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Points de vue

Farid Esack ou la lutte musulmane contre l’apartheid

Rédigé par Saphirnews | Mercredi 11 Décembre 2013



Farid Esack ou la lutte musulmane contre l’apartheid
Symbole universel de la lutte contre l'oppression, Nelson Mandela a inspiré toute une génération d'intellectuels. Chez les penseurs musulmans, c’est l’intellectuel sud-africain Farid Esack qui mène ce combat contre toutes les formes de ségrégation.

En juillet 2013, la Société Islamique d’Amérique du Nord (ISNA) avait invité les musulmans du monde entier à prier pour le prix Nobel de la paix et notamment pour que son héritage se perpétue en Afrique du Sud comme partout dans le monde. Citant le verset coranique 41-34 qui exhorte à répondre au mal par le bien, l’ISNA rappelait alors comment, dans les années 1980, elle avait organisé de nombreux programmes en solidarité avec le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud.

Cette proximité entre la lutte contre l’oppression des Noirs par les Blancs et les principes fondamentaux de justice que défend l’islam est également au cœur de l’œuvre de l’intellectuel musulman sud-africain Farid Esack.

La piété au service de la justice

Professeur d’études islamiques à l’université de Johannesbourg, ce militant politique a développé une théologie islamique de la libération, en écho au courant chrétien de lutte contre les inégalités initié en Amérique du Sud. Il a notamment été révélé au public français avec son ouvrage Coran, mode d’emploi (Ed. Albin Michel, 2004), mais il est l’auteur de nombreux livres sur le combat islamique pour la justice sociale, religieuse et ethnique, dont Qur'an, Liberation and Pluralism (Oxford).

Dans l’introduction de ce dernier ouvrage, il défend une relecture du Coran centrée sur le concept de justice. Attachant une importance particulière au contexte historique de révélation du Coran, il insiste notamment sur les notions de tawhîd (unicité divine) et de taqwâ (piété), qui représente pour lui la voix de la conscience qui agit de façon responsable, conformément aux principes de qist (équité) et de ‘adl (justice). Il rappelle l’importance de cette notion de justice dans le Coran, qui propose une vision ordonnée, équilibrée de l’Univers créé par Dieu.

Lutter contre toutes les formes d’oppression

Né en 1959 dans une famille musulmane indo-pakistanaise de la banlieue du Cap, sa lutte contre l’apartheid commence dès 1974, quand il devient le président d’un groupe local de lutte contre la ségrégation. Il participa en 1993 à la création de l’organisation sud-africaine Muslims against Oppression qui prendra le nom de Call of Islam. Celle-ci deviendra une filiale importante de l'United Democratic Front, qui figure parmi les plus importantes organisations de lutte contre l’apartheid dans les années 1980.

Devenant l’une des principales figures de la Conférence mondiale des religions pour la paix, il organisa des centaines de manifestations contre l’apartheid, notamment en compagnie des autres religions, insistant sur la nécessité du rapprochement entre les religions dans le combat pour la justice. En mai 2005, il fut invité à Amsterdam par l'Institut néerlandais pour l'Afrique du Sud pour donner la deuxième Conférence Mandela.

Défenseur de toutes les formes d’égalité, Farid Esack est également connu pour sa dénonciation de la politique israélienne, qu’il compare sur certains points à l’apartheid. Il est également un ancien Commissaire national pour l'égalité des sexes nommé par Nelson Mandela lui-même.

Première parution de cet article dans Zaman France , le 6 décembre 2013.