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Finance éthique

Finance islamique : l'Algérie rattrape son retard lié « au manque de volonté politique des 20 dernières années »

Rédigé par | Lundi 24 Août 2020 à 11:35

           

La Banque nationale d’Algérie (BNA) a procédé début août au lancement officiel de plusieurs produits de la finance islamique. Un lancement qui fait suite à la mise en place d’un règlement ouvrant la porte de l’implémentation de la finance islamique en mars dernier. Pour Mohammed Boudjelal, membre du Haut conseil islamique (HCI) et expert auprès du Fonds national de la Zakat en Algérie, « un écosystème de la finance islamique est en train de se mettre en place » dans son pays.



Finance islamique : l'Algérie rattrape son retard lié « au manque de volonté politique des 20 dernières années »
Après de multiples annonces ces dernières années prônant le développement de la finance islamique en Algérie, voici que la Banque nationale d’Algérie (BNA), la première banque commerciale du pays, a annoncé en août la commercialisation de neuf produits conformes à la charia, quelques mois après la création de l’Autorité charaïque nationale de la fatwa pour l’industrie de la finance islamique.

D’ici à la fin du mois de septembre, les produits seront lancés dans 32 agences de la BNA avant la fin du mois de septembre prochain, selon le président directeur général de la BNA, Miloud Ferhati. Le point avec le spécialiste en finance islamique, Mohammed Boudjelal.

En date du 15 mars 2020, un règlement de la Banque nationale d’Algérie a été publié au Journal officiel définissant les opérations de banque relevant de la finance islamique et les conditions de leur exercice par les banques et les établissements financiers. Quelle est son importance dans le processus de mise en oeuvre de la finance islamique en Algérie ?

Mohammed Boudjelal : En effet, le règlement 20-02 du 15 mars 2020 a abrogé le règlement 18-02 du 4 novembre 2018 qui était en fait très confus si on se réfère à son article 4. Les banques et établissements financiers ne savaient pas où se diriger pour avoir le certificat de conformité charaïque. Cette lacune a été comblée par l’article 14 du nouveau règlement qui précise que c’est l’Autorité charaïque nationale de la fatwa pour l’industrie de la finance islamique qui sera habilitée à délivrer ce fameux certificat de conformité.

Ainsi, suite à la publication du règlement 20-02, le Haut conseil islamique (HCI), institution consultative réitérée par la Constitution de 2016 dans son article 195, a procédé à la création de cette autorité le 1er avril 2020. Avec ces deux nouveaux textes, les banques et établissements financiers ont maintenant une adresse où demander la certification de leurs produits charia compliant.

Quelles sont les limites du cadre juridique actuel pour une mise en oeuvre effective ?

Mohammed Boudjelal : La porte de l’implémentation de la finance islamique a été ouverte, il est inopportun à mon sens de parler de limites. La Banque d’Algérie a clairement affiché trois principes qui vont accompagner la mise en place de guichets islamiques au sein des banques et institutions financières publiques et privées. Ces principes sont la progressivité dans la mise en oeuvre, la consultation avec les diverses parties prenantes et l’inclusion financière, tout en axant sur l’innovation.

Il y a lieu, à cet égard, de mentionner qu’un écosystème de la finance islamique est en train de se mettre en place. La direction des assurances travaille sur un projet de décret exécutif sur l’assurance Takaful, la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB) oeuvre pour la promulgation d’une loi sur les Sukuk, des discussions sont en cours entre le HCI et la Compagnie centrale de réassurance (CCR, détenue par l'Etat algérien, ndlr) pour la création d’une fenêtre de Retakaful, des projets de soutien aux Awqaf et à la Zakat ont été proposés au ministère de tutelle. Je pense qu’il va falloir positiver au lieu de parler de limites. Ma nature est de voir la moitié du verre plein que la moitié vide.

L’Algérie manque-t-elle d’expertise en la matière qui expliquerait le retard dans cette mise en oeuvre en dépit d’une demande exprimée sur le marché pour une finance alternative ?

Mohammed Boudjelal : Non, l’Algérie est pionnière en matière de finance islamique. Ibrahim Abou AL-Yaqadhan, fut le premier musulman à avoir proposé à l’administration coloniale en 1929 un projet minutieusement préparé pour la création d’une banque islamique algérienne. La première thèse de recherche universitaire présentée en Grande-Bretagne en 1982 fut celle d’un Algérien. C’est ce même Algérien qui a brillamment soutenu la première thèse de doctorat sur le système bancaire islamique à Paris 2.

L’Organisation de comptabilité et d'audit des institutions financières islamiques (AAOIFI), spécialisée dans l’émission et la publication de normes charaïques et comptables, a été créée en 1991 à Alger. Par ailleurs, l’Algérie a été l’un des pays fondateurs de la Banque islamique de développement dont le siège se trouve à Jeddah, en Arabie Saoudite. D’éminents ressortissants algériens excellent en Malaisie, dans les pays du Golfe et en Europe. Il est vrai que nous accusons un petit retard ; cela est principalement dû au manque de volonté politique durant les vingt dernières années. Il faut aller de l’avant, l’Algérie d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier.

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Ezzedine Ghlamallah
Ezzedine GHLAMALLAH est consultant, fondateur de SAAFI, cabinet de conseil en finance islamique et... En savoir plus sur cet auteur