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Points de vue

Islam et vaccins contre la Covid-19 : Faisons confiance au corps médical de notre pays

Rédigé par Mohammed Moussaoui | Mercredi 31 Mars 2021 à 09:30

           

A l'approche du Ramadan, et face à « l'éventuelle instrumentalisation de la religion par des anti-vaccins », Mohammed Moussaoui fait le point sur Saphirnews sur les principes directeurs en matière de soins et de la médication édictés par l'islam et veut ainsi « inciter tous ceux qui peuvent se vacciner à le faire ».



Islam et vaccins contre la Covid-19 : Faisons confiance au corps médical de notre pays
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L’humanité a pu trouver des remèdes et des moyens de prévention à de nombreuses maladies et pandémies. Face à la Covid-19, les chercheurs du monde entier ont déployé des efforts considérables et réalisé un énorme exploit en trouvant de nombreux vaccins dans un laps de temps relativement court. Le corps médical de notre pays a été fortement mobilisé jusqu’à l’épuisement même durant toute cette période pour prodiguer soins et conseils à nos concitoyens.

La campagne de vaccination en cours est une chance pour notre pays. Il convient de lutter contre tout ce qui pourrait l’entraver.

En étant conscient que l'éventuelle instrumentalisation de la religion par des anti-vaccins n’est malheureusement pas exclue, je saisis cette occasion pour rappeler un certain nombre de principes structurants en matière de soins et de la médication et inciter par la même occasion tous ceux qui peuvent se vacciner à le faire.

Le domaine de la médecine est du ressort des médecins et non des imams

1. La préservation de la vie est l’un des cinq grands objectifs de l’islam.

- La préservation de la vie : « Quiconque assassine une personne, c’est comme s’il avait assassiné toute l’humanité. Et quiconque sauve une personne, c’est comme s’il avait sauvé toute l’humanité. » (Coran, 5 : 32)
- La préservation de la liberté religieuse : « Nulle contrainte dans la religion. » (Coran, 2:256)
- La préservation de la dignité humaine : « Nous avons fait dignes tous les enfants d’Adam. » (Coran, 17 : 70)
- La capacité de discernement qui une des raisons de l’interdiction de la consommation de l’alcool.
- La préservation des biens et des propriétés.

2. Le domaine de la médecine est du ressort des médecins. Demander à des imams de se prononcer sur les médicaments, vaccins et autres produits médicaux est à proscrire. Car chacun doit s’occuper de son domaine et de ce qui est de sa compétence et ses prérogatives. Il ne faut pas laisser s’installer l’idée que les imams ont réponse à tout ou qu’ils doivent se prononcer sur tout.

La tradition nous apprend que le Prophète de l’islam (PBSL), à son arrivée à Médine, voyant les agriculteurs médinois procéder à la fécondation manuelle des palmiers, s’était interrogé sur la nécessité de procéder ainsi. Il pensait que les moyens naturels de fécondation tels que le vent et les insectes suffisaient. Par respect à l’égard du Prophète (PBSL), les agriculteurs s’étaient abstenus de le faire. Cependant, observant que leur récolte était trop maigre, ils le lui ont fait savoir. C’est à cette occasion que le Prophète avait prononcé cette phrase qui pose le respect des prérogatives de chacun : « Faites ce qui vous semble le mieux. Vous en savez davantage dans les affaires de votre vie. »

Tout est licite sauf ce qui a été rendu illicite d’une manière explicite

3. Chacun doit se remettre en confiance à l’avis de son médecin traitant qui le suit régulièrement et à même de lui prodiguer le meilleur conseil et l’orienter vers ce qu’il convient de faire s’agissant de sa santé.

4. Certains ont tendance à s’interroger systématiquement sur la composition du produit médicamenteux ou vaccinal pour s’assurer qu’il ne contient pas de produit illicite à la consommation (haram), tel que le porc ou l’alcool. Il convient de rappeler que le médicament n’est pas un produit de consommation comme la viande ou la boisson.

Selon la majorité des savants musulmans, Il n’est pas concerné par la question halal/haram. Ceux qui ont un avis divergent sur ce point rejoignent toutefois la règle unanime qui stipule que « la nécessité (celle de se soigner et de préserver sa vie) autorise l’illicite ». Et d’une manière générale, le licite est la base, l’illicite est l’exception. Tout est licite (halal), sauf ce qui a été rendu illicite (haram) d’une manière explicite.

5. S’agissant de la pratique du jeûne de Ramadan, il convient de rappeler que l’injection intramusculaire ou même intraveineuse n’invalide pas le jeûne. Ceux qui ont un avis divergent et minoritaire sur les injections intraveineuses pensent essentiellement à l’alimentation par transfusion et non aux médicaments ou vaccins.

6. La jurisprudence musulmane prévoit, pour un malade, le report du jeûne à une autre période plus propice. En cas de maladie chronique, empêchant définitivement de jeûner, une aumône est prescrite pour remplacer le jeûne. Dans tous les cas, l’avis du médecin traitant est à respecter scrupuleusement quant à la capacité de jeûner ou non. Si un malade fait le jeûne contre l’avis de son médecin et se met en danger, il aurait commis un pêché.

Lire aussi : Ramadan : préserver sa santé, une obligation au-dessus du jeûne

Cette jurisprudence s’applique également au vaccin : si le médecin traitant conseille de ne pas jeûner le jour du vaccin, son avis doit être suivi et respecté.

Le débat sur l’opportunité ou pas de se faire vacciner n’a pas lieu d’être

Ces principes étant rappelés, nous précisons que les vaccins proposés à nos concitoyens ont bien été validés par les autorités sanitaires de notre pays. Des milliers de médecins, les mieux placés pour en juger la pertinence, ont été vaccinés.

Dès lors, le débat sur l’opportunité ou pas de se faire vacciner n’a pas lieu d’être. Nous ajoutons également que ceux qui se sentent hors danger du Covid-19, parce que jeunes ou en très bonne santé, ne doivent pas perdre de vue que certains de nos concitoyens, malgré leur jeune âge et leur bonne condition physique, ont été également victime de la pandémie. Il faut également être conscient qu’en se protégeant, nous protégeons aussi des chers qui pourraient être vulnérables face au virus.

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Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France (UMF), est président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

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