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Points de vue

Un islam à l'aise en Grande-Bretagne

par Asim Siddiqui*

Rédigé par Asim Siddiqui | Lundi 26 Octobre 2009



Un islam à l'aise en Grande-Bretagne
Londres – Ce mois-ci a vu la parution d'un rapport intitulé Contextualiser l'Islam en Grande-Bretagne qui a été rédigé par un groupe, hétérogène sur le plan théologique, d'importants musulmans britanniques. Les spécialistes et les praticiens ayant participé à la rédaction du rapport publié par l'Université de Cambridge, ont cherché à répondre à une question qui paraît simple : Que signifie vivre tel un fidèle musulman en Grande-Bretagne aujourd'hui ?

L'un des problèmes que les groupes musulmans rencontrent lorsqu'ils évoquent leurs préoccupations devant un auditoire essentiellement laïque est que ce qu'ils disent n'est pas nécessairement ce que les autres entendent. Les termes islamiques tels que shariah ijihad et khilafa ont une signification souvent bien différente pour les Occidentaux laïques.

En conséquence, le rapport fait valoir que plutôt que de s'entêter à utiliser des termes coraniques, il devrait être fait usage de l'anglais, lorsqu'il s'agit d'engager une conversation publique sur l'islam. Utiliser une « langue morale commune », est-il indiqué dans le rapport, évitera de donner l'« impression » que les valeurs laïques et islamiques sont en contradiction les unes avec les autres.

Bien qu'il s'agisse d'un point important, il ne doit pas signifier que les musulmans modérés abandonnent la terminologie islamique au profit des extrémistes (des deux camps) qui continueront à faire (mauvais) usage des termes. Le rapport aborde des termes désormais controversés comme khilafa, compris par beaucoup comme étant un « système de gouvernement islamique ». Le rapport précise que le mot n'a jamais signifié l'établissement d'un état islamique et que le sens premier issu de la théologie musulmane classique a besoin d'être réaffirmé : une éthique fondée sur la responsabilité morale de l'individu.

Mais la façon dont reconquérir pro-activement l'usage de termes coraniques dans l'imagination publique tout en employant l'anglais n'est pas claire.

Les auteurs du rapport tentent aussi d'expliquer comment l'islam peut être fidèlement compris comme compatible avec un état laïque. Ils explorent la « compréhension problématique de la souveraineté divine » et suggèrent que la séparation de l'autorité temporelle et spirituelle pourrait se rapprocher de l'idéal islamique. Des partisans d'un islam politique du XXe siècle ont soutenu que la souveraineté de Dieu se manifeste à travers l'incorporation d'une structure politique où un individu ou un groupe d'individus revendique l'autorité divine pour agir au nom de Dieu, une notion totalement incompatible avec la démocratie laïque.

Cependant, le rapport se réfère aux éminentes figures de l'histoire de l'islam, tels que l'imam Malik ibn Anas et l'imam Ahmed ibn Hanbal du VIIIe siècle, tous deux fondateurs d'écoles de pensée influentes dans la jurisprudence islamique, et selon lesquels l'Etat ne devrait pas revendiquer d'autorité divine mais devrait être tenu pour responsable des valeurs universelles.

Outre le fait d'avancer que les musulmans britanniques soutiennent un pluralisme laïque multiculturel dans la mesure où il leur apporte la liberté de pratiquer leur religion, le rapport aborde des questions délicates, telles que l'apostasie et l'homosexualité en faisant montre d'une grande ouverture d'esprit. Les auteurs déclarent que bien qu'ils pensent que l'islam désapprouve de tels actes, ils insistent sur le fait que les personnes concernées doivent être considérées comme des citoyens à part entière et traitées avec dignité.

Le rapport prétend aussi que la radicalisation musulmane a besoin d'être mieux comprise. Il avance que le violent extrémisme de la base est un phénomène social et politique plutôt qu'intrinsèquement religieux.

Le rapport sera considéré comme constituant un pas important vers l'expression tolérante de l'islam qui, historiquement, est toujours apparu lors de profonds engagements politiques positifs entre musulmans et non-musulmans comme dans le Bagdad des Abbassides et l'Espagne des Maures.

A travers ce rapport, il semble que les experts religieux préfèrent faire une remise à niveau théologique, à mesure que des situations nouvelles et évolutives apparaissent, plutôt que de contrecarrer le changement. Mais, cela dit, si la commission rend compte de l'évolution du courant dominant de la pensée des musulmans britanniques d'aujourd'hui, alors c'est plus progressiste que bien des musulmans et non-musulmans ne l'auraient imaginé. Les opinions qui sont exprimées dans le rapport sont aussi celles que la société civile non musulmane et les médias devraient noter et accueillir favorablement.

Les conservateurs religieux endurcis peuvent bien crier à la capitulation et citer en guise de preuve le fait que le gouvernement ait financé la recherche. Il n'en demeure pas moins que les auteurs sont issus de milieux théologiques divers et respectés. Le succès de ce rapport se mesurera, à plus long terme, à la lumière de l'effet goutte-à-goutte qu'il aura produit pour influencer les idées des plus jeunes activistes musulmans et réduire les malentendus avec le reste de la société.


* Asim Siddiqui est l'administrateur fondateur de City Circle, un réseau de jeunes cadres britanniques musulmans, et membre du Conseil fondateur de Cedar, un réseau paneuropéen de professionnels musulmans.


Un islam à l'aise en Grande-Bretagne
En partenariat avec Common Ground News - Partenaires pour l'Humanité