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En Amazonie du Pérou, les lourds dégâts de l’extraction de l'or en continu malgré la pandémie de Covid-19

Rédigé par Lucie Touzi | Vendredi 28 Août 2020 à 11:30

           

Avec la pandémie de Covid-19, l’or a une nouvelle fois prouvé sa valeur refuge. En Amérique latine où le virus se propage activement, les activités minières illégales n'ont jamais cessé pendant le confinement en Amazonie du Pérou, pays figurant au premier rang des producteurs d’or, non sans lourdes conséquences pour l’environnement. A quand un or responsable ?



Malgré la pandémie de Covid-19, l'extraction de l'or continue, particulièrement dans les zones minières illégales, non sans dégats sur l'environnement. Ici, la déforestation est visible à Pichanaki, Selva Central, Amazonie du Pérou. © Lucie Touzi
Malgré la pandémie de Covid-19, l'extraction de l'or continue, particulièrement dans les zones minières illégales, non sans dégats sur l'environnement. Ici, la déforestation est visible à Pichanaki, Selva Central, Amazonie du Pérou. © Lucie Touzi
Le Pérou compte parmi les pays les plus touchés au monde par la pandémie de Covid-19. A l'heure actuelle, le pays, qui a entamé un déconfinement partiel depuis le 1er juillet malgré une situation sanitaire des plus instables, compte plus de 28 200 décès liés au coronavirus.

En perpétuel combat contre la déforestation intensive, les défenseurs de l’Amazonie, qui doivent aujourd'hui se battre contre un ennemi invisible, le Covid-19, voient toujours autant la forêt se dégrader. Le confinement imposé pendant trois mois est loin d'avoir freiné les exploitations minières illégales, à la source d’une catastrophe écologique en cours dans la région.

« Les exploitations minières aussi bien légales qu'illégales n'ont pas arrêté leurs activités. Nous avons compté approximativement 2 500 interventions du parquet pendant le confinement et plus de 60 % de leurs interventions étaient menées envers l'exploitation minière illégale de Madre de Dios, une importante région de l'Amazonie » péruvienne, explique auprès de Saphirnews César Ipenza, avocat et ancien conseiller du Premier ministre de l'Environnement entre 2009 et 2011.

« Nous devions tous être confinés et, pour autant, la déforestation a continué et continue toujours. De plus, il y a déjà quelques semaines, le parquet de Madre de Dios est intervenu dans une zone où, auparavant, cette activité n'était pas encore très développée. En d'autres termes, il y avait un surprenant camp minier (illégal) dans la zone tampon de la réserve nationale de Tambopata », indique avec précision ce spécialiste des questions environnementales. « La déforestation a clairement augmenté pendant la pandémie. »

Déforestation et exploitations minières sont des activités étroitement liées qui ne cessent d'augmenter chaque année. « Des études extra officielles prouvent que la déforestation a augmenté de 100 000 hectares ces dernières années et soulignent une augmentation exponentielle des exploitations minières dans la région », a confirmé cet avocat.

L’exploitation aurifère, une activité lucrative…

Le Pérou est le premier producteur d'or en Amérique Latine. Une richesse suscitant l’intérêt tout particulier de nombreuses sociétés minières intéressées par les richesses de la région. Depuis le début de l'année 2020, le cours du métal jaune ne cesse de s'envoler, la pandémie de Covid-19 y aidant. Le 4 août, le prix de l'or a dépassé son record historique de 2011 en franchissant la barre des 2 000 dollars l'once. Face à cette crise sanitaire mondiale, l'or a prouvé une nouvelle fois sa valeur refuge. En conséquence, la hausse de la demande en or a des conséquences immédiates sur notre environnement.

En effet, Jorge Caballero, biologiste et chercheur du Centre d'innovation scientifique amazonien (CINCIA), explique qu'« après une récession économique mondiale, l'activité minière illégale et la déforestation sont en hausse en raison de l'augmentation du prix de l'or face à la demande accrue à l'échelle mondiale ».

Il cite, à titre d’exemple, le sud-est de l'Amazonie péruvienne, où « le taux de déforestation des mines d'or a augmenté de plus de 6 000 ha/an depuis 2010 avec un pic de 9 860 ha pour l'année 2017 ». Le département de Madre de Dios est particulièrement touché par les exploitations minières aussi bien illégales que formelles ou en cours de formalisation.

