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Sur le vif

Racisme : l'admirable mea-culpa du National Geographic sur ses reportages passés

Rédigé par Benjamin Andria | Mardi 13 Mars 2018



A l'occasion du numéro spécial de National Geographic sur le concept de « races » (ici en couverture), le magazine a fait son mea-culpa pour son racisme passé lors de ses reportages.
A l'occasion du numéro spécial de National Geographic sur le concept de « races » (ici en couverture), le magazine a fait son mea-culpa pour son racisme passé lors de ses reportages.
National Geographic a fait un mea-culpa qui fait date dans son histoire et celle de la presse : elle reconnaît que, par le passé et « pendant des décennies », ses reportages étaient « racistes ». « Pour nous en détacher, il nous faut le reconnaître », fait part la rédaction dans un édito paru lundi 12 mars et signé de la rédactrice en chef Susan Goldberg, à l’occasion d’un numéro spécial du magazine dédié au concept de « races ».

« Je suis le dixième rédacteur en chef de National Geographic depuis sa création en 1888. J'en suis la première rédactrice en chef, juive de surcroît, deux groupes de population qui ont eux aussi été discriminés aux États-Unis. Il m'est douloureux de partager cet affreux état de fait qui fait pourtant partie de l'histoire du magazine. Mais puisque nous avons aujourd'hui décidé de faire une couverture exceptionnelle du sujet des "races", il nous faut faire cet examen de conscience avant de considérer de faire celui des autres », lit-on, ajoutant que « le principe même de races est une hérésie scientifique, et ne résulte d'aucune façon d'une différenciation biologique ».

Une plongée dans des archives qui laisse sans voix

Rappelant que « la manière dont nous présentons les minorités a une importance cruciale » et « le devoir, dans chaque article, de présenter de la manière la plus juste et la plus authentique qui soit les différentes personnes que nous mettons en exergue », le magazine indiqué avoir confié la tâche d’un examen de conscience à John Edwin Mason, professeur à l'université de Virginie spécialisé dans l'Histoire de la photographie et de l'Histoire de l'Afrique, à partir des archives de National Geographic.

« Ce que M. Mason a découvert, c'est que jusque dans les années 1970, National Geographic ignorait complètement les personnes de couleur qui vivaient aux États-Unis, ne leur reconnaissant que rarement un statut, le plus souvent celui d'ouvriers ou de domestiques », indique le magazine, qui a « très peu fait pour faire en sorte que ses lecteurs dépassent les stéréotypes de la culture blanche occidentale ». « Parallèlement à cela, le magazine dépeignait avec force reportages les "natifs" d'autres pays comme des personnages exotiques, souvent dénudés, chasseurs-cueilleurs, sorte de "sauvages anoblis", tout ce qu'il y a de plus cliché. »

La preuve par au moins un exemple avec un article « qui nous laisse tous sans voix : un reportage en Australie datant de 1916. Sous plusieurs photos d'Aborigènes, on peut lire cette légende : "Deux Noirs sud-Australiens : ces sauvages se classent parmi les moins intelligents de tous les êtres humains." »

« Pour illuminer le cours de l'humanité »

« National Geographic n'a pas organisé l'émancipation des préjugés que son autorité aurait permis d'organiser. National Geographic est né au moment où la colonisation était à son apogée, et où le monde était divisé entre colons et colonisés. Une ligne de couleur les séparait, et National Geographic était le reflet de cette vision du monde », est-il aujourd’hui affirmé.

« Il est sans doute temps de parler des conflits basés sur l'idée erronée de "races". D'essayer de comprendre pourquoi nous continuons à distinguer les Hommes et à construire des communautés inclusives. D'analyser le recours politique actuel aux logiques éhontément racistes et de prouver que nous valons mieux que cela », conclut-on. Cet admirable mea-culpa, qui s'inscrit dans des efforts « pour illuminer le cours de l'humanité », est un bel effort à saluer, rappelant le rôle essentiel des médias à lutter contre le racisme.