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Politique

« L’État plus fort en Seine-Saint-Denis » : un plan du gouvernement en 23 mesures jugées insuffisantes

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 31 Octobre 2019

Sécurité, éducation, santé, justice : le gouvernement a présenté, jeudi 31 octobre, un plan en 23 mesures visant à répondre aux difficultés « hors-normes » auxquelles fait face la Seine-Saint-Denis. Des mesures jugées insuffisantes par des élus mais qui actent une reconnaissance de l'Etat de ses défaillances dans le département le plus pauvre de France. Au-delà de la reconnaissance, des solutions plus ambitieuses sont attendues par des maires afin que puisse être rétablie l'égalité territoriale.



C’est entouré de plusieurs ministres et secrétaires d’Etat que le Premier ministre Édouard Philippe a réuni, jeudi 31 octobre, au salon d'honneur de la préfecture de Bobigny, les hauts responsables des services publics et des élus du département de Seine-Saint-Denis. Au programme, la présentation du plan baptisé « L'État plus fort en Seine-Saint-Denis » qui tient en 23 points articulés autour de cinq principaux axes : l’attractivité du territoire, la sécurité, la justice, la santé et l’éducation.

Ce plan est la réponse de l’exécutif à un rapport parlementaire dans lequel y est dénoncé une « République en échec » dans ce département le plus pauvre de France. Plusieurs élus ont, en ce sens, porté plainte contre l’Etat pour « rupture d’égalité républicaine ». Reconnaissant que le département présente « de manière massive et systémique des difficultés » qualifiées de « hors-normes », au même titre que son potentiel est « hors-normes », Édouard Philippe a présenté un plan .

« L’enjeu est de casser un certain nombre de spirales et non de les entretenir en stigmatisant un territoire », a déclaré le Premier ministre. « Notre responsabilité, c’est aussi de regarder bien en face les difficultés pour y apporter des solutions qui seront-elles aussi (…) hors-normes. »

Quelles sont les mesures annoncées ?

La mesure phare est l’octroi aux fonctionnaires, enseignants et policiers au premier chef, qui resteront plus de cinq ans consécutifs en Seine-Saint-Denis une prime de 10 000 euros, « en une seule fois ». Dans un département confronté à un important turn-over, la mesure, qui devrait être appliquée « dans le courant du premier semestre 2020 », vise « à attirer et à fidéliser en Seine-Saint-Denis, y compris les meilleurs éléments de la fonction publique de l'Etat » selon le Premier ministre. Cette « prime exceptionnelle », dont les conditions d'obtention ne sont pas encore définies, n’a pas pour objet de « constituer un effet d’aubaine » ou d’être « un élément de politique salariale de droit commun » mais de répondre au défi de l’attractivité du 9-3.

Un dispositif de « pré-recrutement » de 500 enseignants sera mis en place, avec l’octroi de bourses d’études aux étudiants s’engageant à revenir travailler en Seine-Saint-Denis. Un budget de 20 millions d’euros sera consacré par la région Ile-de-France pour le financement des investissements immobiliers dans le cadre du dédoublement des classes de CP et CE1 en zones d'éducation prioritaire.

Sur le plan sécuritaire, 100 postes d’officiers de police judiciaire vont être créé d’ici 2021, tandis que les quartiers de Saint-Ouen et de La Courneuve, déclarés comme des « territoires de reconquête républicaine » par l'Etat, verront l’arrivée de 50 agents de la police de sécurité du quotidien. En outre, une enveloppe de 30 millions d’euros sera consacrée à la rénovation des commissariats à Aulnay-sous-Bois et Épinay-sur-Seine d’ici 2023.

Souvent débordée, la chaîne judiciaire du département verra la création de 35 postes de greffiers et 12 postes de magistrats. L’extension du tribunal de Bobigny est également prévue d’ici à 2026. Aussi, pour lutter contre l’insalubrité de l’habitat en Seine-Saint-Denis, le recrutement de cinq inspecteurs supplémentaires pour contrôler l’état des logements est annoncé.

« Accompagner des transformations massives du département »

Parce que des hôpitaux sont « dans un état de vétusté qui ne leur permet pas d’accueillir dignement leurs usagers », des travaux pour moderniser les services d'urgences des hôpitaux de Montreuil, Montfermeil et d'Aulnay-sous-Bois seront lancés d'ici 2024. Des travaux de rénovation sont également prévus à l'hôpital Avicenne de Bobigny. Une aide à l'installation sera également proposée aux médecins. Le nombre de maître de stage d'internes en médecine générale sera doublé, toujours en vue d'attirer et de fidéliser les jeunes médecins. L’allocation de 10 millions d’euros pour « financer des actions visant à mieux accueillir les publics fragiles » a également été annoncé.

Des débuts de solutions encouragés par les uns, des mesures encore très insuffisantes pour d'autres mais l'Etat entend, par l'annonce de son plan, réaffirmer sa présence en Seine-Saint-Denis. « Sécurité, éducation, santé, justice, le plan de l’Etat pour la Seine-Saint-Denis vise à réinvestir massivement l’ensemble des services publics du département en plus des transformations exceptionnelles que nous engageons pour les transports du quotidien », dans le cadre d’un Grand Paris « plus dynamique, capable de rivaliser avec les autres métropoles mondiales », et « plus solidaire entre ses départements », a affirmé Edouard Philippe.

« Je n’aurai jamais la prétention de dire que (le plan) est parfait » mais il est « sérieux » et va « permettre d’accompagner des transformations massives du département ».

« Une égalité territoriale » réclamée « et non quelques mesures exceptionnelles »

« La Seine Saint-Denis ne se contentera pas de mots. Elle attend des actes, des solutions, de l’efficacité », a conclu le chef du gouvernement. C'est le cas de le dire.

Pour le président du Conseil départemental Stéphane Troussel cité par Le Parisien, le gouvernement signe là « une reconnaissance par l'Etat de la situation de la Seine-Saint-Denis » mais « les annonces de ce matin ne vont pas faire un solde de tout compte ». Plusieurs maires ont d'ores et déjà fait valoir leur déception, attendant nettement plus de l'Etat pour rétablir l'égalité républicaine dans le 9-3.

« Nous ne voulons pas de "mesures spécifiques", nous voulons les mêmes moyens que les autres départements », a tranché Meriem Derkaoui, maire d'Aubervilliers. Pour l'édile de l’Ile-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, « force est de constater que plusieurs mesures annoncées étaient déjà prévues dans le cadre du grand Paris Express, des JO 2024 et de la hausse démographique (20 % d’habitants en plus d’ici 2050) ».

« Si je suis satisfait de voir l’Etat agir enfin pour les habitants de notre département, je resterai attentif et vigilant à ce que ces mesures soient complétées par d’autres : nous sommes toujours dans l’attente d’un grand plan de rattrapage pour nos habitants »
, a-t-il affirmé, indiquant vouloir, avec d’autres maires, « une égalité territoriale, un même droit commun, et non quelques mesures exceptionnelles qui viseraient à accompagner une transformation du département avec pour objectif principal de reléguer nos populations les plus pauvres vers d’autres périphéries ».

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