Sommes-nous prêts à nous abandonner totalement à Dieu ? Celles et ceux qui pratiquent le jeûne, dans un but spirituel, comprennent qu’il n’a pas pour unique fonction de corriger nos excès. Il nous conduit vers une attitude plus radicale, celle de l’abandon à Dieu. S’abandonner, cela ne signifie pas se retirer du monde. Il s’agit plutôt de cesser de résister à « l’appel » et se donner la permission d’être, enfin, rempli du divin. Chrétien-ne-s et musulman-e-s, dans leurs traditions et leurs théologies respectives, sont invité-e-s à témoigner, dans leur chemin de vie, de la façon dont ils se nourrissent de cet abandon à Dieu.
Des chemins pour vivre la présence de Dieu
La commémoration de la Descente du Coran, pour les musulman-e-s, représente une réflexion profonde sur notre condition humaine et notre désir de Dieu. Le Prophète Muhammad dit, à ce propos, que : « Quiconque aura jeûné avec conviction et en escomptant (la récompense de Dieu), il sera absous de ses péchés passés. » Plusieurs traditions prophétiques articulent la foi, les actes et l’espérance de la récompense divine. Ce qu’elles visent, bien entendu, ce n’est pas la quantité des actes accomplis, mais la façon dont ils nous conduisent à vivre la présence de Dieu. Au quotidien, chaque personne est invitée à chercher le détachement complet face à la tentation du paraître, de la superficialité ou de la notoriété.
Pour les chrétien-ne-s, ce sera bientôt le Jeudi saint, qui commémore la Cène, à savoir le dernier repas que Jésus-Christ a pris avec ses disciples avant qu’il ne soit arrêté et mis à mort : « Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : "Prenez, mangez, ceci est mon corps." Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : "Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés." » (Matthieu 26:26-28) Jésus marque ici le passage vers la Nouvelle Alliance, par l’annonce de sa mort prochaine et sa résurrection par Dieu son Père. La Cène devient ainsi le geste fondateur d’une communauté appelée à se rassembler au nom du Christ, chemin vers le Père, à vivre du don de l’Esprit Saint et à témoigner de la Nouvelle Alliance.
Pour les chrétien-ne-s, ce sera bientôt le Jeudi saint, qui commémore la Cène, à savoir le dernier repas que Jésus-Christ a pris avec ses disciples avant qu’il ne soit arrêté et mis à mort : « Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : "Prenez, mangez, ceci est mon corps." Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : "Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés." » (Matthieu 26:26-28) Jésus marque ici le passage vers la Nouvelle Alliance, par l’annonce de sa mort prochaine et sa résurrection par Dieu son Père. La Cène devient ainsi le geste fondateur d’une communauté appelée à se rassembler au nom du Christ, chemin vers le Père, à vivre du don de l’Esprit Saint et à témoigner de la Nouvelle Alliance.
Un lâcher-prise en confiance
Le christianisme et l’islam constituent des chemins de foi distincts à travers lesquels Dieu appelle, propose et invite. S’abandonner à Dieu revient alors à emprunter son propre chemin de foi en confiance et fidélité. Il s’agit d’un travail profond d’orientation de sa propre volonté. Dans ce cadre, s’abandonner à Dieu, c’est apprendre le lâcher-prise face à la prétention à vouloir tout contrôler dans son existence, c’est mettre Dieu au centre de sa vie.
Chaque soir, par exemple, au moment d’aller se coucher, les musulman-e-s sont invité-e-s à réciter cette invocation par laquelle ils s’en remettent entièrement à Dieu : « Seigneur, je m’abandonne à Toi, je tourne mon visage vers Toi, je Te confie mes affaires et je cherche refuge auprès de Toi ; je m’oriente vers Toi par désir et par crainte (rahba). Il n’existe ni refuge ni salut contre Toi, si ce n’est auprès de Toi. J’ai foi en Ton Écrit, que Tu as révélé, et en Ton Messager, que Tu as envoyé. » Le fait de s’abandonner à Dieu transcrit l’expression arabe « je remets mon esprit en Toi ». La racine arabe ra-ha-ba signifie, quant à elle, le fait de redouter quelque chose ; elle est utilisée pour désigner le moine, al-râhib, terme qu’on pourrait traduire comme « celui qui nourrit une crainte révérencielle pour Dieu en fuyant ce qu’il redoute du monde ».
Le psalmiste évoque aussi cet abandon lorsqu’il dit : « Dans ta main je remets mon souffle. Tu m'as racheté, Seigneur, toi le Dieu vrai. Je hais ceux qui tiennent aux vaines chimères ; moi, je compte sur le Seigneur. » (Psaume 31,6-7) Les textes des traditions chrétiennes regorgent également de nombreuses prières de remise de soi à Dieu. Parmi elles, celle d’Ignace de Loyola (1491-1556) est particulièrement expressive : « Prends Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Tout ce que j’ai et tout ce que je possède. C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t’aimer et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. » Intitulée Contemplation pour parvenir à l’amour, elle fait ressortir l’état d’esprit du moine cherchant à vivre par l’Esprit Saint.
