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Achoura, un grand jour de jeûne

Rédigé par Amara Bamba | Lundi 29 Janvier 2007 à 17:28

           

Hier et aujourd'hui étaient jours de jeûne pour de nombreux musulmans. Ce dénommé « jeûne de Muharam » est une tradition prophétique vivement recommandée. Son observation fait l'unanimité des musulmans car cette pratique remonte au Prophète Muhammad. Cependant, des divergences existent sur la manière dont l'événement est célébré dans les milieux sunnites et dans les milieux chiites.



Achoura, un grand jour de jeûne
Le jeûne du Muharam a lieu le neuvième jour (Tasou'ah) et le dixième jour (Achoura) du premier mois du calendrier hégirien. C'est un jeûne largement observé car vivement recommandé. Néanmoins, il reste un jeûne surérogatoire à la différence du jeûne du Ramadan qui est obligatoire. Ce dernier est directement institué dans le Coran comme un acte de piété déjà prescrit aux croyants qui ont précédé l'enseignement du Prophète de l'islam. Il en est autrement du jeûne de Muharam.

Sur les pas de Moïse

Lorsque le Prophète dû fuir l'adversité des Arabes de la Mecque pour se réfugier à Médine, il y trouva une communauté juive qui observait un jour de jeûne. Curieux de la pratique des autres croyants, le Prophète interrogea les juifs. Ils lui expliquèrent que Dieu a inscrit un jour de jeûne à Moïse pour célébrer la libération de leur ennemi, le Pharaon d'Egypte. Selon la tradition musulmane, la réponse du Prophète fut : « Nous avons plus le droit et nous sommes plus proches de Moïse que vous. » A compter de ce jour-là, le Prophète observa ce jeûne prescrit aux juifs. Sous le calife Omar, lorsque le calendrier musulman fut instauré, ce jour de jeûne coïncida avec le dixième jour (Achoura) du mois du premier mois (Muharram).

Lire aussi ; Achoura, trait d’union entre judaïsme et islam

Dans son recueil de hadiths, le célèbre Muslim mentionne une déclaration d'intention du Prophète à propos du mois de Muharram : « Si je vis jusqu'à l'année prochaine, j'observerai aussi un jeûne le neuvième jour. » Le Prophète n'aura pas l'occasion de traduire son intention en pratique. Mais sa déclaration fait du neuvième jour de Muharram un jour de jeûne pour les musulmans. Certains commentateurs interprètent la décision du Prophète comme une volonté de laisser un culte pur et authentique. En effet, les débuts du jeûne d'Achoura comportaient des risques de confusion entre la pratique musulmane et la pratique juive dans la mesure où toutes les deux se réfèrent à un même événement.

Sur un plan plus global, la tradition musulmane cite les prophètes Noé, Abraham, Moïse et Jésus parmi les Envoyés de Dieu les plus grands, en plus du Prophète de l'islam. Leurs exemples sont appréciés avec le plus grand des respects. Un cas populaire est le sacrifice d'Abraham dont Dieu avait mis la foi à l'épreuve en lui demandant de sacrifier son fils unique. Finalement, Dieu fera remplacer le fils par un bélier. Pour les musulmans, c'est ce geste d'Abraham qui est commémoré à l'occasion de l'Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kébir, la grande fête) abusivement appelée « fête du mouton ».

Le souvenir de l'imam Hussein

L'importance du jour d'Achoura a donné lieu à de nombreuses interprétations. D'aucun affirment ainsi que le Jour du jugement dernier est prévu à la date d'Achoura ! Des propos sans fondement dans la tradition prophétique, pas plus que l'idée selon laquelle le mois de Muharram est un mois maudit où il faut éviter transactions commerciales importantes et mariages.

Dans les milieux chiites, l'importance d'Achoura est aussi associée au martyr de l'imam Hussein (Hosein), petit-fils du Prophète et fils cadet du calife Ali. Les troupes de Hussein furent défaites par les Ommeyades qui tuèrent sauvagement l'imam. Ces événements tragiques de Karbala ont profondément marqué l'histoire du chiisme. Mais bien avant ce drame qui eut lieu en 680, Achoura était déjà inscrit dans la tradition musulmane par le Prophète. Il n'empêche que, pour nombre de chiites, les célébrations d'Achoura sont rattachées à l'épisode sanglant de Karbala, d'où les processions mortuaires et les scènes de flagellation décriées dans les milieux sunnites.

Malgré cette divergence des pratiques, sunnites et chiites observent ce jeûne du début d'année dont les mérites sont grands. Muslim rapporte ainsi une prière du Prophète demandant à Dieu d'accepter son jeûne d'Achoura pour expier les péchés de l'année qui vient de s'écouler.

Lire aussi : Le jeûne d’Achoura en hommage au prophète Moïse

Et aussi : Achoura, une fête aux spécificités chiites et sunnites