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Psycho

Malika, 21 ans : « Quand mes parents ont découvert que j’avais un petit ami, ils ont disjoncté »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mercredi 24 Juillet 2013



« Je me tourne vers vous car j’ai besoin d’être éclairée. J’ai 21 ans et il y a maintenant trois ans, lorsque mes parents ont découvert que j’avais un petit ami, ils ont littéralement disjoncté.

Ma famille m’a battue, séquestrée et mariée de force avec un cousin étranger.
J’ai cru l’espace de quelques mois que je le leur devais pour « réparer mes erreurs », mais cela n’a pas duré longtemps et alors même que je me mariais j’envisageais une annulation de mariage.

Je suis rentrée du Maroc, j’ai repris mes études, et ai entamé une annulation de mariage.
Malgré des relations conflictuelles avec mes parents, je crois avoir plus ou moins digéré ce qu’ils m’ont fait mais, désormais, je ne sais plus qui je suis, ce en quoi je crois.

Très différente de ma famille, j’ai toujours posé beaucoup de questions sur la religion, la foi, je voulais savoir pourquoi, pourquoi croire, comment, disons que j’ai toujours montré une indépendance d’esprit face à ce que l’on souhaitait m’enseigner.

Malgré mes doutes, mes questionnements et ma pratique bien trop légère, j’avais la sensation d’avoir une foi, d’y croire, de savoir quelles étaient mes valeurs, mon éthique, et pourquoi je faisais ce que je faisais.

Les interdits me pesaient mais ils avaient du sens. Je voulais m’améliorer, travailler mes défauts, pour correspondre à l’idéal que je me faisais d’une musulmane.
Je souhaitais l’équilibre, entre ma foi, ma vie sentimentale, ma vie d’étudiante et, malgré les accrocs, je ne me sentais pas moins musulmane.

Aujourd’hui je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus si j’ai la foi, je ne me définis plus comme musulmane puisque je n’en ai, en aucun cas, le comportement coutumier, je ne jeûne pas, je ne prie pas, je bois, je fume.

J’ai l’impression d’avoir gardé une éthique, la charité, la loyauté, l’amitié, l’envie de donner de l’amour autour de moi… Tout cela est bien maigre à mes yeux. Je suis le fruit d’une double culture, d’un héritage parfois contradictoire et je ne me vois pas en renier l’un pour l’autre mais j’ai l’impression parfois de devoir choisir un camp.

Un exemple simple, je ne me vois pas renier mon amour pour quelqu’un sous prétexte qu’il n’est pas musulman et, en même temps, je crois que je ne pourrai pas ne pas transmettre à mes enfants certaines valeurs.

Pire que tout, j’ai l’impression de ne croire en Dieu que lorsque cela m’arrange, par faiblesse, en dernier recours.

Or pour moi cela n’est pas sincère, je ne sais plus qui je suis. J’abandonne Dieu dans mon quotidien, négligeant Ses conseils mais le réclame lorsque j’en ai besoin.

Je ne trouve pas de réponses lorsque je sonde mon cœur, je me sens perdue.

Cordialement. » Malika

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Je vous remercie pour votre franchise et votre simplicité. Comme vous le savez, je n’ai pas de qualité pour répondre sur la question de la religion, mais la thérapeute aurait envie de vous dire que vous savez très bien qui vous êtes, quelle personne singulière, unique, vous êtes.

Le problème vient, et vous le montrez avec justesse, de la tradition mal interprétée. La question brûlante du culte et du culturel. Du fond et de la forme.

Voici ce que vous dites : « J’ai toujours montré une indépendance d’esprit face à ce que l’on souhaitait m’enseigner. Malgré mes doutes, mes questionnements, et ma pratique bien trop légère j’avais la sensation d’avoir une foi, d’y croire, de savoir quelles étaient mes valeurs, mon éthique, et pourquoi je faisais ce que je faisais.
Les interdits me pesaient mais ils avaient du sens. Je voulais m’améliorer, travailler mes défauts, pour correspondre à l’idéal que je me faisais d’une musulmane. »

C’est à peu près l’idée que le musulman doit se faire de ce parcours qu’il entreprend, son chemin de vie, ce passage qui lui donne une chance de retrouver son Créateur. La force de l’intention, cela signifie, d’un point de vue psychanalytique, qu’il y a un sujet, une personne, au-delà de la tradition, responsable de ses actes, de sa représentation du monde et de son Seigneur.

Chaque voie est unique, à l’image d’Allah, n’est-ce pas ? Mais vous le dites aussi très bien, il y a la Loi, et vous l’acceptez : les interdits vous pèsent, à qui ne pèsent-ils pas ? Mais vous les acceptez, en musulmane, n’est-ce pas là l’un des sens du mot « islam » ?

Un être responsable, qui accepte les interdits, admet ses faiblesses et croit en son for intérieur en son Créateur, est un sujet équilibré pour la psychanalyse et un musulman sincère pour la religion.

Vous faites partie d’une nouvelle génération, déjà à l’œuvre du métissage, et vous essuyez les plâtres de la confrontation avec la tradition de vos pères, et leurs pères avant eux, et la société urbaine occidentale dans laquelle vous êtes née, par un jeu de circonstances historiques qui bouleversent la tradition. C’est la difficulté des pionniers.

Votre recherche est en cours, vous êtes en cheminement : bravo et beau parcours. Un mot, encore, ayez confiance en vous. Considérez vos intentions et cherchez leur justesse.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com





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