Chaque soir, par exemple, au moment d’aller se coucher, les musulman-e-s sont invité-e-s à réciter cette invocation par laquelle ils s’en remettent entièrement à Dieu : « Seigneur, je m’abandonne à Toi, je tourne mon visage vers Toi, je Te confie mes affaires et je cherche refuge auprès de Toi ; je m’oriente vers Toi par désir et par crainte (rahba). Il n’existe ni refuge ni salut contre Toi, si ce n’est auprès de Toi. J’ai foi en Ton Écrit, que Tu as révélé, et en Ton Messager, que Tu as envoyé. » Le fait de s’abandonner à Dieu transcrit l’expression arabe « je remets mon esprit en Toi ». La racine arabe ra-ha-ba signifie, quant à elle, le fait de redouter quelque chose ; elle est utilisée pour désigner le moine, al-râhib, terme qu’on pourrait traduire comme « celui qui nourrit une crainte révérencielle pour Dieu en fuyant ce qu’il redoute du monde ».
Le psalmiste évoque aussi cet abandon lorsqu’il dit : « Dans ta main je remets mon souffle. Tu m'as racheté, Seigneur, toi le Dieu vrai. Je hais ceux qui tiennent aux vaines chimères ; moi, je compte sur le Seigneur. » (Psaume 31,6-7) Les textes des traditions chrétiennes regorgent également de nombreuses prières de remise de soi à Dieu. Parmi elles, celle d’Ignace de Loyola (1491-1556) est particulièrement expressive : « Prends Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Tout ce que j’ai et tout ce que je possède. C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t’aimer et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. » Intitulée Contemplation pour parvenir à l’amour, elle fait ressortir l’état d’esprit du moine cherchant à vivre par l’Esprit Saint.
L’abandon à Dieu, signe de maturité spirituelle
Dans la spécificité de leur foi, chrétien-ne-s et musulman-e-s en dialogue et en cheminement ont ainsi l’occasion, par l’ouverture à l’autre, de mieux approfondir le sens de leur propre relation à Dieu. Les un-e-s cherchent à vivre et à agir par l’Esprit Saint, les autres cherchent le tawfîq, c’est-à-dire agir en adéquation et harmonie avec la volonté de Dieu.
Une tradition prophétique exprime le sens de cette recherche en des termes à la fois mystérieux et éloquents : « (Dieu dit :) Mon serviteur ne s’approche de Moi par rien de ce que j’aime le plus si ce n’est par les commandements que je lui ai institués. Et mon serviteur ne cesse de s’approcher de Moi par les actes de dévotion jusqu’à ce que je l’aime, et lorsque je l’aime, je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit, et son pied avec lequel il marche. S’il me demande, je lui donnerai, et s’il cherche refuge en Moi, je le lui accorderai. » Il ne s’agit pas ici de prétendre agir au nom de Dieu, ce serait une ineptie, mais c’est plutôt agir différemment, chercher la pureté et l’économie de la parole, du geste, en me laissant guider par Dieu. Cela requiert une véritable discipline de vie et un regard critique constant sur l’exercice de notre liberté et de notre volonté. C’est d’ailleurs là l’un des sens du mot islam, qui signifie l’abandon confiant à Dieu.
À l’approche du Jeudi Saint, la personne chrétienne aborde cet abandon de soi à Dieu d’une manière particulière, notamment en se remémorant le passage des évangiles relatant la parole du Christ, au seuil de la mort : « Jésus poussa un grand cri ; il dit : "Père, entre tes mains, je remets mon esprit." Et, sur ces mots, il expira. » (Luc 23:46) C’est en méditant à cette parole du Christ que le père Charles de Foucauld (1858-1916), établi dans le désert algérien, rédigera en 1896 une méditation qui a été synthétisée en ces termes : « Mon Père, je me remets entre Vos mains ; mon Père, je me confie à Vous ; mon Père, je m’abandonne à Vous ; mon Père, faites de moi ce qu’il Vous plaira ; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie ; merci de tout ; je suis prêt, à tout ; j’accepte tout ; je Vous remercie de tout ; Pourvu que Votre Volonté se fasse en moi, mon Dieu, pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes Vos créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre cœur aime, je ne désire rien d’autre, mon Dieu ; je remets mon âme entre Vos mains… »
Nos deux traditions ouvrent des chemins profonds de l’abandon à Dieu. C’est là, peut-être, que le jeûne trouve l’un de ses accomplissements majeurs ; au-delà de l’effort physique et de la privation, il exprime la forme la plus noble de la liberté humaine.
*****
Omero Marongiu-Perria est sociologue et spécialiste de l'islam français. Il a notamment co-écrit « Qu’est-ce qu’un islam libéral ? » (Atlande, mai 2023).
Lire aussi dans la série Ramadan et Carême :
Résister à la société de l’excès
Jeûner par désir de Dieu
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Jeûner pour (re)trouver sa liberté intérieure
Le jeûne comme véritable chemin de conversion
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