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Société

Face au Covid-19, la progression vertigineuse de la pauvreté en France et dans le monde

Rédigé par Hanan Ben Rhouma et Myriam Attaf | Samedi 17 Octobre 2020 à 11:25

           

Si la pandémie de Covid-19 a bouleversé les vies d’une grande partie de la population mondiale, elle a impacté plus violemment celles des plus précaires. Un état de fait qui a plus que jamais mis en lumière les inégalités préexistantes que la crise sanitaire a exacerbées. La France n’est pas épargnée par le phénomène. Explications à l’heure de la Journée mondiale du refus de la misère.



Face au Covid-19, la progression vertigineuse de la pauvreté en France et dans le monde
La réduction de la pauvreté dans le monde était jusqu'ici freinée par les conflits et le changement climatique. La pandémie de Covid-19 vient aggraver la situation. « Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le taux mondial d'extrême pauvreté devrait augmenter en 2020 », estime la Banque mondiale dans un rapport publié début octobre. Et ses prévisions sont alarmantes. Les conséquences de la crise sanitaire devrait entraîner entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté en 2020 et faire basculer jusqu’à 150 millions de personnes dans l'extrême pauvreté d’ici à 2021, en fonction de la gravité de la récession économique.

L'extrême pauvreté, dont le seuil est fixé à moins de 1,90  dollar (1,6 euro) par jour, devrait ainsi toucher entre 9,1 % et 9,4 % de la population mondiale en 2020, soit un retour en arrière de l’ordre du taux de 9,2 % enregistré en 2017, selon l'institution financière internationale. « Sans les bouleversements induits par la pandémie à travers le monde, ce chiffre aurait dû tomber à 7,9 % en 2020 », fait-elle part. Sans surprise, une grande partie des « nouveaux pauvres » sera concentrée dans des pays qui connaissent déjà des taux de pauvreté élevés.

« En l’absence de mesures rapides, significatives et solides, la conjonction de la pandémie de Covid-19 et du poids des conflits et des dérèglements climatiques mettra hors de portée l'objectif visant à mettre fin à la pauvreté d'ici 2030 », prévient la Banque mondiale.

Une crise qui s’inscrit dans la durée partout

Dans les pays développés, l'extrême pauvreté a également avancé. En France, un million de personnes vont basculer dans la misère, estiment plusieurs associations caritatives. Ils viendront malheureusement grossir les rangs des 9,3 millions de Français pauvres. Pire encore, ce chiffre est « malheureusement une estimation basse, compte tenu des 800 000 pertes d’emploi attendues fin 2020 », indique auprès du Monde Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

Selon les chiffres du dernier baromètre Ipsos / Secours Populaire rendus publics fin septembre, un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement. Ainsi, 43 % des personnes interrogées déclarent avoir perdu une partie de leurs revenus. 16 % des répondants déclarent même avoir accusé une diminution « importante » de leur rentrée d’argent.

Signe de la dégradation de la situation, les associations caritatives ont toutes vu une augmentation des sollicitations. En mars et en avril, le Secours Populaire a ainsi assuré en urgence l’alimentation de 1,3 million de personnes, « venues parfois après plusieurs jours de jeûne ». Une vague qui a continué pendant l’été, souligne l’ONG.

La Fédération française des banques alimentaires, en lien avec 5 400 associations et Centres communaux d’action sociale (CCAS), avait enregistré en mai une hausse de 20-25 % de la demande, « avec des situations bien plus graves sur certains territoires ». Dans un état des lieux dressé en juillet, le réseau a estimé que près de 8 millions de personnes pourraient avoir recours à l’aide alimentaire contre 5,5 millions à l’heure actuelle, soulignant « un lien fort entre la perte d’un emploi et le recours à l'aide alimentaire ».

« Ce quotidien difficile se double d’une inquiétude forte en ce qui concerne l’avenir, pour soi mais aussi et surtout pour ses enfants », souligne Amandine Lama, l’une des auteures de l’étude Ipsos / Secours Populaire. Ainsi, 57 % des Français ont peur de basculer dans la précarité, à un moment de leur vie. Une hausse de trois points par rapport au pourcentage enregistré en 2019.

Des mesures fortes attendues de l’Etat

Dans un entretien accordé à France Culture, l’économiste Lucas Chancel confirme que les crises majeurs impactent toujours en premier lieu les plus fragiles.

