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Points de vue

L'esprit du forgeron

Minute de sens

Rédigé par Hamza Braiki | Vendredi 22 Janvier 2016



L'esprit du forgeron
Il existe dans le corpus prophétique, une parabole forte connue, mettant en exergue les effets du compagnonnage : « Je compare, dit le Prophète, le bon et le mauvais Compagnon au parfumeur et au forgeron. Le premier, si vous le fréquentez, finira par vous donner ou vous vendre partie de sa marchandise, et de toute façon vous sentirez le parfum. A fréquenter le second, vous ne manquerez pas soit de voir vos vêtements brûler, soit de sentir auprès de lui les mauvaises odeurs. »

Je vous propose de regarder attentivement ce hadith, mais aussi le titre de ce livre, « Forgeons ensemble une génération dorée ». Et ainsi, je vous propose d’être parfumeur, mais aussi forgeron et même orfèvre !

Chaque génération se retrouve singulière dans l’histoire de l’humanité. Une situation géopolitique unique, un niveau technique et une instruction particulière.

Le métier de forgeron est connu comme l’un des plus pénibles. A la base de l’industrie, au milieu de ses fours, le forgeron fait fondre le métal pour le purifier, le martèle avec force, le forme et trempe l’acier pour le durcir. Il répète ce cycle de nombreuses fois jusqu’au résultat final : une épée tranchante ou un ustensile bien utile.

Les éducateurs, les êtres proches de la jeunesse et soucieux de l’élever répètent finalement le même cycle. En faisant fondre ses résistances, en gagnant sa confiance, l’éducateur le débarrasse de ses souillures. Il en profite pour lui marteler les leçons de vie, même si elles peuvent paraitre lassantes, répétitives. Il alterne ces moments d’instruction avec des moments de détente de bien être, parfois en piquant une tête, en le trempant. Et cela se répète, une alternance d’amour, d’instruction et de distraction.

Transformer le forgeron en un véritable orfèvre de la société

Cette mission, comme toutes les bonnes initiatives, et plus efficace, plus agréable, lorsqu’elle est portée par plusieurs épaules, plusieurs forges. De plus, chacun des ateliers contient un secret de fabrication, une saveur qui combinée à d’autres offre un panorama chatoyant des vertus transmises. Dans certaines forges, l’accent est porté sur l’équilibre moral. Dans d’autres, il est incité de prier et de penser souvent à Dieu. Certains maîtres artisans considèrent le jeu comme un acte pédagogique, et d’autres ont le regard ouvert sur le mondes et les différentes cultures. C’est en transitant dans ces différentes forges, dans ce process éducatif, et en y subissant l’amour, le marteau et l’eau que le jeune mûrira.

L’or est le métal le plus agréable à travailler. Malléable à basse température, éclatant et éternel, il a le privilège de servir à de nombreux usage : symbole d’apparat et de triomphe, monnaie d’échanges, conducteur parfait de courant (de Coran), ou encore, protection thermique pour les satellites, il résiste à la corrosion, à l’autodestruction. Les jeunes sont tels ces métaux précieux dans leurs caractéristiques physiques et morales. Agréables à « travailler », vifs et réceptifs aux rappels ; ils reflètent le triomphe ; la force d’une société ; sa richesse, mais également une protection pour l’avenir, l’horizon pourtant invisible au-dessus des nuages. Il leur est plus facile de conduire le Coran, de transmettre leurs valeurs, et ils brillent par leur optimisme à toute épreuve, malgré le contexte qui peut paraitre mortifère.

Et donc, c’est une mission transgénérationnelle que de reconstruire le monde. Offrir de nouvelles perspectives ne peut se faire qu’avec des efforts de longue haleine et un mental de forgeron de la part des éducateurs. D’ailleurs chaque adulte dispose de sagesses, de qualités, qu’il pourrait offrir comme nutriments aux nouvelles générations. Et la société doit tendre vers cet objectif sublime de former une génération dorée, une alchimie à grande échelle capable de transformer le plomb en or.

Revoir les sagesses, repenser les hadiths n’est en aucun cas une œuvre de corruption des sources islamiques, mais bien au contraire, une valorisation de son actualité, de son rayonnement peu importe le sens de lecture.

C’est aussi une façon de transformer ce pauvre petit forgeron, figure symbolique maléfique en matière de campagne, en un véritable orfèvre de la société. Autrement dit, si ce personnage y contribue, tout le monde peut y arriver.

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Par Hamza Braiki, forgeron... de cœur.