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Monde

Suède : un autodafé du Coran provoque la colère de la Turquie et du monde musulman

Rédigé par Lionel Lemonier | Mardi 24 Janvier 2023 à 12:45

           

En Suède, un militant de l'extrême droite ayant brûlé sur la voie publique un exemplaire du Coran a mis le feu aux poudres dans les relations diplomatiques déjà très difficiles entre Ankara et Stockholm, sur fond de négociations sur l'entrée du pays scandinave dans l'Otan. Les condamnations ont naturellement fusé dans le monde musulman mais aussi en France.



Suède : un autodafé du Coran provoque la colère de la Turquie et du monde musulman
Il continue sa croisade de haine depuis des années en organisant des autodafés du Coran et autres manifestations agressives contre les musulmans en Suède et ailleurs. Et cette fois-ci, il est parvenu à provoquer une crise diplomatique entre la Suède et la Turquie. Rasmus Paludan est à la tête de Stram Kurs (Ligne dure), un groupuscule d’extrême droite qui a pris l’habitude de brûler des exemplaires du Coran au cours de manifestations dont certaines dégénèrent et se terminent en émeutes.

Samedi 21 janvier, l'extrémiste a organisé un rassemblement à proximité de l’ambassade de Turquie. Il avait obtenu l’autorisation de la police et n’a pas dérogé à son habitude : il a brûlé un exemplaire du Coran sous les yeux des policiers et des journalistes présents. Seules une cinquantaine de curieux étaient également présents. « Si l’on ne pense pas qu’il doit y avoir de liberté d’expression, il faut vivre ailleurs », a affirmé l’extrémiste.

En dépit de sa notoriété personnelle, Rasmus Paludan ne représente rien politiquement en Suède, mais il fait beaucoup de mal à la société avec ses provocations. Le gouvernement estime que la Constitution du pays et les libertés de manifestation et d’expression ne justifient pas l’interdiction de ce type de manifestation au nom de l’ordre public. Un point de vue théorique qui ne tient aucun compte des réactions éventuelles à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

La Turquie refuse l'entrée de la Suède dans l'Otan

Or l’acte commis par ce récidiviste a provoqué des protestations en Turquie. Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées samedi en fin de journée devant le consulat et l’ambassade de Suède à Istanbul en signe de protestation. Un drapeau suédois a été brûlé et le gouvernement turc a été incité à rompre tout lien diplomatique avec la Suède.

Ankara a d'ores et déjà annulé une visite du ministre suédois de la Défense, Pal Jonson, prévue vendredi 27 janvier. Un déplacement qui « a perdu sa signification et son sens », a déclaré Hulusi Akar, lui-même ministre turc de la Défense. Or il avait pour objectif de tenter de lever les objections turques à l’entrée de la Suède dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan). « La Suède ne doit pas s’attendre à un soutien de notre part pour l’Otan. Si vous ne respectez pas les croyances religieuses de la République de Turquie ou des musulmans, vous ne recevrez aucun soutien de notre part », a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan.

D’autres pays musulmans ont d’ailleurs exprimé leurs réprobations. Le Maroc a exprimé son « étonnement » devant l’inertie des autorités suédoises face à cet acte « inacceptable » et « odieux ». L’Indonésie, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis ainsi que le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ont condamné l’attitude de Stockholm.

Des réactions aussi en France

Face au tollé, le Premier ministre suédois s'est employé à réagir pour tenter d'apaiser les tensions. Il a déploré, dimanche 22 janvier, un « acte profondément irrespectueux » envers les musulmans. Exprimant sa « sympathie » à ceux « qui ont été offensés », le chef du gouvernement a affirmé que « la liberté d'expression est une part fondamentale de la démocratie. Mais ce qui est légal n'est pas nécessairement approprié ». « Les provocations islamophobes sont épouvantables. La Suède a une liberté d'expression très étendue, mais cela n'implique pas que le gouvernement suédois, ou moi-même, soutiennent les opinions exprimées », a fait savoir, pour sa part, le chef de la diplomatie suédoise, Tobias Billström.

En France, la Fondation de l’islam de France (FIF) a condamné « avec énergie » l'autodafé du Coran en Suède, un « acte ignoble » qui s'inscrit « dans un contexte européen marqué par une hostilité de plus en plus accrue à l'encontre de l'islam et des musulmans ».

La Grande Mosquée de Paris a tout aussi déploré « avec force les actes survenus (…) à Stockholm, en Suède, lors d’un rassemblement d’extrémistes, qui ont brûlé un exemplaire du Saint Coran sur la voie publique ». « Si nous faisons nôtre la liberté de conscience et d'expression, aussi protégée par la Suède, nous considérons que l'autodafé du Saint Coran relève d'une malveillance gratuite ayant pour unique but d'inciter à la haine contre les musulmans en Europe », déclare-t-elle, demandant aux autorités suédoises d’agir contre « ce type d’acte qui, malheureusement, se reproduit ».

« Nous ne pouvons nous résoudre à banaliser les actes d'intolérance et de haine de l'Autre, qui ne cessent d'augmenter à notre époque et face auxquels les démocraties européennes doivent être résolument unies », précise la GMP, qui appelle néanmoins au calme et « à répondre à ces agissements odieux par les valeurs de tolérance et de bienveillance qui sont le propre de l’islam ».

Mise à jour mercredi 25 janvier : Le Conseil français du culte musulman (CFCM) dénoncent les profanations du Coran par des extrémistes islamophobes en Europe.

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