« Ce que l’on sait, c'est que les crises sanitaires exacerbent les inégalités sociales préexistantes. En matière de santé, l’exemple des Etats-Unis montre de manière extrême l’effet des inégalités sociales qu'on observe dans les autres pays riches. 30 millions d'Américains n'ont pas de couverture de santé et sont à une carie de la pauvreté voire de la banqueroute. Ils ne vont donc pas dans les systèmes de soins. Et en cas d'épidémie, ce sont les personnes les plus touchées », explique le co-directeur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’Ecole d’économie de Paris.

« Dans les autres pays riches, comme la France, l'Allemagne ou l'Angleterre, nous avons des systèmes de santé universels. Mais cela ne veut pas dire non plus qu'il n'y a pas d'inégalités face à cette crise : l'épidémie va toucher davantage les personnes modestes » qui ont « un moins bon état de santé en général, en raison d'un cumul de facteurs : des travaux à fort niveau de pénibilité, un stress social plus important tout au long de la carrière professionnelle, moins d’informations et un moindre recours aux soins », souligne-t-il.

Face à l’aggravation de la précarité, les associations caritatives, principales acteurs de la solidarité, en appellent à des mesures fortes du gouvernement français, comme la revalorisation des principales allocations et l’ouverture du RSA au 18-25 ans. Après des premières annonces jugées insuffisantes, une seconde salve de décisions dans le cadre d’un plan de lutte contre la pauvreté est attendue du Premier ministre Jean Castex pour samedi 17 octobre, à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère.*

Bien que le drame entourant la décapitation d'un professeur à Conflans-Sainte-Honorine va marquer durablement l'actualité, la lutte contre la pauvreté doit être une priorité des pouvoirs publics et doit en conséquence être menée sans relâche, aujourd’hui plus que jamais.

* Mise à jour : Les annonces du Premier ministre ont été reportées après l'attaque à Conflans-Sainte-Honorine.

Lire aussi :
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La vocation universelle du système de santé français à l'épreuve des discriminations
Dossier spécial coronavirus : retrouvez tous nos articles sur la pandémie de Covid-19




Réagissez ! A vous la parole.

1.Posté par francois.carmignola@gmx.com le 17/10/2020 14:26 | Alerter
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Si on compare l'épidémie et l'arrêt organisé de l'économie pour lutter contre elle, on est en doit de se demander ce qui a le plus contribué à l'augmentation de la pauvreté ou de ses conséquences.
La réponse est claire en fait : les dommages causés à la société dans son ensemble et donc aux plus faibles d'entre eux par les confinements et autres restrictions variées sont sans commune mesure avec ce qu'ils étaient censés éviter par ailleurs.

2.Posté par Premier Janvier le 20/10/2020 14:05 | Alerter
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Laissez moi passer j'ai mes papiers mon visa. Je suis de ceux qui passent devant tout le monde, un VIP. Lol.

3.Posté par Premier Janvier le 20/10/2020 21:09 | Alerter
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L'explication doit être surement que l'on estime des 18-25 ans qu'ils ont leurs parents pour les aider. Je ne vois pas d'autres explication à ce critère de 25 ans. Notre pays ne fait pas de discrimination. En tout cas il dit la combattre. Je balaie donc cette possibilité (la discrimination).
Quelle peut donc bien être à part des parents aidants l'autre explication.
Mystère. D'ou peut bien sortir cette histoire de 25 ans et pourquoi. Et quid des orphelins.

4.Posté par Premier Janvier le 20/10/2020 23:50 | Alerter
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Pour bien vivre il faut avoir accès à un logement, à de la nourriture, à des loisirs, il faut pouvoir se déplacer, avoir un cercle d'amis...
Des choses dont on dit qu'elles sont un ordinaire.
Si on ne les a pas, même chose pour pouvoir bien vivre, malgré que l'on ne les aient pas, pour se préserver il faut faire semblant que la vie que l'on mène est digne.
Pour parvenir à s'en convaincre il faut être occupé.
Ainsi on a pas le temps d'y penser. Tout est là. Il faut ne pas y penser.
Sans cela on sombre, on bascule de l'autre côté. Celui de la marginalité.
Il faut être schizophrène, se mentir, faire semblant, s'inventer une normalité sans cela on sombre.
Il faut accepter et comprendre que si on est exclu c'est parce que l'inclusion est elle même une exclusion.

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