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Sur le vif

Violences faites aux femmes : pourquoi la mise en concurrence du 3919 inquiète les associations

Rédigé par Radjaa Abdelsadok | Mercredi 25 Novembre 2020 à 12:30

           


Le 25 novembre est Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Afin d’aider les femmes victimes de violences, la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) a mis en place depuis 1992 le 3919, une ligne d'écoute téléphonique afin d’apporter un soutien psychologique aux victimes. La prise en charge et le suivi assurés par des opératrices est chaque année toujours plus sollicité, plus encore dans le contexte sanitaire actuel. Depuis janvier 2019, ce sont près de 100 000 appels qui ont été recensés, soit 20 % de plus que l'année précédente.

Aujourd’hui, cette initiative se voit menacée par l’Etat qui a annoncé une mise en concurrence du numéro par un marché public. La FNSF pourrait ne plus avoir l’exclusivité de la prise en charge de ce service, qui serait alors tenu par une autre structure composée d’opérateurs externes. Ce changement fait débat auprès de nombreuses associations féministes, qui s'inquiètent des répercussions possibles sur la qualité et l’efficacité du suivi fourni par des opérateurs pas nécessairement sensibilisés aux questions liées aux violences conjugales et aux droits des femmes.

Une lutte qui ne doit pas obéir à « une logique de marché »

Dans une tribune du Monde parue le 16 novembre, plusieurs personnalités comme Najat Vallaud-Belkacem, Nadine Trintignant ou encore Caroline De Haas s'indignent contre cette décision de l'Etat « qui pourrait aboutir tôt ou tard à confier le 3919 à un opérateur plus soucieux de la rentabilité économique que de la qualité du service rendu aux femmes ». Pour les signataires, « la lutte contre les violences et pour la protection des femmes ne peut pas obéir à une logique de marché : il s’agit de l’intérêt général, et la mesure de son impact ne peut pas se contenter, comme c’est désormais l’usage dans les marchés publics, d’être quantitative ».

Cela pourrait certainement avoir des conséquences sur la réduction du temps d'écoute. Or, « l’écoute est le premier jalon de la relation de confiance entre le réseau de la FNSF et chaque femme qui a le courage de les appeler ». Et de rappeler que « quiconque s’est intéressé à la question de l’emprise comprendra qu’il faut parcourir un long chemin pour sortir de la violence et que la qualité de l’accompagnement est ainsi cruciale. "Normer" ce temps et le soumettre à une logique de rendement n’aurait aucun sens ».

« Le 3919 n’appartient pas au gouvernement : c’est la FNSF qui l’a créé et porté depuis 30 ans » et le mettre en concurrence, « c’est prendre le risque de faire vaciller un réseau national d’associations de terrain et de leurs partenaires, capables de prendre en charge les femmes qui appellent, que ce soit pour un accompagnement à l’hébergement ou un soutien psychologique, juridique et social », signalent les personnalités, qui enjoignent en conséquence le gouvernement français à « renoncer à ce projet de marché public ». Elle demandent par ailleurs à ce que la FNSF reçoive une subvention complémentaire pour le passage du 3919, 24h/24 et 7 jours sur 7 en 2021. Le numéro est ouvert du lundi au samedi, de 8h à 22h et les jours fériés de 10h à 20h (sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre).

Des chiffres toujours alarmants

Selon les chiffres de l'Observatoire national des violences faites aux femmes, ce sont en moyenne 213 000 femmes âgées entre 18 à 75 ans qui sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, 27 hommes par leur partenaire ou ex-partenaire. Ce sont aussi 25 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

Quant aux violences sexuelles, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui sont victimes de viols et/ou de tentatives de viol au cours d’une année est estimé à 94 000. Dans 91 % des cas, ces agressions ont été perpétrées par une personne connue de la victime. Dans 47 % des cas, c’est le conjoint ou l’ex-conjoint qui est l’auteur des faits. Néanmoins, seules 12 % des victimes ont porté plainte.

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