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Points de vue

L'islamophobie au rapport

Rédigé par Lazrak Jihen | Mardi 26 Octobre 2004

La première étude chiffrée du Collectif contre l’islamophobie en France révèle le recensement de 182 actes islamophobes entre octobre 2003 et août 2004. Le CCIF parle ouvertement et sans détour d’Islamophobie pour mettre en lumière un phénomène totalement occulté. «C’est un peu le parent pauvre de la lutte contre les discriminations » affirmait Samy Debah, porte-parole du collectif lors de la présentation aux médias, du rapport, le jeudi 21 octobre 2004. A travers ce rapport d’étape, le CCIF a pour vocation de présenter un aperçu réaliste des actes islamophobes sur une année.



La première étude chiffrée du Collectif contre l’islamophobie en France révèle le recensement de 182 actes islamophobes entre octobre 2003 et août 2004. Le CCIF parle ouvertement et sans détour d’Islamophobie pour mettre en lumière un phénomène totalement occulté. «C’est un peu le parent pauvre de la lutte contre les discriminations » affirmait Samy Debah, porte-parole du collectif lors de la présentation aux médias, du rapport,  le jeudi 21 octobre 2004.  A travers ce rapport d’étape, le CCIF a pour vocation de présenter un aperçu réaliste des actes islamophobes sur une année.

 

L’Islamophobie ?

« L’Islamophobie n’est pas une opinion, c’est un délit », tel est l’hymne prôné par ce jeune collectif d’un an d’âge constitué d’une quinzaine de personnes d’horizons divers qui se sont unis pour une même cause : la lutte contre l’Islamophobie, au lendemain des propos tenus par Claude Imbert, le directeur de la rédaction du magazine « Le Point » qui affirmait ouvertement « je suis un peu islamophobe ». Nouvelle structure pour un nouveau terme : Islamophobie. En effet, le robert vient d’inclure ce nouveau mot dans son édition 2005 et le définit comme « une forme particulière de racisme dirigée contre l’Islam et les musulmans qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins ». Le CCIF va plus en loin et parle de « Frontière de plus en plus claire  entre Arabophobie et Islamophobie ». « L’Islamophobie est par définition non ethnique » explique le rapport. Ainsi, selon le CCIF, les actes arabophobes viseraient principalement les hommes d’origine maghrébine tandis que ce sont les femmes voilées qui subissent le plus généralement les actes Islamophobes. Le cadre est bien délimité : «  le CCIF considère que l’Islamophobie n’est pas le prolongement mécanique du racisme anti-arabe ou de toute autre identification ethnique ».

 

Un rapport pour un triste constat

182 actes Islamophobes ont été recensés d’octobre 2003 à août 2004 dont 118 visant les individus et 64 visant les institutions. Nasser Zitout, chargé de présenter le rapport lors de la conférence de presse, nous explique que si le chiffre de 64 actes visant les institutions semblent correspondre à la réalité, le chiffre des 118 actes visant les individus pourrait facilement être multiplié par 5. En effet, le peu de moyens de cette structure naissante et le manque de témoignages des victimes amènent nécessairement une sous-estimation de la réalité.

Malgré tout, ce rapport veut proposer «  un aperçu réaliste » de l’Islamophobie en France.

« 28 lieux de prières visés en onze mois dont 6 au mois d’Avril 2004, 200 tombes musulmanes dont 120 pour le seul mois de juin, trois conférences sur l’Islam annulées au prétexte de nuisance présumé à l’ordre public, sept prêcheurs ou imams expulsés avec comme seules preuves des notes blanches, ni datés, ni signés, ou rédigées à posteriori par les renseignements généraux… » Autant d’actes qui s’additionnent et caractérisent un climat Islamophobe apparent.

Un racisme d’Etat

L’étude dévoile deux tendances récurrentes de l’Islamophobie à la française, aussi convergentes qu’inquiétantes. La première tendance qui ressort de ce recensement démontre que 76 % des agressions Islamophobes touchent des femmes portant le voile. Par leur visibilité religieuse, elles incarneraient mieux que quiconque la symbolique musulmane.

La seconde tendance révélée par le CCIF met en avant clairement la responsabilité de l’Etat dans près de 60 % des actes Islamophobes. Un pourcentage qui situe l’Etat comme la première source de l’Islamophobie en France. Mairies, commissariats, établissements scolaires, tous les rouages du service public sont impliqués dans des  actes aussi divers que les insultes, privations du droit de vote, interdiction de mariage…sous le prétexte que ces femmes portent un voile. Ainsi, le rapport définit un idéal type de l’acte Islamophobe tourné vers les individus : « une discrimination commise par une institution publique ( 59% des cas ) dont serait victime une femme voilée (81% des cas ) ».

 

Islamophobie de la France d’en Haut

A travers ce rapport, le CCIF pointe sans détour la responsabilité « historique » des Intellectuels, des Politiques et des Médias « qui contribuent de manière directe ou indirecte, à produire et renforcer l’hostilité à l’égard de l’Islam et des musulmans ».

Samy Debah, porte-parole du CCIF en  souligne les implications « A travers l’influence des médias dans l’Islamophobie, l’Islamophobie des intellectuels et des politiques, nous avons l’impression bizarrement que c’est une discrimination de la France d’en Haut pour reprendre la fameuse expression de Jean-Pierre Raffarin. C’est de la responsabilité des médias, des politiques et des Intellectuels,  des faiseurs d’opinions, qui par leur propos (NDRL: sur l’Islam et les musulmans) inquiètent… Que voulez-vous alors que pense le Français de base, le citoyen de base, l’ouvrier déjà excédé par les crises qu’il endure avec le chômage, la délocalisation… C’est encore un élément de plus qui vient le perturber dans sa vie quotidienne. »

Samy Debah continue en affirmant que les propos Islamophobes ou tendancieux de certains politiques comme Xavier Darcos qui, s’exprimant sur la réticence de certaines jeunes filles à enlever le voile à l’école « quand on aime pas la République Française, on va ailleurs » ou encore de Luc Ferry qui « proposent de mettre le string sur la tête et le tchador ailleurs » sont « le révélateur d’une non-intégration des Français de confession musulmane dans la conscience des politiques, d’une non-reconnaissance des citoyens de confession musulmane à la nation Française » .

 

Ce rapport n’est qu’une étape pour le collectif. Un livre blanc sur l’Islamophobie est en préparation. En attendant, l’observatoire continue son travail de recensement. Un pôle juridique a été mis en place où  toute personne victime ou témoin de racisme, discrimination peut venir témoigner. D’autre part, des discussions vont être entamés avec des organes de lutte contre les discriminations tel que le MRAP, mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ou la LDH , la ligue des droits de l’Homme, dans une volonté de collaboration future.