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Points de vue

Islam : quelques conditions pour une renaissance

Vocation de l'islam

Rédigé par Djilali Elabed | Vendredi 19 Janvier 2018



Islam : quelques conditions pour une renaissance
Les trois premières articles parus sur Saphirnews avaient pour ambition d'identifier la vocation de l'islam. Tout d'abord, il a été question de retrouver le sens de l'islam et de la pratique, puis d'en affirmer son universalité, enfin d'en établir la compatibilité avec la raison et la science.

Cependant, l'islam ne pourra retrouver sa place dans sa vocation qu'à la condition que les musulmans procèdent à une réforme profonde. Nous allons brièvement dans cette dernière partie évoquer quelques conditions de la « renaissance ».

Qu'entend-on par la globalité de l'islam ?

Il conviendrait en premier lieu, pour entamer une réforme des comportements, s'éloigner des conceptions réductrices de l'islam. Il en est ainsi du concept de globalité qui a été réduit à la formule « l'islam est religion et Etat ». L'islam, c'est avant tout plusieurs dimensions, plusieurs ordres imbriqués couvrant l'ensemble de la vie humaine. On distingue traditionnellement :

- La théologie (ilm al-kalam) : science présentant les dogmes comme la croyance en Dieu, ses attributs... (explication des origines) ;

- La charia (al-ibdat wal mouamalat) : pratique cultuelle qui permet de se rapprocher de Dieu, pratiques sociales encadrées par des principes de manière à atteindre les finalités de la religion ;

- Le soufisme (tazkiya noufous, ihsan) : réalisation du tawhid (Unicité de Dieu) par les pratiques intérieures.

Très souvent, ce principe de globalité de l'islam (choumouliya) est présenté comme un bloc, un tout indissociable alors qu'il faudrait s'intéresser davantage à l'articulation entre ces trois dimensions. Ainsi, l'islam établit une relation claire entre le dogme, la pratique du culte et le comportement.

A travers de nombreux versets, Dieu nous met en évidence les finalités des pratiques cultuelles et leur effets sur l'éthique et la vie sociale.

« Vous êtes la meilleure communauté qu'on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez en Dieu. » (S3/V110)

Au sujet de la prière : « Acquitte-toi de la prière. La prière éloigne l'homme des turpitudes et des actions blâmable. » (S29 /V45)

Un hadith dans lequel Dieu s'exprime nous dit : « Je n'accepte de la prière que de celui qui fait preuve d'humilité devant Ma Toute Puissance, qui n'est pas arrogant envers Mes créatures, qui ne s'endort pas avec la détermination de me désobéir, qui passe la journée à me mentionner et qui est compatissant envers le pauvre, le nécessiteux, la veuve et l'homme éprouvé. »

Au sujet de la zakat : « Prélève de leurs biens une aumône par laquelle Tu les purifie et bénie. » (S9/V103)

Nous trouvons un grand nombre de traditions qui nous explique que l'islam est une spiritualité agissante devant se traduire en une réalité sociale dans laquelle le musulman adopte une attitude conforme à l'éthique universelle.

« La religion est relations sociales. »

« Dis, je crois en Dieu puis conduis toi avec rectitude. »

« J'ai entendu le Messager de Dieu dire : "Le croyant atteint par son bon caractère le degré de celui qui jeûne toute l'année et passe toutes les nuits à prier et à évoquer Dieu." »

Le changement commence par soi même

La pédagogie coranique nous enseigne que le destin des hommes tient davantage à leur volonté et leur capacité à agir sur eux-même bien plus que dans leur obsession à changer le cours de l'histoire. Prendre sa destinée en main c'est se connaître et se transformer pour ensuite espérer changer son monde.

« Certes Dieu ne change l’état d’un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même. » (S13/V11)

C'est à partir de ce verset et de cet appel à la responsabilisation que Malek Bennabi a forgé la notion de colonisabilité. Il s'agit d'une lecture des événements qui met le focus sur le « dominé » et ses faiblesses en reléguant au second plan les facteurs extérieurs qui ne sont que les effets inévitables de la situation de faiblesse ; une prédisposition à accepter le pouvoir du dominant. Conception qui rappelle la définition du pouvoir en science politique énoncée notamment par Robert Dahl.

