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Points de vue

D’un Mur à l’autre

Par Nabil Ennasri*

Rédigé par Nabil Ennasri | Vendredi 13 Novembre 2009



Mur de séparation entre la Palestine et Israël, à Bethléem.
Mur de séparation entre la Palestine et Israël, à Bethléem.
Ces derniers jours ont vu les célébrations commémorant les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Le monde entier s’est joint à la joie et au bon souvenir des Allemands. Plus largement, c’est l’Europe tout entière qui réaffirmait son unité. La destruction du « rideau de fer » a permis au Vieux Continent de se libérer du joug soviétique et d’entamer une réunification dont les retombées bénéfiques ne sont plus à démontrer.

Ces commémorations laissent pourtant un goût amer. À l’heure où beaucoup se souviennent de la destruction du « Mur de la honte », un autre Mur, tout aussi honteux, s’est récemment érigé mais dont peu de personnes semblent se soucier. Comme à Berlin, il défigure des villes, sépare des familles, rend la vie impossible à tout un peuple. Il symbolise la politique de ségrégation menée par un État – Israël –, qui s’est rendu maître dans l’art de bafouer quotidiennement le droit international.

Un exemple parmi tant d’autres : la construction de ce mur a été jugée « illégale » par la Cour internationale de justice en juillet 2004. Les gouvernements israéliens successifs n’en ont nullement tenu compte. Cette décision ne les a pas empêchés de poursuivre leur entreprise de colonisation. Aujourd’hui, le Mur – en phase finale d’édification – va achever de défigurer la Cisjordanie, anéantissant ainsi toute perspective d’un État palestinien.

Comme à Berlin, on aurait souhaité que la communauté internationale s’insurge contre cette violation du droit. Comme à Berlin, on aurait aimé qu’un vent de liberté et de solidarité s’élève pour mettre un terme à l’une des dernières expériences coloniales de notre époque. Comme à Berlin, on aurait espéré que certains rappellent à Israël que toute ligne de démarcation destinée à asservir un peuple est condamnée à disparaître.

Rien de tout cela n’a vu le jour. De discours d’éloges en messages de félicitations, le monde a baigné dans une belle atmosphère d’euphorie générale, trahissant du même coup les principes pour lesquels les uns et les autres se congratulaient.

Mais à quoi sert le devoir de mémoire si on est incapable de tirer les leçons du passé ? À quoi sert-il de célébrer l’anniversaire de la destruction d’une barrière si on se rend complice, dans le même temps, de l’édification d’une autre ? Les années passent et la situation ne fait qu’empirer. Car au Mur de séparation qui transperce la Cisjordanie, il faut ajouter les murs de la prison à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza, victime depuis près de trois ans d’un infâme blocus.

Quelques heures après les commémorations rendues à Berlin, Nicolas Sarkozy recevait à Paris Benjamin Netanyahou avec les honneurs. Barack Obama l’avait reçu la veille lors d’un entretien, où le tout nouveau Prix Nobel de la paix a dû s’incliner devant l’intransigeance du faucon israélien. Aucune mention de ce nouveau Mur de l’apartheid. On baigne dans l’oubli, l’insouciance et l’illusion que la paix arrivera tel un miracle. Le préjudice moral de telles compromissions n’a d’égal que l’incurie et la déficience de dirigeants qui, outre le mépris de l’Histoire, mènent leur population à l’abîme.

Le Mur de Berlin avait été construit en catimini par les Soviétiques dans la nuit du 12 au 13 août 1961. Aujourd’hui, le Mur de Cisjordanie tout comme l’univers carcéral de la bande de Gaza s’érigent en direct et s’offrent à voir sous nos yeux. Triste monde dont les commémorations et autres célébrations ne servent qu’à dissimuler une amnésie collective.



* Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Nabil Ennasri étudie actuellement la théologie musulmane à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon (IESH) ; il est membre du Collectif des musulmans de France (CMF).