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SaphirNews.com | Quotidien musulman d’actualité


 


Cinéma, DVD

Dounia et la princesse d’Alep : une histoire d’exil racontée aux enfants

Rédigé par Lionel Lemonier | Mercredi 25 Janvier 2023 à 12:00

           

En s’appuyant sur son talent de dessinatrice et les contes et mythes de son pays d’origine, Marya Zarif trouve le moyen d’évoquer la tragédie d’Alep et de la guerre en Syrie, sans effrayer ou traumatiser les petits spectateurs auxquels ce film d’animation est destiné. Une performance pleine de poésie et de magie.



© Haut et Court
© Haut et Court
C’est l’histoire d’une petite fille, issue d’un mariage heureux, sur laquelle tombe tous les malheurs possibles. La disparition de sa maman, l’emprisonnement de son papa, la guerre, la méchanceté humaine et l’exil. Fort heureusement, elle a la chance d’avoir des grands-parents adorables : sa Téta Mouné, passionnée par la cuisine et les recettes traditionnelles et son papi Jeddo, fidèle à ses traditions mais ayant suffisamment vécu pour avoir accumulé une sagesse et une gaité à toute épreuve.

Ils habitent à Alep et Dounia est née six ans avant le démarrage de la guerre civile et l’arrivée de Daesh. Chassés par les bombes et les fusils, la petite fille et ses grands-parents, accompagnés de quelques voisins, vont se mettre en route pour trouver un endroit plus paisible où se poser et commencer une nouvelle vie. Ils arriveront à bon port grâce à l’intervention de la princesse d’Alep, Ishtar, une déesse de la fertilité vénérée au Xe siècle avant J.-C., mais aussi à l’optimisme à toute épreuve de Jeddo. « On ne quitte jamais sa maison, explique-t-il à sa petite fille. Parce que ta maison, c’est le monde entier et sa porte est juste ici, dans ton cœur. » Dounia signifie « monde » en arabe.

La magie est très présente dans le récit. « Il n’était pas question de peindre les enfants en victimes, explique auprès de Saphirnews Marya Zarif, la créatrice, lors d’un passage à Paris. Je voulais qu’ils s’identifient à la vie et éviter que le narratif les renvoie à leurs traumatismes éventuels. Dounia aime la vie et invente sa propre mythologie. C’est la raison pour laquelle la princesse d’Alep a les traits de sa maman décédée. »

De multiples références à la culture d'Alep

Originaire d’Alep, la jeune femme est diplômée de l’Institut national de l’image et du son du Québec, et cumule une quinzaine d’années en contenu jeunesse, en tant que conceptrice, scénariste et réalisatrice multiplateforme. Elle s’appuie sur les contes du monde arabo-musulman pour créer des personnages, ce qui explique l’importance de la lune. « Mais pas seulement arabe ou musulman, corrige-t-elle. Alep est une cité très cosmopolite. Elle a 12 800 ans d’existence. On y trouve des traces de Venise et de l’Extrême Orient, de Byzance et de tous les cultes, rituels, religions et ethnies qui se frôlent et s’influencent sans se mélanger. »

A l’origine, ce dessin animé a d’abord été réalisé sous forme d’une mini-série en six épisodes de 7 minutes, destinée à passer à la télévision. Il a suffi d’une rencontre à l’occasion d’un festival de films d’animation pour que l’illustratrice trouve des partenaires pour imaginer transformer l’essai en un long métrage. Nous sommes loin de l’univers de Walt Disney, les dessins réalisés par Marya Zarif sont animés avec économie par le studio Du Coup Animation, un peu à la façon des premiers dessins animés japonais.

« Nous avons fait un choix économique car le budget à notre disposition n’était pas énorme, admet la créatrice. Et puis nous voulions que le film soit disponible le plus rapidement possible. C’est la raison pour laquelle les scènes de foule sont réduites et le fond n’est pas animé. »

Un manque de moyen largement compensé par la poésie

Si on peut regretter ce manque de moyen qui donne un côté figé à certaines scènes dans lesquelles seul un personnage bouge, le long métrage s’appuie sur des dessins magnifiques bien mis en valeur par l’animation 2D. L’histoire, touchante, explore de façon très poétique les thèmes de l’identité, du déracinement, de la résilience, de l’entraide.

Notons l’importance de la musique choisie en fonction « de la symbolique des paroles ou de l’appartenance patrimoniale à la région », précise la créatrice. Un très bon moyen de faire découvrir les contes et traditions d’Alep, tout autant que le périple des réfugiés arrivant en Europe ou en Amérique du Nord.