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#1AnAprès

Mohammed Moussaoui : Fidèles au pacte républicain et aux valeurs universelles, agissons ensemble

Rédigé par Mohammed Moussaoui | Samedi 16 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France (UMF) et président d’honneur du Conseil français du culte musulman (CFCM).



Mohammed Moussaoui est président de l’Union des mosquées de France (UMF) et président d’honneur du Conseil français du culte musulman (CFCM).
Mohammed Moussaoui est président de l’Union des mosquées de France (UMF) et président d’honneur du Conseil français du culte musulman (CFCM).
L’année 2015 a commencé dans la douleur et s’est terminée dans la douleur. Le terrorisme a endeuillé de nombreuses familles et brisé de nombreuses vies.

Les guerres ont martyrisé des peuples et des nations et ont enseveli des milliers d’innocents dans le cimetière de la Méditerranée. L’image du corps du petit Aylan gisant au bord de ce cimetière a bouleversé les consciences et rappelé à l’humanité la cruauté de l’indifférence.

Ma première pensée va vers toutes ces victimes et vers leurs proches à qui j’adresse mes vœux d’espérance pour une année 2016 de paix et de quiétude.

Les actes de terrorisme ont entretenu tout au long de l’année 2015 la souffrance des musulmans de France de voir leur foi odieusement instrumentalisée par des extrémistes de tout bord. Les auteurs de ces actes sont des assassins méprisables qui n’ont de religieux que les slogans et dont les actes incarnent la trahison de tout ce qui est sacré.

Le concept de jihad victime du terrorisme

Le concept de jihad, synonyme de l’effort sur soi et de l’élévation spirituelle qui prépare l’individu à une attitude altruiste au service de l’humanité, est devenu synonyme de terreur, de massacres et de la haine de l’autre.

À ceux qui s’interrogent encore sur le lien qui pourrait exister entre l’islam et cette violence commise en son nom, en pointant des passages coraniques évoquant la guerre et le combat, nous devoir la vérité.

Que nous disent les textes à ce sujet ? « N’agressez point, Dieu n’aime pas les agresseurs » (Coran, s. 2, v. 190) et « Quiconque tue un être humain tue l’humanité tout entière. Quiconque sauve un être humain sauve la vie de l’humanité toute entière ! » (Coran, s. 5, v. 32).

Le Coran considère la guerre comme un incendie qu’il faut éteindre par tous les moyens : « Toutes les fois qu’ils allument un feu pour la guerre, Dieu l’éteint. Ils s’efforcent de semer le désordre sur la terre. Dieu n’aime pas les semeurs de désordre » (Coran, s. 5, v. 64).

Si le Coran a autorisé aux musulmans de repousser l’agression et de porter assistance aux personnes en danger : « Ceux qui ont été l’objet d’une agression, parce qu’ils ont été injustement traités, sont autorisés à se battre contre leur agresseurs. Dieu a assurément le pouvoir de les aider. (…) Si Dieu ne repoussait pas certains hommes par d’autres, des cloîtres auraient assurément été démolis, ainsi que des églises, des synagogues et des mosquées où le nom de Dieu est souvent mentionné » (Coran, s. 22, v. 39-40), il leur a ordonné de préserver la paix par tous les moyens : « S’ils demandent la paix (après t’avoir agressé) accepte la paix en te confiant à Dieu, (...) Si, par cette demande, ils cherchent uniquement à te tromper, accepte la paix et qu’il te suffise d’avoir Dieu avec toi! N’est-ce pas Lui qui t’a déjà prêté Son assistance (…) » (Coran, s. 8, v. 60-63).

Tous les textes évoquant le combat doivent être interprétés à la lumière de cette lecture conforme aux principes et aux valeurs fondamentaux de l’islam. Car l’essentiel de la mission de la foi musulmane est d’éveiller la conscience du croyant afin que ce dernier agisse avec amour et miséricorde « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers » (Coran, s. 21, v. 107).

Face à un ennemi commun, compter sur toutes les forces vives

Face au terrorisme, notre ennemi à tous, incarnation de la haine, de la barbarie, de la terreur et de la lâcheté, nous devons agir ensemble pour le vaincre.

En restant fidèles au pacte républicain et aux valeurs universelles portées par notre République laïque, indivisible, démocratique et sociale. En restant fidèles aux valeurs de nos fois respectives qui invitent à la paix et à l’amour de son prochain.

Dans ce combat, nous pouvons compter sur nos militaires, sur nos policiers, sur nos gendarmes et sur toutes nos forces d’intervention qui engagent leur vie pour préserver la nôtre.

Nous pouvons compter sur le Parlement pour adopter toutes les mesures nécessaires afin de mettre hors d’état de nuire les terroristes, dans un esprit de concorde nationale, et dans le respect des libertés fondamentales.

Nous pouvons compter sur le sursaut des familles et du personnel de l’Éducation nationale pour s’investir davantage dans leur mission d’éducation et de transmission des valeurs à même de préserver nos enfants contre les propagandes des prêcheurs de la haine.

Nous pouvons compter sur nos institutions religieuses pour permettre à chaque citoyen de concilier entre son engagement spirituel et son engagement citoyen et de vivre ces deux engagements dans la paix et la sérénité, loin de tout extrémisme.

Nous pouvons compter sur nos rabbins, nos prêtres, nos pasteurs et nos imams pour s’engager et engager tous les fidèles dans un dialogue qui est aujourd’hui plus que jamais une nécessité pour notre cohésion nationale. La fraternité républicaine nous y invite. Le principe de laïcité, garant du respect de la diversité de nos convictions, nous y appelle.

Nous pouvons compter sur toutes nos institutions et nos associations engagées dans la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination afin de renforcer notre unité nationale et éviter la division.

Nous pouvons compter sur nos femmes et nos hommes politiques pour engager tous les Français dans un récit national inclusif en mettant l’intérêt général devant tout autre intérêt.

Nous pouvons compter sur nos intellectuels et nos artistes pour faire de la France un grand pays, fier de son Histoire, de sa culture, de son rayonnement et de son idéal universel.

Nous espérons pouvoir compter sur nos médias pour faire ressortir le meilleur de notre pays et de le faire prospérer au lieu de se transformer en caisses de résonance des adeptes de l’amalgame et de la surenchère.




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