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Points de vue

La Mecque : une conquête sous le signe de la paix

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Vendredi 3 Octobre 2014



Le Prophète Muhammad, sous la forme d’un nimbe dorée (en haut à gauche de l’image), détruit les idoles de la Kaaba. Miniature du Cachemire, XIXe siècle (Paris, BnF, Manuscrits orientaux, Supplément persan 1030, fol. 306).
Le Prophète Muhammad, sous la forme d’un nimbe dorée (en haut à gauche de l’image), détruit les idoles de la Kaaba. Miniature du Cachemire, XIXe siècle (Paris, BnF, Manuscrits orientaux, Supplément persan 1030, fol. 306).
Le 10 ramadan de l’an 8 (1er janvier 630), le Prophète entre dans La Mecque et la soumet sans coup férir. Après deux décennies de prédication mais aussi de lutte, souvent âpre, Dieu lui accorde la victoire finale, dans la paix et la sérénité. La Mecque, sa ville, mais aussi la cité-mère des paganismes de l’Arabie, se soumet. Elle va devenir par excellence la ville sainte de l’islam. Un moment crucial qu’avait annoncé le Coran : « Lorsque le secours de Dieu et Sa victoire viendront, lorsque tu verras les hommes, par multitudes, embrasser Sa religion » (s. 110, v. 1-2).

La chute de la Mecque

Le point de départ de ce basculement est la violation, par les polythéistes mecquois, du pacte conclu avec Muhammad. Le traité de Hudaybiya stipulait que les musulmans seraient autorisés à effectuer chaque année leur pèlerinage autour de la Kaaba. Il n’aura été effectif que pour l’année 629, l’aile dure des Mecquois – représentée par ‘Ikrima, Safwan Ibn Ummayya et Suhayl Ibn ‘Amr – ayant permis au clan des Banu Bakr d’attaquer les Khuza‘a, alliés des musulmans, en violation flagrante des termes de l’accord.

Souhaitant éviter la confrontation, le Prophète proposa trois options aux Mecquois : 1) dénoncer leur alliance avec les Banu Bakr ; 2) payer des dommages et intérêts ; ou, en dernier recours, 3) annuler le traité, et donc la trêve.

Parmi les Quraysh, le parti modéré était notamment représenté par Abu Sufyan, chef en titre de la tribu, mais dont le pouvoir était alors plus prestigieux qu’effectif. Contrairement à l’aile dure, il était favorable à un compromis avec Muhammad. Ce sont néanmoins les « faucons » qui l’emporteront : les deux premières options seront rejetées, ce qui précipitera la chute de La Mecque : « Nous leur avons bandé les yeux, au point qu’ils ne peuvent plus rien voir » (s. 36, v. 9)…

Ces longues années de prédication et de lutte avaient apporté un grand nombre de convertis, et Muhammad put marcher sur La Mecque à la tête d’une armée de 10 000 hommes, chiffre considérable pour les sociétés arabes de l’époque.

« J’ai choisi pour vous l’islam comme religion »

En chemin, à un jour de marche de La Mecque, il rencontra Abu Sufyan, venu lui demander pardon et proclamer sa conversion à l’islam. Le pardon lui fut accordé. La conquête fit très peu de victimes (une vingtaine, causée par ‘Ikrima), l’armée ayant reçu l’ordre de ne pas verser le sang. Le Prophète déclara l’amnistie générale : « Peuple qurayshite, […] je vous dirai comme Joseph a dit à ses frères : "Nul reproche ne vous sera fait ce jour" » (s. 12, v. 92)…

La sécurité des biens et des personnes n’était pas assortie d’une obligation de conversion. Etait simplement sauf quiconque entrait « dans la maison d’Abu Sufyan », fermait « les portes de sa maison » ou entrait « dans l’espace sacré de la Kaaba ». La Mecque ainsi pacifiée, le Prophète entreprit de purifier la Kaaba en détruisant les quelque 300 idoles qui profanaient cet édifice autrefois édifié par Abraham et son fils Ismaël.

Les deux années qui suivirent virent la conversion à l’islam de pratiquement toute l’Arabie. Le 9 dhû al-hijja de l’an 10 (7 mars 632), le jour du rassemblement des pèlerins sur le mont Arafat, le Prophète reçut une révélation qui, sans doute, devait l’avertir de sa fin prochaine : « Aujourd’hui, J’ai amené votre religion à son point de perfection ; Je vous ai accordé Ma grâce tout entière et J’ai choisi pour vous l’islam comme religion » (s. 5, v. 5).

C’est alors que pour son premier et dernier pèlerinage, le pèlerinage de l’Adieu (Hajjat al-Wadâ‘), il délivra ce célèbre sermon où il dit notamment : « Toute l’humanité descend d’Adam et Eve. Un Arabe n’est pas supérieur à un non-Arabe [ni] un Noir à un Blanc, si ce n’est par la piété et les bonnes actions. […] Souvenez-vous qu’un jour vous rencontrerez Dieu, et que vous devrez alors répondre de vos actions en ce monde. »

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Première parution de cet article dans Zaman, le 21 juillet 2014.