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Points de vue

Quel bilan pour la femme musulmane ?

Rédigé par Fatima Adamou | Vendredi 7 Mars 2014



Le 8 mars, Journée internationale de la femme, est le jour du bilan de la condition de la femme dans le monde. Si on osait un bilan des femmes musulmanes dans le monde, on évoquerait d’abord la législation restreignant le port du voile en France, la marginalisation des femmes voilées souhaitant travailler en entreprise, on ferait un tour de la situation déplorable en Europe, puis on parlerait du même sort qui guette les musulmanes québécoises.

Et l’on omettrait les Somaliennes qui subissent des viols dans les camps de réfugiés. On tairait les viols systématiques que subissent les Syriennes. On éluderait les crimes d’honneur perpétrés au Pakistan, en Afghanistan, sans compter les femmes assassinées par un proche (parent ou conjoint) pour avoir refusé de porter le voile comme cela est arrivé en Grande-Bretagne. On ignorerait le harcèlement, les tortures des Iraniennes ne respectant pas correctement la législation sur le port obligatoire du voile, les mariages de très jeunes filles, les mariages forcés des victimes de viols avec leurs agresseurs comme au Maroc ou en Malaisie…

Ce bilan ne sera pas présenté ou très peu. À la place, on nous rappellera à l’envi les avancées de la condition féminine qu’a permis la venue de l’islam dans la péninsule Arabique. On nous parlera de Khadija, première femme du Prophète et riche femme d’affaires ; on comparera la femme musulmane à une perle précieuse, du respect qui lui est dû, de ses droits (et de ses devoirs ?).

L’un des acquis de la femme que l’on aime à rappeler, souvent présenté comme la preuve irréfutable de la non-oppression des musulmanes, reste : la possession de la totalité de son salaire si elle travaille, sans obligation de contribuer aux dépenses du foyer.

Mais quel intérêt peut bien présenter ce droit si on lui interdit de travailler ? Si l’accès au marché du travail lui est très limité par des législations portant sur l’apparence vestimentaire comme en France ? Est-ce que ces rappels « islamiques » ne visent qu’à donner courage à la femme et lui faire sentir qu’au sein de sa communauté religieuse elle jouit de tous les droits acquis avec l’islam ?

Peut-on dire aujourd’hui que la femme musulmane française est mieux lotie au sein de sa communauté religieuse qu’elle ne l’est dans l’ensemble de la société française ? Fait-elle partie à part entière de la vie de la communauté musulmane ? A-t-elle son mot à dire dans les mosquées ? les institutions représentatives des musulmans français ?

Il est incontestable que la simple énumération des acquis des femmes grâce à l’islam ne suffit pas à en faire une réalité, il faut encore les faire appliquer au quotidien. L’on pourrait s’inspirer des actions de ceux et celles qui luttent pour les droits des femmes et la fin des abus commis contre les femmes.

Par exemple, des Saoudien-ne-s ont participé à la première campagne contre la violence domestique en Arabie Saoudite. En Malaisie, des femmes mènent campagne pour augmenter l’âge minimal légal du mariage des jeunes femmes afin de mettre fin aux mariages précoces de fillettes. L’on pourrait également faire référence à ces hommes musulmans, des États-Unis à l’Australie, qui se mobilisent contre la violence domestique ; ou bien encore l’association d’imams britanniques contre les abus faits aux femmes dans les communautés musulmanes. Chacun d’entre eux aspire à éduquer et à faire appliquer le respect de la femme.

Nous, les musulmans, n’apprécions pas que l’on mentionne les abus commis contre des femmes par d’autres musulmans. Si vraiment nous sommes convaincus qu’ils ne reflètent en rien la spiritualité de l’islam, nous devons les dénoncer. Impérativement. Fermement. Irrémédiablement.

Tutrice de français en Grande-Bretagne, Fatima Adamou est également researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.