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Religions

Trois jours à Taizé pour célébrer l'amitié islamo-chrétienne

Rédigé par Chloé Barbaux | Lundi 9 Juillet 2018

Du 5 au 8 juillet, la communauté œcuménique de Taizé a organisé la seconde édition du weekend d’amitié entre jeunes chrétiens et musulmans. L'association Coexister et le Groupe d’amitié islamo-chrétienne se sont joints aux 300 croyants présents sur le site pour des débats et des prières. Reportage.



Du 5 au 8 juillet, la communauté œcuménique de Taizé, organise la seconde édition du weekend d’amitié entre jeunes chrétiens et musulmans. © Chloé Barbaux
Du 5 au 8 juillet, la communauté œcuménique de Taizé, organise la seconde édition du weekend d’amitié entre jeunes chrétiens et musulmans. © Chloé Barbaux
« À Taizé, on a l’opportunité de se concentrer sur les principes communs du christianisme et de l’islam, et d’oublier les divergences théologiques », explique Yasmina, une jeune musulmane venue de Londres. Elle a traversé la Manche pour s’« éduquer et s’ouvrir aux autres ». « Je veux comprendre les chrétiens dans leur foi, et par là même, me conforter dans ma religion. »

Vendredi 5 juillet, à Taizé, en Saône-et-Loire, les frères de la communauté œcuménique accueillaient de jeunes chrétiens et musulmans du monde entier pour les inviter à débattre avec des responsables des deux religions. « On rencontre des croyants venus du Mali, du Brésil ou d’Allemagne. Nos cultures nous différencient davantage que nos religions », détaille Lucie, 26 ans, venue passer une année dans la communauté en tant que bénévole.

Lire aussi : Taizé : de Homs à la Bourgogne, le dialogue islamo-chrétien en actes

S’écouter sous le signe de la bienveillance

A midi, lorsque les cloches de l’église du petit village bourguignon ont retentit, chrétiens et musulmans, de 18 à 35 ans, se sont rassemblés le temps d’une prière commune. « Nous croyons tous en l’amour, l’amitié, la paix et Dieu, c’est le plus important », précise Yasmina. Daniel, un jeune étudiant catholique de 20 ans est affirmatif : « Je ne crois pas en Mahomet. Mais l’Islam, comme le christianisme, est une religion qui prône la bienveillance. A Taizé, grâce aux échanges interconfessionnels, j’apprends ce qu’il représente pour les musulmans. »

Rachel à 32 ans. Elle se présente avant tout comme une chrétienne. Pendant un an, elle fait le tour du monde pour rencontrer des personnes « qui développent des espaces de dialogue interreligieux ». Elle prévoit notamment de se rendre en Israël, en Palestine, en Bosnie ou en Serbie : « Je veux aider les croyants qui dédient leur vie à la reconstruction du lien social après un conflit ». Elle a la conviction « que l’on doit se rencontrer, et tout faire malgré le conflit pour s’écouter parler ». A Taizé, elle marque sa première étape.

© Chloé Barbaux
© Chloé Barbaux

Comprendre la foi de l’autre

Daniel a trouvé à Taizé « un cadre où le silence est propice au discernement ». « Dans notre société, nous avons tendance à trop parler. Dans la communauté, nous écoutons. Un frère a dit lors d’une table ronde que nous devrions être plus attentifs à ce que l’autre nous dit de Dieu. Je vais suivre son conseil », indique-t-il. Quant à Lucie, « entre chrétiens et musulmans, nous nous comprenons, car nous savons ce que c’est que d’avoir la foi ».

Tout au long de la journée, les Frères de la communauté déambulent entre les espaces de dialogue et se prêtent volontiers aux conversations. « Les communautés chrétiennes et musulmanes vivent côte à côte, mais ne sont en contact que de manière sporadique. » Le jeune Daniel évoque même un « climat de défiance qui n’a pas lieu d’être et qui n’existerait pas si les communautés se connaissaient vraiment. »

Unir les croyants pour combattre la défiance

Lucie, les yeux baissés énonce qu’« en France, il y a une peur latente envers les musulmans ». D’après Yasmina, « depuis les attaques du 11 septembre 2001, l’islam est assimilé au terrorisme par manque d’information. Les médias ne prennent pas le temps de réfuter les préjugés. Les espaces de dialogue comme celui de Taizé sont là pour se découvrir, en dévoilant à l’autre sa foi. »

Espoir, un Togolais de 30 ans exilé en Allemagne, énumère « la peur des attentats, la peur des migrants, la peur des musulmans. La peur s’évanouie quand nous écoutons Dieu. » Frère Benoit alerte : « Nous devons prendre au sérieux le fait que l’étranger nous insécurise et promouvoir les rencontres interconfessionnelles. » C’est le projet de la communauté de Taizé : l’unité des croyants par la prière, la méditation et le partage.

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