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Monde

Inde - Pakistan : 75 ans après la partition, le rêve de la réconciliation toujours impossible

Rédigé par Lionel Lemonier et Hanan Ben Rhouma | Lundi 15 Août 2022 à 08:30

           

À l'heure des anniversaires de l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, la situation politique est toujours aussi tendue entre ces deux grands pays membres du Commonwealth. L'heure n'est pas à la réconciliation. La cicatrice laissée par la douloureuse partition des Indes en 1947 ne s'est jamais refermée. Des initiatives mémorielles privées portant sur cet épisode et ses conséquences ont vu le jour ces dernières années. Retour sur un pan tragique de l'histoire humaine aux répercussions toujours actuelles.



Entre le Pakistan et l'Inde, qui célèbrent leur indépendance respectivement les 14 et 15 août, ne parlons pas pour l'heure de réconciliation ; les relations diplomatiques sont dégradées entre les deux pays, avec le Cachemire pour source majeure de conflit. Les tensions se sont exacerbées depuis que New Delhi a imposé, en août 2019, son autorité directe sur le Jammu-et-Cachemire. Cet Etat à majorité musulmane, revendiqué par le Pakistan, est plus que jamais une poudrière d'où une nouvelle guerre pourrait éclater. Une situation qui est la résultante directe de la gestion, dans le sang, de la partition des Indes britanniques en 1947, année où cette colonie recouvrant alors les territoires de l’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, obtiennent leur indépendance.

Avant leur départ, les Britanniques avaient pris le parti de créer deux Etats selon des critères religieux : l'un à majorité hindoue, l'Inde, l'autre à majorité musulmane, le Pakistan. Mais le découpage, réalisé à la hâte par l'ex-puissance occupante, a eu de dramatiques conséquences. Le croisement sur les chemins de l’exil de 15 millions de personnes fuyant leurs foyers – ce qui reste comme un des plus grands mouvements de population de l’histoire – a rapidement dégénéré, donnant lieu à des affrontements sanglants entre musulmans d’un côté et sikhs et hindous de l’autre, notamment dans les régions du Pendjab et du Bengale. Entre un et deux millions de personnes ont été tuées pendant la partition.

Les Indes britanniques lors de la partition en 1947. © Wikipedia
Les Indes britanniques lors de la partition en 1947. © Wikipedia

Plusieurs guerres au compteur

Circonstance aggravante, les Britanniques n’ont pas vraiment clarifié la situation avant leur départ. Les 562 Etats princiers ont été laissés libres de choisir entre trois options : garder leur indépendance, rejoindre le Pakistan ou adhérer à l’Union indienne. Très rapidement, une compétition acharnée entre les deux pays a éclaté. Chacun a cherché à attirer le plus grand nombre d’Etats dans son giron.

Les Etats les plus grands et ceux situés dans des régions stratégiques comme l’Hyderabad et le Cachemire ont été les plus âprement disputés. La population du Cachemire étant musulmane à plus de 70 %, le Pakistan a réclamé l’organisation d’un vote. De son côté, l’Inde a contesté cette revendication en jouant sur le fait que le maharadja du Cachemire était hindou et avait le droit de faire entrer son état dans l’Union indienne. Une guerre secrète a ainsi commencé, à peine le traité d’indépendance signé. Elle dure encore.

Depuis le retrait des Britanniques, le Cachemire a été le théâtre de trois guerres. La première au moment du choix, lorsque le maharadja hésitait entre Pakistan et Inde. Ce conflit a poussé l’ONU à créer une commission spéciale sur le sujet : la commission pour l’Inde et le Pakistan (UNCIP), sujet de la résolution 39 votée en janvier 1948 par le Conseil de sécurité. Elle sera étendue par la résolution 47 en avril de la même année.

La seconde guerre s’est déroulée en 1965, résultant de la guerre sino-indienne de 1962. Pour combattre plus efficacement son ennemi, le Pakistan se rapproche de la Chine et lui cède la vallée de Shaksgam contre son soutien dans le conflit avec l'Inde. La guerre est gagnée par New Delhi, qui obtient quelques années plus tard la reconnaissance officielle de la ligne de cessez-le-feu, la « Ligne de contrôle » qui sert de frontière entre les deux pays. Elle est violée par l'armée pakistanaise en 1999, ce qui donne lieu à une troisième guerre au Cachemire, connue sous le nom du conflit de Kargil et qui aboutit à une nouvelle défaite du Pakistan.

Entre ces deux conflits, la société pakistanaise se fracture dramatiquement. Le pays est constitué jusqu'en 1971 de deux entités territoriales respectivement situées au nord-ouest et au nord-est de l’Inde. Le gouvernement indien en profite pour soutenir la ligue Awami, une organisation nationaliste bengali. À partir de 1970, cette dernière revendique une autonomie du Pakistan oriental et la fin de l’unité nationale. Le gouvernement pakistanais réagit en proclamant la loi martiale. Il arrête le leader de l’opposition et son armée commet les premières exactions qui se transformeront en des véritables massacres documentés par le journaliste pakistanais Anthony Mascarenhas. Son article publié dans le Sunday Times en juin 1971 aura un grand retentissement auprès du gouvernement d’Indira Gandhi, qui engage l'Inde dans un conflit armé. Lequel aboutira, après trois millions de morts, à l’indépendance du Pakistan oriental, qui deviendra le Bengladesh.

© The 1947 Partition Archive
© The 1947 Partition Archive

Des enjeux mémoriels conséquents

Des millions de personnes ont vécu des événements traumatisants au cours de la partition entre Inde et Pakistan. Mais il y a quelques années encore, leurs témoignages n’avaient pas fait l’objet d’un travail de compilation. C’est la raison pour laquelle Gunneta Singh Bhalla, dont la grand-mère lui avait raconté son exil du Pakistan en Inde en 1947, a décidé de prendre une initiative. « Au cours de ce voyage accompagné de ses jeunes enfants, elle a été témoin de scènes de carnage et de violences qui l’ont hanté le reste de son existence », explique-t-elle à Reuters. Cette Indienne qui a émigré aux Etats-Unis à l’âge de 10 ans a alors créé le site « The 1947 Partition Archive » (Les archives de la partition de 1947).

Aujourd’hui, le site contient quelque 10 500 témoignages sur le sujet, constituant ainsi la collection la plus importante de souvenirs sur la partition. « Je refusais que l’histoire de ma grand-mère soit oubliée, ni celles d’autres personnes ayant vécu la partition », indique celle qui a pu compter sur l'existence de Facebook pour réunir ces témoignages. « Malgré tous ses défauts, ce réseau social est un outil incroyablement puissant. » Les pionniers de la mémoire de la partition comme Gunneta Singh Bhalla ont été rejoints par d'autres. Des douzaines de groupes Facebook et Instagram se consacrent au sujet, sans compter les chaines sur Youtube.

Les années passant, ces témoignages suscitent un intérêt croissant chez les survivants de l’exode et leurs familles. Pour la professeure d’histoire Ayesha Jalal, « de telles initiatives qui aident à documenter les expériences de la partition servent d'antidote aux récits politiques chargés des deux États. Elles contribuent à apaiser les tensions entre les deux parties et ouvrent des voies pour un dialogue interpersonnel indispensable ». Ces initiatives existent néanmoins du fait de citoyens conscients des enjeux mémoriels. En dépit de quelques rares initiatives diplomatiques, les tentatives de réconciliation et d’apaisement entre les deux pays n’ont jamais abouti jusqu’à présent.

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