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Points de vue

Laïcité : Emmanuel Macron aux Bernardins, halte à l'hystérie politique

Rédigé par Asif Arif et Mehdi Thomas Allal | Mercredi 11 Avril 2018



Laïcité : Emmanuel Macron aux Bernardins, halte à l'hystérie politique
Le discours d’Emmanuel Macron au Collège des Bernardins (dès 1h13 sur la vidéo) semble faire parler de lui. D’aucuns parmi ses détracteurs n’hésitent à brandir les grands sentiments pour fustiger ses déclarations : violation du principe de laïcité, accointances avec l’Eglise, retour vers un Etat où l’Eglise et l’Etat seraient des amis et non plus des ennemis. Toutes ces positions, dictées davantage par les passions respectives que par une approche rationnelle du principe de laïcité, méritent d’être clarifiées.



Aucune violation du principe de laïcité

La laïcité de l’Etat ne suppose pas que l’Etat soit dans une position d’arrogance vis-à-vis des religions. D’ailleurs, il ne sied pas à l’Etat d’adopter une telle position qui ne manquerait pas de susciter la critique.

En réalité, Emmanuel Macron, en s’adressant ainsi aux catholiques, s’inscrit dans une tradition de dialogue avec les cultes, ce qui est monnaie courante dans les rapports entre l’Etat et les institutions qui composent le paysage administratif français.

Prenons l’exemple de l’Etat en tant que tel. Le ministère de l’Intérieur est doté du Bureau central des cultes qui est en charge de réguler les rapports entre les cultes et l’Etat. Il existe également, au sein du ministère des Affaires étrangères, un poste clef et fondamental : celui de conseiller aux affaires religieuses qui, lui également, à un rôle central dans la compréhension des enjeux géopolitiques et religieux dans le monde.

La France compose en réalité avec ceux qui l’entourent. Si le Président Macron a soutenu qu’il devait « réparer » un lien « abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, c’est qu’il souhaite passer d’une religion de séparation conflictuelle à une séparation intelligente.

Les cultes en France sont également consultés lorsqu’un projet de loi peut les concerner. Pourtant, ce n’est pas une atteinte à la laïcité. Penser le contraire, c’est en réalité admettre que l’Etat n’est pas laïc mais qu’il est athée. Or, ce n’est pas le cas en France. Bien que les Français souhaitent que l’Etat reste loin des Eglises, il n’en demeure pas moins que la France se compose de citoyens de multiples confessions qu’il convient de prendre en compte. Le discours du président Macron ne porte donc pas atteinte à la laïcité puisqu’il rappelle la liberté de conscience et précise que les religions ne devront rien attendre de l’Etat.

Attention à ne pas dicter aux religions leurs dogmes

Il convient toutefois d’être vigilant sur différents points. Il semble en effet que le président souhaite également que les religions évoluent sur un certain nombre de sujets, notamment s'agissant de la bioéthique ou du « mariage pour tous ». Or, est-ce à l’Etat d’indiquer aux religions ou de fortement les enjoindre à identifier la façon dont leur dogme doit être orienté ? Il faut y apporter une réponse négative.

La séparation entre les deux pouvoirs – temporel et spirituel – permettait en réalité de mieux garantir leur indépendance, notamment celle des idées et des contenus. L’Eglise catholique pourrait avoir des désaccords avec les règles républicaines sans pour autant appeler à ne pas les respecter. N’oublions pas que la différence entre la loi et la religion réside dans la contrainte qui l’accompagne. En France, on est contraint de respecter la loi sous peine de sanctions. Or, en matière religieuse, la République garantit une liberté de conscience permettant simplement à celui qui souhaite vivre dans le cadre moral imposé par la religion de s’y soumettre.

Il faut donc veiller à préserver le principe de laïcité, qui est notre pacte commun. Ce n’est néanmoins pas le discours présidentiel aux Bernardins qui en constitue une atteinte fondamentale.

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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris auteur et conférencier spécialiste de la laïcité. Il a écrit Outils pour maîtriser la laïcité, publié aux éditions La Boîte à Pandore.

Mehdi Thomas Allal est maître de conférences à Sciences Po et responsable du pôle Discrimination/Intégration dans le think tank bipartisan Le Jour d'Après.

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