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Points de vue

Muslim Pride

Par Bernard Godard*

Rédigé par Bernard Godard | Dimanche 20 Septembre 2009



Muslim Pride
La Muslim Pride – la fierté d’être musulman – se répand en France doucement parmi les nouvelles générations. Comme l’exprime Patrick Haenni dans son ouvrage L’Islam de marché (Éd. du Seuil 2005), « il s’agit de reconstruire un nouveau Muslim Pride individualisé, qui ne passe pas par la revendication politique, mais par la performance économique ».

À une époque où l’islam institutionnel semble rester à la traîne, engoncé dans des querelles de minaret, la Muslim Pride occupe le terrain. S’il en était besoin, certains sites témoignent du décollage de la communication de cette « fierté musulmane ».

Tous les interstices de l’activité sociale et économique intéressent les musulmans. Une Synergie des professionnels musulmans de France (SPMF), préfiguration peut-être d’un MEDEF confessionnel, semble marcher sur les traces du prestigieux Müsiad turc. Ce dernier, né dans l’immigration turque en Allemagne, occupe la place que l’on sait en Turquie.

Plus discrètement, les Dérouilleurs entendent jouer un rôle non négligeable sur le marché de l’emploi.

Enfin, si la finance islamique ne connaît pas encore le même degré d’avancement qu’au Royaume-Uni, elle cherche un point de contact avec la finance éthique, autant préoccupée d’économie sociale que des « mirages » offerts par les fonds souverains des pays du Golfe.

Dans les domaines les plus proches de la vie proprement religieuse, tels celui de la licéité alimentaire ou celui de la défense des pèlerins les Lieux saints, des musulmans de France s’activent.

Ils utilisent les technique modernes pour vérifier la traçabilité des produits, à l’encontre de circuits encore erratiques et peu adaptés au monde moderne, et tentent de créer un cercle de qualité face à un marché du pèlerinage malheureusement inadapté aux nécessités de la transparence et du respect du consommateur.

Cependant, cette dynamique ne doit pas semer d’illusions. La démarche commerciale a sa propre logique, ses propres lois. La foi et le marketing ne font pas toujours bon ménage, dans toutes les religions. Ainsi, la surenchère sur l’imposition d’une qualité halal sur tout objet de consommation – souvent à partir de critères pas bien assurés sur le plan théologique – risquent de provoquer à terme une certaine distorsion du lien social, dont on sait que la commensalité, l’art du « manger ensemble », est une des valeurs incontournables en France.

C’est également dans le domaine social que la Muslim Pride veut aller plus vite. Au moment où le Conseil français du conseil musulman (CFCM), après six ans d’existence, ne s’est toujours pas doté d’un organe propre à assurer la défense des musulmans agressés ou stigmatisés, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) brûle les étapes. Bilan après bilan, il perfectionne son outil statistique, améliore ses structures juridiques et, avec ses encore faibles moyens, touche une large audience.

Enfin, la Muslim Pride aurait tout à gagner à réconcilier l’islam réel avec l’islam institutionnel, celui des mosquées et du CFCM. Comment l’un pourrait-il vivre sans l’autre ? Car, après tout, il s’agit toujours de communion dans une même foi. Il est nécessaire que les notables, ceux qui ont patiemment construit en plusieurs années les fondations de la maison islam en France s’ouvrent à la multiplicité des expériences, à l’ingéniosité, à l’expertise et à la jeunesse de ceux qui inventent tous les jours les nouvelles manières de vivre leur religion « ici et maintenant ».



* Bernard Godard est consultant sur les questions liées au culte musulman auprès du ministère de l’Intérieur. Co-auteur, avec Sylvie Taussig, de Musulmans en France (Hachette, 2009), il enseigne à l’Institut catholique de Paris et à l’Institut Ghazali de la Grande Mosquée de Paris.


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