De l'importance de la responsabilisation

Les larmoiements et la posture victimaire apparaissent comme la conséquence logique de cet état de faiblesse. Or, là aussi, la pédagogie coranique nous invite à ne pas chercher les coupables comme il ne conviendrait pas de tomber dans un certain fatalisme.

« Et quand on leur dit : "Suivez ce que Dieu a fait descendre", ils disent: "Nous suivons plutôt ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres". Est- ce donc même si le Diable les appelait au châtiment de la fournaise ! » (S31/V21)

« Et quand on leur dit : "Suivez ce que Dieu a fait descendre", ils disent : "Non, mais nous suivrons les coutumes de nos ancêtres." - Quoi ! Et si leurs ancêtres n'avaient rien raisonné et s'ils n'avaient pas été dans la bonne direction ? » (S2/V170)

« Et quand ceux-ci commettent une turpitude, ils disent : "C'est une coutume léguée par nos ancêtres et prescrite par Dieu." Dis : " Dieu ne commande point la turpitude. Direz-vous contre Dieu ce que vous ne savez pas ?" » (S7/V28)

Tous ces versets nous enseignent la remise en cause perpétuelle ainsi qu'un nécessaire droit d'inventaire. Il n'est pas convenable et juste de se défausser sur nos prédécesseurs comme il n'est pas permis d'invoquer un certain déterminisme sociologique. Expliquer ne permet pas d'excuser.

Dieu nous rappelle à nos responsabilités tout en n'oubliant pas que nous devons revenir à Lui afin de changer notre condition.

« Tout bien qui t'atteint vient de Dieu, et tout mal qui t'atteint vient de toi-même. Et Nous t'avons envoyé aux gens comme Messager. Et Dieu suffit comme témoin. » (S4/V79)

Changer son environnement

Face aux difficultés, contre l'oppression et l'injustice la meilleur des réponses consistent souvent à transformer le regard d'autrui.

« C'est par quelque miséricorde de la part de Dieu que tu as été si doux envers eux! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon. Et consulte-les à propos des affaires; puis une fois que tu t'es décidé, confie-toi donc à Dieu, Dieu aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance. » (S3/V159)

Il ne s'agit pas ici de remporter un débat en maîtrisant une certaine rhétorique (qui se limite souvent à une concurrence d'égos), ni de gonfler le torse pour en imposer mais de gagner les autres à sa cause. Il est certain que cette attitude, comme le dit le Coran, n'est pas donnée à tous.

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n'est donné qu'à ceux qui endurent et il n'est donné qu'au possesseur d'une grâce infinie. » (S41/V34-35)

Travailler l’excellence et la bienfaisance

Il n'est pas possible d'envisager une réforme de l'islam et des musulmans sans retrouver l'esprit idéaliste et perfectionniste impulsé par les textes fondateurs.

Le hadith est connu, la perfection consiste à « adorer Dieu comme si on le voyait, car si on ne peut Le voir, Lui certainement nous observe ». Ces paroles prophétiques représentent la quintessence de l'esprit de l'islam qui établit un système dans lequel dogmes, comportements et mystique sont intimement liés.

Ainsi, le musulman doit s'efforcer d'exceller aussi bien dans sa relation avec son Seigneur qu'avec ses concitoyens. Il se manifeste en conséquence une dialectique entre la plénitude d'une vie intérieur, marquée par le sceau de la transcendance, et la bienfaisance envers nos semblables. A ces conditions, Dieu promet quiétude et félicité.

« Non, mais quiconque soumet à Dieu son être tout en étant bienfaisant (muhsin), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour ceux-là il n’y a nulle crainte, et ils ne seront point attristés. » (S7 /V112)

Plus que jamais les musulmans sont appelés à jouer un rôle de premier ordre à un stade où l'Humanité doit relever le défi de son unité dans sa diversité. La mondialisation apparaît comme l'aboutissement de cette unité mais les conflits qui parcourent cette Humanité sont autant de symptômes de déséquilibres importants (inégalités, guerres, exploitation, tyrannie...). Les musulmans doivent contribuer à relever ces nouveaux défis en participant à la naissance d'une « civilisation humaine » et ainsi réaliser la promesse de Dieu de faire de l'Homme un « Vicaire » sur Terre.

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Djilali Elabed est enseignant en sciences économiques et sociales.

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