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Sur le vif

L'islam et le judaïsme, des « religions sexuellement transmissibles » ? Une plainte contre une professeure déposée

Rédigé par Radjaa Abdelsadok | Lundi 14 Décembre 2020 à 13:30

           


L'islam et le judaïsme, des « religions sexuellement transmissibles » ? Une plainte contre une professeure déposée
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a fait savoir le 7 décembre avoir saisi le procureur de la République du tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence d’une plainte pénale contre une professeure de l’université d’Aix-Marseille pour des propos jugés antisémites et islamophobes. Selon l'association, l’agrégée en droit privé « a cru devoir qualifier dans son cours enregistré le judaïsme et l’islam de maladies sexuellement transmissibles ». En conséquence, le parquet de Aix-en-Provence a annoncé le 10 décembre l'ouverture d'une enquête préliminaire pour « injures publiques en raison d'appartenance à des religions ».

« Si on naît d’un père musulman, on est musulman à vie. Une sorte de religion sexuellement transmissible, je n’ai jamais compris. On dirait du judaïsme, c’est pareil, c’est par la mère. Une sorte de MST, de RST, de religion sexuellement transmissible », a indiqué la professeure lors d'un cours donné devant 600 étudiants le 27 octobre.

La professeure se défend

Pour se défendre, la professeure a indiqué à Médiapart avoir agi sous le coup de l’émotion. Pour elle, cette expression a été employée « vraiment sous le coup de la colère. Parce que ce cours date du 27 octobre, soit à peine dix jours après l’assassinat de Samuel Paty. Je ne sais pas si vous avez conscience de la déflagration que cet assassinat extrêmement violent a entraînée parmi le corps enseignant, peut-être parce que je suis fille d’un professeur d’histoire-géo… ».

Le but de ses propos était de questionner la liberté de conscience considérée, selon la professeure, comme absente en islam. Elle rappelle ensuite que l'extrait de deux minutes est à contextualiser dans le cadre de son cours d’une quinzaine de minutes au total, portant sur un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) au sujet d’un litige relevant de l’héritage selon le droit musulman.

« J’ai parlé de religion sexuellement transmissible, pas de maladie : si on considère qu’on ne peut pas abjurer l’islam quand on est né dans une famille musulmane, (qu’)on est musulman par le père et qu’on ne peut pas abjurer, cela fait de l’islam une religion sexuellement transmissible, ce qui n’est pas concevable. Il n’y a pas de religion transmissible par le sang, c’est une question de volonté libre et quelle que soit la religion », s'est-elle expliqué.

L'universitaire affirme ne pas avoir eu de commentaires sur la plateforme de l’université. Pourtant, face à ses propos, la réaction de ses étudiants est mitigée. Certains soutiennent la volonté de dialogue supposée par l’enseignante, d’autres en ont été choqués. Plusieurs ont alors contacté Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, afin de lui relayer les propos.

Du côté de l’université, la section disciplinaire a été saisie. « On n’a pas communiqué à l’extérieur ne pas communiquer à l'extérieur étant donné le contexte sécuritaire », a déclaré à l’AFP le président de l’établissement, Eric Berton. « Si les propos sont avérés, ils seront fermement condamnés. » Au regard du droit, la peine encourue pour injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée est d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende.