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Juifs et musulmans

Juliette Galonnier : « Devenir juif, devenir musulman : un parcours de conversion très différent »

Rédigé par Adrien Lasnier | Jeudi 21 Décembre 2017

La France abrite les plus grandes populations juive et musulmane d’Europe. Chaque jour, des Français font le choix de se convertir au judaïsme ou à l’islam. Avec des démarches différentes suivant l’une et l’autre religion. Interview avec Juliette Galonnier, doctorante en sociologie et spécialiste des questions de conversions religieuses.



En France, les conversions annuelles au judaïsme et à l’islam sont estimées respectivement à 400 et à 4 000. Ici, la grande synagogue de Paris (à g.) et la grande mosquée de Paris.
En France, les conversions annuelles au judaïsme et à l’islam sont estimées respectivement à 400 et à 4 000. Ici, la grande synagogue de Paris (à g.) et la grande mosquée de Paris.

Saphirnews : En France, combien de personnes se convertissent à l’islam et au judaïsme ?

Juliette Galonnier : Il n’existe pas de chiffres fiables sur le nombre de conversions à une religion. D’une part, les mentions d’appartenance religieuse dans les questionnaires de recensement sont interdites en France. D’autre part, les conversions ne sont pas toujours recensées par les autorités religieuses. Néanmoins, il existe des estimations.

Dans le cas de l’islam, le Bureau des cultes du ministère de l’Intérieur évalue à 4 000 le nombre de conversions à l’islam chaque année. En tout, il y aurait entre 50 000 et 100 000 musulmans convertis, soit entre 1 et 3 % de l’ensemble des musulmans de France. Ce dernier chiffre est très différent du cas des États-Unis par exemple, où 20 % des musulmans sont des convertis.

Concernant le judaïsme, il n’y a pas non plus de chiffre absolu. Dans son livre Juifs d’élection. Se convertir au judaïsme (CNRS Éditions, 2007), Sébastien Tank-Storper cite la sociologue Joëlle Allouch-Benayoun, qui estime à 200 le nombre de demandes de conversions abouties, sur 1 500 adressées au Consistoire. En incluant les conversions aux mouvements libéraux du judaïsme, on atteint le chiffre de 400 conversions annuelles.

Quels sont les parcours de conversion à l’une et à l’autre religion ?

Juliette Galonnier : Le parcours de conversion est très différent selon le judaïsme et selon l’islam.

Juliette Galonnier est chercheuse en sociologie. Sa thèse, soutenue en juin 2017 à Sciences Po Paris et Northwestern University, compare l’expérience des convertis à l’islam en France et aux États-Unis. (photo © Northwestern University)
Juliette Galonnier est chercheuse en sociologie. Sa thèse, soutenue en juin 2017 à Sciences Po Paris et Northwestern University, compare l’expérience des convertis à l’islam en France et aux États-Unis. (photo © Northwestern University)
Dans son livre Une autre foi. Itinéraires de conversion en France : juifs, chrétiens, musulmans (Presses universitaires de Provence, 2015), le chercheur Loïc Le Pape résume le rapport à la conversion des deux religions : « Alors que le judaïsme "encadre", (…) l’islam lui "constate" une conversion. » La conversion au judaïsme, telle que le Consistoire la conçoit, est un processus long, bureaucratique et très institutionnalisé, qui inclut lettre de motivation, entretiens avec un rabbin, cours, tutorat, examen et passage devant une commission. Le but est de dissuader les conversions dites intéressées, uniquement motivées par le mariage par exemple.

L’islam accueille plus volontiers toutes les conversions. Ces dernières s’effectuent en récitant la shahada (attestation de foi) devant des témoins musulmans : le passage à la mosquée n’est pas obligatoire et le cas échéant il intervient généralement à la fin du cheminement spirituel. Comme l’attestation de foi peut être récitée chez soi, de nombreuses conversions à l’islam sont personnelles, réalisées sans passage à la mosquée, voire sans témoins, et ne sont donc pas enregistrées officiellement. Ces conversions autonomes se rencontrent uniquement dans le cas de l’islam.
En revanche, le converti peut avoir besoin de prouver son appartenance à l’islam au cours de sa vie religieuse, par exemple à l’occasion du pèlerinage à La Mecque ou lors de la préparation de ses funérailles. Il faut alors officialiser la conversion dans une mosquée pour obtenir un certificat.

Y a-t-il actuellement des évolutions dans le processus de conversion ?

Juliette Galonnier : Les mouvements libéraux du judaïsme, contrairement au judaïsme consistorial, ne veulent pas décourager les conversions pour mariage, la conversion en vue de constituer un foyer juif étant perçue comme un objectif tout à fait honorable. Le processus de conversion y est plus souple qu’au sein du mouvement consistorial.

Par ailleurs, l’affirmation selon laquelle l’islam ne ferait que « constater » la conversion tend à être de moins en moins vraie. Il y a ces dix dernières années une émergence d’associations de convertis musulmans, qui accompagnent les personnes souhaitant se convertir dans leur cheminement. Des cours dans les mosquées sont également proposés. L’objectif est d’inciter les convertis ou les personnes impliquées dans un processus de conversion à bien s’entourer et à ne pas apprendre leur religion sur Internet. Cela révèle une nouvelle volonté d’encadrement des conversions.

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En partenariat avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ).

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