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Points de vue

Football : un facteur d'intégration pour les musulmanes

par Jens Juul Petersen*

Rédigé par Jens Juul Petersen | Mercredi 28 Mars 2012



Beyrouth - Un grand nombre de footballeuses de confession musulmane célèbrent la décision que vient de prendre la Fédération internationale de football (FIFA), l'organe directeur du football international, de les autoriser à tester un foulard spécialement conçu pour elles. Au terme de quatre mois d'essai, la décision sera réexaminée. La FIFA avait interdit le port du voile en 2007. Il est à espérer que cette nouvelle décision, soutenue par les Nations unies, permettra à un plus grand nombre de filles et de femmes dans le monde de pratiquer ce sport.

Au cours d'un récent match de qualification pour les Jeux Olympiques, la FIFA a interdit aux footballeuses iraniennes ayant refusé d'enlever leur hijab (foulard) d'affronter l'équipe nationale de Jordanie. Le foulard, qui couvre les cheveux des joueuses, va à l'encontre du code vestimentaire strict de la FIFA qui est officiellement appliqué pour des raisons de sécurité.

Comme aucune blessure liée au port du hijab n'a été signalée et que le foulard est permis dans d'autres sports tels que le rugby et le taekwondo, certains ont interprété cette interdiction comme une discrimination et un motif sans fondement visant à exclure les musulmanes. En Iran, un ancien entraîneur national craignait même qu'une telle interdiction n'impliquât « la fin du football féminin dans le pays ».

Depuis 2007, l'interdiction du port du hijab lors des compétitions de la FIFA a écarté les filles et les femmes musulmanes du football partout dans le monde musulman. Auparavant, les femmes et les filles en Iran et dans d'autres sociétés musulmanes devaient défier leurs parents et les traditions locales pour pratiquer ce sport. Aujourd'hui, elles doivent en plus lutter contre la FIFA, l'institution censée soutenir ses joueurs partout dans le monde.

L'interdiction a eu de graves conséquences pour les footballeuses et une campagne destinée à changer le règlement a été lancée par le vice-président de la FIFA, le prince Ali Bin al Hussein de Jordanie. Elle a rapidement retenu l'attention de personnalités et institutions importantes comme Wilfried Lemke, le conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies sur le sport pour la paix et le développement. M. Lemke a incité le président de la FIFA, Sepp Blatter, à lever l'interdiction pour garantir les mêmes droits à tous les joueurs de football, suivant ainsi la devise de celui-ci : « Le football pour tous, tous pour le football. »

Le 4 mars dernier, quelques jours seulement avant la journée internationale de la femme, la FIFA a finalement suivi les conseils de M. Lemke, du prince Ali et de nombreuses footballeuses à travers le monde. Grâce à un hijab conçu spécialement pour les joueuses, attaché par une bande Velcro au lieu d'épingles, l'interdiction a été levée. C'est ainsi qu'une étape importante a été prise pour permettre aux filles et aux femmes de participer au sport le plus populaire dans le monde.

« Nous allons voir beaucoup de joueuses enchantées et heureuses retourner sur le terrain et pratiquer le sport qu'elles aiment », déclare le prince Ali. Et Wilfried Lemke d'ajouter que tout le monde aura « les mêmes chances de participer au football, sans aucun obstacle, quels que soient le sexe, la race, les aptitudes, l'âge, la culture ou la religion ».

Désormais, le football est vraiment « pour tout le monde » et le règlement n'exclut plus des terrains de foot une large partie de la population mondiale.

Pour des millions de filles et de femmes à travers le monde, le fait de dribbler et de shooter sur le terrain peut être une première étape vers une intégration dans la société et un exemple symbolique de la lutte visant à promouvoir l'égalité des sexes, à vaincre la discrimination et à défier les stéréotypes. Les joueuses de confession musulmane qui portent le voile montrent que ce n'est pas un obstacle pour participer et réussir dans la vie et le sport.

Au Liban, Cross Cultures Project Association a, par exemple, encouragé pendant des années le football pour garçons et filles auprès des couches populaires. Des entraîneurs volontaires ont réussi à attirer beaucoup de filles dans ce sport - y compris celles qui portent le foulard.

Cette décision concerne les joueuses mais aussi le reste de la société. Comme l'une des volontaires l'a déclaré: i[« Je veux changer l'impression selon laquelle les filles qui portent le hijab ne peuvent rien faire d'autre que s'asseoir à la maison [et être] tranquilles. En pratiquant un sport, nous pouvons changer la donne et nous exprimer ! »]i

Le terrain de football n'est qu'une première étape pour les femmes, une étape qui peut avoir des effets positifs pour développer leurs qualités de meneuses dans d'autres domaines. Ainsi qu'une jeune entraîneuse de football au Liban me l'a dit un jour : « Pour commencer, nous prenons le terrain de foot; ensuite, nous prendrons le Parlement. »


* Jens Juul Petersen est coordinateur de programme pour l'ONG danoise Cross Cultures Project Association (CCPA).