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Points de vue

Islam. Vous avez dit : « islam » ?

Rédigé par Colin Mohammed | Dimanche 1 Septembre 2002

Mais que signifie ce mot? Pour un grand nombre d’émissions télévisées ou de publications écrites, sa signification n’est pas très importante. C’est ce qu’il évoque qui intéresse les rédactions. Ce mot est si précieux qu’il fait très souvent la « une » des médias. Or, les suggestions dont on charge insidieusement le terme « islam » contribue à agrandir le fossé entre le discours médiatique et la réalité.



Mais que signifie ce mot? Pour un grand nombre d’émissions télévisées ou de publications écrites, sa signification n’est pas très importante. C’est ce qu’il évoque qui intéresse les rédactions. Ce mot est si précieux qu’il fait très souvent la « une » des médias. Or, les suggestions dont on charge insidieusement le terme « islam » contribue à agrandir le fossé entre le discours médiatique et la réalité.

 

Difficile d’être occidental de confession musulmane et de regarder la télévision ou de lire son journal sans se  sentir agressé. En effet, le musulman qui vit dans les sociétés occidentales comme le mentionne Tariq Ramadan est un peu comme le juif autrefois. Toujours suspecté, montré du doigt, stigmatisé. On perçoit trop souvent les musulmans à travers le prisme du pire. On parle du fait religieux qu’est l’islam uniquement que lorsque l’on peut lui coller des faits d’actualité tragiques. Peut on en vouloir pour autant  à la presse de parler seulement des trains qui arrivent en retard ? Non, à condition qu’elle n’attribue pas la cause des retards aux taxis. Certes, il faut bien piquer la curiosité du lecteur pris dans les méandres de la vie quotidienne, mais pas à n’importe quel prix. S’agissant de l’Islam, beaucoup de rédactions dérogent à la règle du sérieux et s’adonnent à tous les lieux communs. Le thème de l’Islam semble être un « no man land » où tout peut  être dit, y compris la bêtise. Mais aussi une sorte de défouloir où toutes les peurs modernes et ancestrales peuvent exister et s’exprimer.

Ainsi le discours médiatique sur  l’Islam est unilatéral et très peu nuancé. Les journalistes en parlent comme si l’Islam était un bloc homogène rempli de maux et de dangers. L'intellectuel américano-palestinien Edward W. Said faisait remarquer « Quand on parle de l'islam, on élimine plus ou moins automatiquement l'espace et le temps ». Le discours journalistique véhicule un sentiment de danger omniprésent et éternel. La complexité du concept « islam » est effacée, pourtant Edward W. Said souligne : « Le terme islam définit relativement une petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui couvre 1 milliard d'individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d'expériences distinctes. C'est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelée 'islam' (1)... » Alain Gresh, rédacteur en Chef du mensuel Le Monde Diplomatique dénonce l’emploi abusif du terme « islam » dans le milieu journalistique. Il dit que lorsqu’on emploi le mot « islam » cela donne l’impression de tout dire alors qu’en réalité on ne dit rien. Ce terme est utilisé sur tellement de réalités, que finalement il devient vide de sens.