Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

1958-2014 : le Mondial France-Algérie sans les heurts de l’Histoire

1,2,3 Viva Algérie... Want to free viva Algérie

Rédigé par Malika Guerbi | Lundi 30 Juin 2014



L’équipe du FLN (RadioAlgerienne.dz)
L’équipe du FLN (RadioAlgerienne.dz)
1958, la Coupe du monde va se disputer en Suède. L’opinion publique française est en émoi : à quelques semaines de la Coupe du monde, plusieurs footballeurs algériens, sélectionnés pour l’équipe de France, entrent en clandestinité et rejoignent Tunis pour le Onze de l’indépendance, l’équipe créée par le Front de libération nationale (FLN) et dont l’objectif est diplomatique : l’équipe va faire une tournée mondiale pour expliquer la cause algérienne.

Le football est alors une autre façon de « faire la guerre », de revendiquer ses droits à la dignité dans un contexte colonial. C’est aussi une façon de médiatiser un conflit qui s’enlise.

À la demande des autorités françaises, la FIFA ne reconnaît pas cette équipe et celle-ci est interdite. Ce qui ne l’empêchera pas de jouer environ 80 matchs amicaux dans le monde entier pour promouvoir l’Algérie.

De g. à dr. : les footballeurs algériens Mustapha Zitouni, Kadour Bekhloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Abderrahmane Boubekeur et Amar Rouaï.
De g. à dr. : les footballeurs algériens Mustapha Zitouni, Kadour Bekhloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Abderrahmane Boubekeur et Amar Rouaï.

Une autre façon de rejoindre le maquis

Pour ces footballeurs, rejoindre l’équipe de FLN, c’est s’engager et renoncer à une sélection en équipe de France. Un choix lourd de conséquences, un engagement fort pour son pays et son peuple.

Comme l’expliquait Mustapha Zitouni, qui s’est éteint en ce début d’année à l’âge de 86 ans à Nice : « J’ai beaucoup d’amis en France, mais le problème est plus grand que nous. Que faites-vous si votre pays est en guerre et que vous êtes appelé ? » Sélectionné quatre fois en équipe de France entre 1957 et 1958, il s’illustre contre l’Espagne dans un duel légendaire contre le meilleur attaquant du monde de l’époque Alfredo Di Stefano.

À l’invitation du FLN, d’autres footballeurs professionnels algériens qui portent avec succès le maillot de l’équipe de France désertent leur club et renoncent à leur statut pour rejoindre cette équipe symbolique. Une autre façon de rejoindre le « maquis ».

Rachid Mekhloufi reconnu comme grand espoir du football français, rejoint le Onze de l’indépendance après le match Monaco-Angers ; et, avec lui, cinq candidats au départ. Abdelaziz Ben Tifour, qui avait joué en équipe de France pour la Coupe du monde en 1954, quitte l’AS Monaco et rejoint l’équipe du FLN à Tunis avec un palmarès de 56 buts en 146 matchs en 1re division. Il devient alors capitaine du Onze de l’indépendance, puis entraîneur.

Quand l’Algérie acquiert son indépendance, certains restent en Algérie comme Ben Tifour, et d’autres retournent dans leur club en Europe. Ben Tifour devient en 1965 sélectionneur adjoint de l’équipe d’Algérie, poste qu’il occupera jusqu’en 1969. Quand il meurt en 1970, un match d’hommage réunit les 9 survivants de l’équipe historique du FLN.

La victoire du 5 juillet 1962

L’équipe de football algérienne prend ses racines dans cette Histoire et toute victoire prend l’allure d’un 5 juillet 1962. L’équipe sera d’ailleurs reconnue par la FIFA le 5 juillet 1962, quelques heures seulement après la proclamation de l’indépendance.

Voilà d’où vient cette effusion de joie des Algériens pour qui le football a un lien avec leur Histoire, leurs droits humains. La composition actuelle de l’équipe algérienne témoigne de ce passé et de cet avenir commun entre la France et l’Algérie. La plupart des joueurs sont nés en France et évoluent dans des clubs français. Ce sera sans doute Karim Benzema qui conduira la France vers la victoire. Lundi 30 juin au soir, la soirée sera chargée avec deux matchs : France-Nigéria, Allemagne-Algérie.

Qui sait peut-être que la France et l’Algérie se retrouveront en finale ?

****
Malika Guerbi est professeure d’Histoire et d’éducation civique.