à attiser les antagonismes au sein de la communauté nationale, ainsi que les passages à l'acte violent », souligne-t-on aussi.

« Au nom de cette idéologie désormais clairement assumée », plusieurs membres de Génération Identitaire sont accusés d’être à l'origine d'agissements « violents à l'encontre d'étrangers, plus spécifiquement musulmans » et d'actions ou propos « constitutifs d'incitation à la haine ou à la discrimination à raison de leur race, origine ou religion », ce qui démontre « la capacité d'influence néfaste de cette association ».

Si l'association réfute tout lien entre ces agissements individuels et son activité, « il n'en demeure pas moins que les personnes concernées se revendiquent de son idéologie et de ses moyens d'actions, cette association n'ayant pour sa part, jamais condamné ces agissements ou propos, en dépit de leur médiatisation ou de la condamnation pénale de leurs auteurs » selon les autorités.

Une « volonté d'agir en tant que milice privée » qui irrite

Dans un courrier daté du jeudi 11 février adressé aux responsables du groupuscule, le gouvernement exposait déjà ses motivations sur le fondement du Code de la sécurité intérieure (CSI), au regard d'une série d’infractions perpétrées par le groupuscule depuis sa création en 2012. Il y dressait alors une longue liste d'actions illustrant leur xénophobie et leur haine. Il mettait également en exergue la dangerosité des éléments de langage utilisés par l'organisation, qui cherchait via ses actions et slogans à « attiser le ressentiment d'une partie de la population à l'encontre des étrangers taxés de concentrer à leurs profit le bénéfice de la solidarité nationale, au détriment des ressortissants nationaux, accentuant ainsi l'animosité entre ces catégories de population ».

Dans le même sens, le présent décret relève que Génération identitaire entretient aussi des liens avec d’autres groupuscules d'ultra droite « « qui défendent également une idéologie appelant à la discrimination, à la violence ou à la haine, au nom de théories racialistes ou suprématistes » C’est notamment à l’aune de ce constat que le ministère de l'Intérieur fait mention des dons envoyés par Brenton Tarrant, le terroriste à l’origine des attentats de Christchurch, au groupuscule deux ans avant son passage à l’acte.

Alors que Génération Identitaire doit être perçue « comme tenant un discours de haine incitant à la discrimination ou à la violence envers des individus en raison de leur origine, de leur race et de leur religion », le ministère de l'Intérieur note aussi, en toute fin, que l'association « peut être regardée comme présentant par sa forme et son organisation militaires, le caractère d'une milice privée ». Un constat s’appuyant notamment sur l’une des plus récentes infractions commises par l’organisation qui, en janvier 2021, dans le cadre de l’opération « Défend Europe », s’était installée au Col du Portillon en Haute-Garonne à la frontière franco-espagnole pour surveiller les passages de migrants. Une action qui démontre selon le gouvernement « la volonté d'agir en tant que milice privée » de Génération identitaire en « prenant les apparences de la force publique ».

Sitôt la dissolution prononcée, Génération Identitaire a annoncé son intention de saisir le Conseil d'Etat pour contester la décision du gouvernement. Celle-ci a, en revanche, été saluée par les organisations antiracistes et de défense des droits humains, qui dénonçaient depuis de nombreuses années les agissements haineux de ce groupuscule.

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