Entrée d'une exploitation minière informelle installée à Puerto Unión, Selva Central, Amazonie péruvienne. © Lucie Touzi
Entrée d'une exploitation minière informelle installée à Puerto Unión, Selva Central, Amazonie péruvienne. © Lucie Touzi
« La construction de la route interocéanique en 2012 et l'augmentation du prix de l'or sont deux facteurs ayant provoqué l'augmentation de l'exploitation minière illégale dans un secteur connu sous le nom de La Pampa. La déforestation est donc particulièrement élevée dans cette zone », nous explique France Cabanillas, coordinateur du projet de reforestation et de restauration des zones dégradées par les activités minières au CINCIA.

Il souligne que la quarantaine a effectivement stoppé « l'activité minière légale, comme toutes les activités productives de la région, qui est actuellement en cours de redémarrage afin de respecter les protocoles sanitaires. L'exploitation minière illégale n'a pas besoin de tout cela... La quarantaine n'a eu aucun effet. »

Face à l'exploitation illégale des ressources du pays qui implique la déforestation massive de l’Amazonie, quelles sont les mesures mises en place par l'Etat ? D'après Jorge Caballero, « la plus grande mesure prise par le gouvernement péruvien pour lutter contre l'extraction illégale d'or dans la région était en février 2019 avec le plan Mercure. Environ 1 200 policiers et militaires ont été déployés pour intervenir au sein des secteurs miniers illégaux tels que La Pampa, dans la zone tampon de la réserve nationale de Tambopata. Après cette opération, des bases de police militaire ont été créées pour empêcher le retour des mineurs illégaux ». Si les interventions dans la région se poursuivent, « l'exploitation minière illégale se répand dans d'autres zones en dehors du corridor minier. »

…aux graves conséquences environnementales et sociales

Avec la destruction de la forêt primaire, les effets négatifs des exploitations aurifères sur l'environnement sont nombreux : érosion ou usure des sols, perte de la biodiversité, contamination des sols et des eaux souterraines et de surface. Tout cela affecte ensuite les populations se trouvant non seulement dans les zones concernées mais aussi aux alentours.

La contamination par le mercure est « l'un des principaux intrants et le plus dangereux au niveau international, comme l'a souligné l'ONU. Cela touche non seulement les forêts primaires, mais aussi les biens et les ressources utiles et utilisées par les populations locales et autochtones dans différentes régions », indique César Ipenza, qui résume la situation ainsi : « Si la présence d'activités illégales continue d'augmenter dans de nouvelles zones, celles-ci participent peut-être à la propagation du virus dans ces zones reculées, mettant ainsi la vie des personnes en danger. »

Les peuples autochtones, qui vivent en grande partie de la chasse et de la pêche, sont les plus vulnérables à la contamination environnementale provoquée par les exploitations minières. « L'utilisation du mercure pour l'extraction de l'or peut s'accumuler au niveau du réseau trophique aquatique et terrestre. Ces micro-organismes en provenance des bassins miniers se retrouvent alors directement dans les poissons destinés à la consommation humaine », confirme Jorge Caballero.

En dehors des conséquences sur l'environnement et la santé des populations locales, les exploitations minières illégales représentent aussi des réseaux de prostitution, de traite d'êtres humains ou encore d'exploitation d'enfants, assure France Cabanillas. Mais, dans le même temps, ces activités ont un rôle important dans l'économie, aussi bien à l’échelle locale que nationale. « C'est la principale activité économique de la région. Elles génèrent du travail », rappelle-t-il.

Consommateurs, responsables ?

« Le consommateur d'or est responsable et complice de la situation actuelle des exploitations minières. L'augmentation du commerce et de la consommation d'or, en raison de l'instabilité économique à l'échelle mondiale, sont responsables de cette situation », explique César Ipenza, qui met un point d'honneur à faire prendre conscience que « cet or vendu sous un aspect légal ou licite provient en réalité de la destruction de régions comme l'Amazonie et finance des tueurs à gages, la traite de personnes ou encore la destruction de l'environnement dans lequel nous vivons ».

Le chemin menant vers une véritable prise de conscience des consommateurs semble long. Beaucoup voient encore ce métal précieux comme un moyen de garder son argent en toute sécurité ou encore comme un produit de luxe. « Je pense que beaucoup ne sont pas encore conscients, mais ceux qui vendent l'or ou qui l'achètent devraient être plus responsables. En résumé, la responsabilité est partagée entre les deux », conclut l’avocat.

L'objectif actuel des autorités péruviennes est de savoir concilier besoins économiques et respect de l'environnement. Cela est possible si le développement économique, social et environnemental des organisations minières artisanales de petites tailles est renforcé afin de promouvoir un or responsable.

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