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Sur le vif

Un joueur de Nancy victime d'islamophobie et d'espionnage

Rédigé par La Rédaction | Vendredi 22 Mai 2015



Salim Baghdad, joueur à Nancy, a été victime d'islamophobie après les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015.
Salim Baghdad, joueur à Nancy, a été victime d'islamophobie après les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015.
Salim Baghdad, joueur de l'AS Nancy-Lorraine, a subi des menaces et des agressions après les attentats de Paris en janvier dernier. Son témoignage, rapporté jeudi 21 mai par le magazine France Football, met mal le club qu’il va prochainement quitter.

Très peu de temps après les attentats, il raconte s’être fait accoster, à la sortie de son centre d'entraînement, par un « supporter » qui lui a craché dessus sans qu’il ne voit rien venir. « Sale Arabe, sale Bougnoule, on est tous des Charlie, la France aux Français, dégage à Toulouse Mohamed Merah, on sait que tu t'appelles Bagdhad », entend-t-il.

Flairant un danger à l’approche de trois individus, il s'en est allé sans tarder pour retrouver son épouse… en pleurs à son domicile. « Elle me dit que tout l'après midi, des gens sont venus frapper à la porte. Ils ont laissé une poche devant la porte. Je regarde à l'intérieur, il y a des imprimés où il est écrit "Salim Bagdhad, né le 11 septembre, est allé dans le même lycée que Mohamed Merah", mais aussi du porc, et le drapeau tricolore », dit-il.

Espionnés par les RG

Le joueur en parle à son coach le lendemain mais il est déçu de l'attitude des dirigeants du club, qui lui conseillent de faire preuve de discrétion. Reçu par le directeur sportif, Paul Fischer, une (mauvaise) surprise l'attend avec la présence d'un agent des renseignements généraux qui lui apprend qu’il a été... l'objet d'une filature. « Il commence à me parler d'une mosquée où j'allais à Toulouse, celle de Mohamed Merah. Il me sort une photo quand je suis à la mosquée un vendredi. Ce n’est pas une mosquée intégriste du tout. J'y allais avec des joueurs du TFC, du Stade Toulousain et avec les joueurs de Luzenac… Je lui dis que c'est ridicule et ce n’est pas parce que je vais à la mosquée qu'on a le droit de m'insulter de sale Arabe, bougnoule ou sarrasin », fait-il savoir.

Pour Salim Bagdhad, sa situation sportive s'était depuis dégradée au même titre que les regards. « Je suis maghrébin, donc un peu bronzé, je regarde derrière moi quand je sors du foot. Je fais maison-foot-maison... J'ai peur de recevoir ma mère chez moi, je suis toujours sur mes gardes quand un supporter vient me parler (…). Je deviens parano. Je me dis qu'il va peut-être me mettre un coup de couteau », indique, marqué, le jeune homme de 22 ans, indiquant être « un dommage collatéral de ce qui s'est passé à Charlie Hebdo ». Un traumatisme qu'il n'est pas prêt d'oublier.

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