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Points de vue

Charlie Hebdo: dur d'être lu par des cons

Rédigé par Amara BAMBA | Jeudi 24 Juillet 2008

Philippe Val n'est plus à la bonne des lecteurs de Charlie. Depuis qu'il a décidé de virer Siné, le directeur de Charlie Hebdo est la cible des lecteurs de son propre journal. Sur les forums internet, les appels au boycott se succèdent. Car pour expliquer le renvoi de Siné, M. Val l'accuse de propos antisémites. De quoi pouffer de rire quand on connaît le satané Siné.



Dans l'édition du 2 juillet 2008 de Charlie Hebdo Siné s'en prend au petit Sarko : «Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !»

Ce texte banal d'un provocateur patenté donne du grain à moudre à Claude Askolovitch. Le même qui, en 2003, voyait de l'antisémitisme dans un article de Tariq Ramadan. De graves accusations jamais portées devant les tribunaux malgré le bruit médiatique. Et pour cause !!

Cette fois, le sniper médiatique voit de l'antisémitisme dans ces propos de Siné. Certes la collusion juif = riche est une thématique usuelle du discours antisémite. De là à traiter d'antisémite tout individu qui déclare que la famille Darty est riche, il y a un parfum de paranoïa à laquelle nous sommes habitués en France. Philippe Val le sait. Pourtant il demande à Siné de rédiger un mot d'excuses dans le journal.
Selon une autre version, Siné devait écrire une lettre d'excuses au fils Sarkozy tandis que la rédaction du journal devait signer un mot désavouant le billet de Siné. Le lynchage en règle. Siné refuse. Ce qui met fin à sa participation à Charlie Hebdo.

Siné, vieil anar provo

A bientôt 80 ans, Maurice Sinet, alias Siné, est un dinosaure de la presse libertaire en France. Son travail est connu et suivi depuis des décennies. La violence de ses propos antireligieux est habituelle. Ils sont à inscrire dans la pure tradition anarchiste : rebelle aux pouvoirs, méprisante des religions et engagée contre les injustices.

Le 30 janvier dernier, Siné écrivait que : « Quand on voit à la télé des images de Gaza, on ne peut s'empêcher d'avoir les tripes qui se nouent ! Voir le dénuement imposé par l'occupant israélien à toute la population palestinienne, assister à la punition collective administrée devant la coupable passivité du monde entier est tout à fait intolérable. Je ne supporte plus les gens d'une inaltérable mauvaise foi qui continuent de trouver, coûte que coûte, des circonstances atténuantes à l'attitude inhumaine des gouvernants israéliens. Malgré les conditions diaboliques qu'ils endurent depuis tant d'années, je trouve les palestiniens étonnement maîtres d'eux. Après avoir subi autant de privations, de frustrations et d'humiliations, je m'étonne même, tout en m'en réjouissant, qu'il n'y ait pas plus de kamikases dans leurs rangs. (...) » Comme on pouvait s'y attendre, les amis d'Israël se sont bousculés dans les colonnes des journaux pour lui régler son compte. Normal.

Au mois de juin, l'incorrigible provocateur signait : « Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le c.. ! » etc etc.
Fidèle à lui-même, il clouait au pilori « maris barbus », « juifs loubavitchs » et écoliers juifs ou arabes qui refusent le cochon au menu de la cantine... Bref, du pur Siné... Pas besoin de faire un plat de ces bouffonneries pseudo-intellectuelles dont raffolent les lecteurs de Charlie Hebdo.

Cette fois Charlie se couche

Malgré la verve enragée de M. Askolovitch, les lecteurs de Charlie Hebdo savent que Siné n'est pas raciste. Mais certains comprennent que Philippe Val a peur d'un procès pour antisémitisme. Cocasse il serait de voir M. Val dans le boxe de l'accusé déblatérer son couplet irresponsable sur la « liberté d'expression » face aux avocats de la Ligue de défense juive. Le sketch aurait inspiré Siné! Et pas seulement lui. Même si le ridicule ne tue pas on comprend que Philippe Val a mieux à faire.

D'autres lecteurs de Charlie Hebdo estiment que Philippe Val profite simplement de cette polémique pour se débarrasser d'une personnalité devenue embarrassante. Ceux-là pensent que M. Val se « couche » devant la machine sarkoziste. Pour eux, la présente polémique singe le dénouement de tensions qui animent l'équipe de Charlie Hebdo depuis l'affaire Clearstream. Car dans cette autre polémique, Siné soutient le journaliste Denis Robert que Philippe Val traite d'imposteur.

Face à Siné, Philippe Val ne parle plus de « liberté d'expression ». Peut-être parce qu'il a la trouille au ventre, il a oublié son émouvante rhétorique sur la « liberté de presse ». Car si antisémitisme il y a les lecteurs ne le voient point. Ils voient cependant que M. Val lit Charlie Hebdo à leur place. Normal: ils sont trop cons pour comprendre!

La liberté d'expression sélective

L'on ne peut s'empêcher de rapprocher cette affaire Siné de l'affaire des caricatures. Quand Charlie Hebdo avait recopié les caricatures controversées du Yyllands Posten danois, les musulmans de France avaient protesté. Ils estimaient que recopier des dessins mensongers, publiés par un journal étranger, n'apportait rien au débat public en France. Nous n'avions pas besoin de nouveaux amalgames incitant à la haine de l'islam. Mais la protestation fut déformée et présentée comme une attaque contre « la liberté d'expression ».
Pourtant, M. Carsten Juste, rédacteur en chef du Yyllands Posten avait joué le jeu. Il avait publié une lettre d'excuses reconnaissant la nature maladroite de certains de ses dessins; ce que M. Val a jugé inutile. Bien au contraire, il s'est désolé que les musulmans soient « trop cons », pour comprendre l'humour et la liberté d'expression de son journal.

Parce que Siné refuse de signer un mot d'excuses, M. Val ne peut plus le supporter. Il faut croire que les temps changent et que le Philippe Val est devenu trop con pour comprendre l'humour et la liberté d'expression de Siné. Pour de nombreux lecteurs de Charlie cela ne fait aucun doute.

Posez la couronne de la sagesse sur la tête d'un idiot; il trouvera moyen de marcher sur les mains et la couronne se retrouvera par terre. L'an dernier, durant l'affaire des caricatures, Philippe Val s'est auréolé de la « liberté d'expression » pour expliquer sa provocation islamophobe. Dans cette affaire Siné, la couronne de M. Val est désormais par terre prouvant que Charlie Hebdo a la « liberté d'expression » sélective. Elle ne s'en sert pas contre tout le monde. Elle ne s'en sert que contre les plus vulnérables du système. Contre ceux qui, comme les musulmans de France, n'ont ni journaux, ni cohorte d'avocats dévoués à leur cause.