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Livres

« Le Langage du cœur », un avant-goût de la sagesse soufie

Rédigé par Clara Murner | Vendredi 17 Août 2018

Redonner le goût de l’expérience vécue aux images traditionnelles de la littérature soufie, tel est le mérite de « Le Langage du cœur », d’Abd el-Hafid Benchouk (Hachette, 2018). Ce n’est pas un livre de chercheur érudit. Mais cet ouvrage délivre des conseils pratiques d’un cheminant, des étincelles de sagesse profonde, dans un langage accessible et compréhensible par tous.



« Le Langage du cœur », un avant-goût de la sagesse soufie
Il est 20 heures, vendredi soir. En franchissant la porte de la Maison soufie, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), on découvre un havre de paix, un lieu beau et accueillant, tapis orientaux au sol et tissus traditionnels d’Ouzbékistan aux murs. Le maître des lieux, moqqadem de la voie soufie naqshbandî, accueille chacun par son prénom, avec des paroles bienveillantes, individualisées. Il offre thé ou café oriental, pendant que les disciples s’affairent et se préparent pour la séance de dhikr qui aura lieu au coucher du soleil, après la prière de Maghreb.

Abd el-Hafid Benchouk, auteur de « Le Langage du cœur », est directeur de la Maison soufie, à Saint-Ouen, et représentant de la tariqa naqshbandî en France.
Abd el-Hafid Benchouk, auteur de « Le Langage du cœur », est directeur de la Maison soufie, à Saint-Ouen, et représentant de la tariqa naqshbandî en France.
Cheikh Abd el-Hafid Benchouk est le directeur de la Maison soufie. Habituellement réservé au maître de la tariqa, le titre de « cheikh » désigne aussi, par respect, le représentant désigné par le maître, ou moqaddem. Le but de la Maison soufie est de faire rayonner les enseignements du soufisme, afin que chacun puisse accéder à cette sagesse millénaire souvent interdite par les pseudo-oulémas ou ignorée. C’est aussi l’objectif de son ouvrage qui vient de paraître chez Hachette : Le Langage du cœur.

« Le but est désintéressé », nous dit Abd el-Hafid Benchouk. « Si l’ouvrage ouvre une porte à l’intérieur, cela suffit pour ceux qui cherchent. Les gens veulent comprendre le monde et se comprendre. » Ce livre, qui s’adresse à tous, est dans l’esprit de la Maison soufie et destiné à répondre à leurs questions : « Ils viennent boire un café et juste goûter au soufisme. Chacun a son chemin, l’humanité entière n’est pas destinée à être soufie, mais l’esprit du soufisme est universel. Les gens nous disent que cela ouvre des perspectives… L’humanité est en recherche de paix, d’harmonie et de vie simple. On essaie de faire partager comment vivre sa vie sereinement. »

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Cheikh Abd el-Hafid Benchouk est moqqadem de la tariqa naqshbandî, dans la branche haqqanî du cheikh Nazim. Le cheikh Nazim Haqqani (1922-2014) est Hasanî-Husaynî par sa lignée paternelle et descendant de ‘Abd al-Qâdir aj-Jïlani, et par sa mère de Mawlana Jalal ed-din Rûmî. Il fut initié à Damas par cheikh ‘Abdallah ad-Daghastânî. Depuis sa disparition, la tariqa naqshbandî est dirigée par son fils, cheikh Mehmet.

Abd el-Hafid Benchouk a suivi les enseignements de cheikh Nazim pendant 25 ans. Le cheikh Nazim n’a jamais écrit, mais ses enseignements ont été collectés par ses disciples. Cheikh Abd el-Hafid Benchouk a eu l’autorisation du cheikh Mehmet, l’actuel guide spirituel, pour écrire ce livre. Dans cette tradition, une grande latitude est donnée aux différents moqaddems, indépendants les uns des autres. Chacun travaille selon sa propre méthode.

« Le Langage du cœur », un avant-goût de la sagesse soufie
Différent des autres livres sur le soufisme, Le Langage du cœur l’est aussi par sa forme. On est surpris en découvrant ce bel objet-livre, malgré son prix modique : une couverture brochée avec rabats, des cahiers cousus avec tranche-fil, des pages de garde décorées de motifs floraux tirés des suzanis, tissus traditionnels d’Ouzbékistan, répétés à l’intérieur pour séparer les cinq grands chapitres, sur le soufisme et les paroles prophétiques et saintes à méditer. Un bel écrin pour de belles paroles, mises en page élégamment, et illustrées des dessins de Géraldine Méo.

L’auteur a participé à la conception de cet ouvrage où le fond et la forme s’épousent harmonieusement. Les éditeurs voulaient un livre de sagesse à pratiquer « pas de mode d’emploi », mais des étincelles de lumière, un partage d’expérience de sa vie de disciple.

C’est un avant-goût de ce qu’est le soufisme sans avoir besoin de s’engager dans la voie. Le soufisme s’adresse aux gens qui s’engagent. Mais c’est aussi une sagesse universelle destinée à tout un chacun, qui transcende les différences, puisée à la Source une et divine, et qui nourrit tous les êtres, sans distinction, comme le soleil.

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Le soufisme a inspiré bon nombre d’auteurs non musulmans. « Prenez la sagesse d’où qu’elle vienne », disait le cheikh Nazim. Le soufisme n’est pas limité au soufisme, c’est l’expression de la sagesse universelle, la sophia perennis, au travers du prisme de la Révélation.

Dans la voie naqshbandî, on considère qu’avant d’adhérer à l’islam, des maîtres de sagesse étaient présents dans la région du Khorassan (nord-est de l’Iran) et épousaient la forme de sagesse du moment. Avant d’être soufis, ils ont été chamanes, nous dit-il.

L’heure tourne, les uns et les autres se dirigent vers la grande salle pour la prière du soir. Le soufisme est au-delà des mots et les transcende comme la poésie : c’est le langage du cœur.

Abd el-Hafid Benchouk, Le Langage du cœur, Hachette, 2018, 320 p., 12,90 €.