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Sur le vif

Moines de Tibéhirine : l'hypothèse d'une « bavure » de l'armée algérienne relancée par un témoin

Justice

Rédigé par Anissa Ammoura (avec AFP) | Mardi 7 Juillet 2009

Enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame-de-l'Atlas, au sud d'Alger, puis assassinés, les sept moines français de Tibéhirine n'auraient peut-être pas été tués par des islamistes, comme le veut la version officielle. Selon le témoignage de l'ancien attaché militaire français à Alger, une « bavure » de l'armée algérienne serait à l'origine de leur mort. L'enquête va donc être relancée.



Les moines de Tibéhirine en Algérie (photo non datée, © AFP).
Les moines de Tibéhirine en Algérie (photo non datée, © AFP).
Attribué à un groupe islamiste, le massacre des sept moines de Tibéhirine en 1996 résulterait d'une « bavure » de l'armée algérienne, selon le témoignage de l'ancien attaché militaire français à Alger devant le juge antiterroristes chargé de l'enquête.

Dévoilé par Le Figaro, Mediapart et L'Express, ce témoignage constitue, pour l'avocat des parties civiles, Maître Patrick Baudouin, la preuve qu'il y a eu « dissimulation de la part des autorités algériennes et certainement de la part des autorités françaises » sur les circonstances de la mort de ces sept religieux français au printemps 1996.

Selon ce témoin, François Buchwalter, un général à la retraite, les moines ont été tués dans un raid d'hélicoptères militaires alors qu'ils se trouvaient dans ce qui semblait être « un bivouac de djihadistes ».
« Les hélicoptères de l'armée algérienne ont survolé le bivouac d'un groupe armé et ont tiré, s'apercevant ensuite qu'ils avaient non seulement touché des membres du groupe armé mais aussi des moines », selon une source proche du dossier, rapportant les propos du général.

Le témoin a affirmé au magistrat tenir ses informations d'un ancien camarade algérien de l'école militaire de Saint-Cyr, dont le frère, à l'époque chef d'une escadrille d'hélicoptères à Blida, à mi-chemin entre Tibéhirine et Alger, avait participé à cette « bavure ».

Toujours selon cette source, le général Buchwalter a relaté au juge Trévidic que « les corps des moines étaient criblés de balles ».

Les sept religieux français avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame-de-l'Atlas-, au sud d'Alger, ceinturé de maquis contrôlés par les groupes armés islamistes et où les tueries étaient alors fréquentes. Le Groupe islamique armé (GIA), alors dirigé par Djamel Zitouni, avait revendiqué cet enlèvement.

Le 30 mai 1996, l'armée algérienne affirmait avoir découvert les dépouilles des moines. Seules les têtes avaient en fait été retrouvées.

Avant ces révélations de François Buchwalter, jugées « crédibles » par Maître Baudouin, d'autres témoignages d'officiers algériens en rupture de ban avaient relevé le rôle trouble des autorités algériennes, accusant Alger d'avoir manipulé le groupe armé qui avait enlevé les moines.

L'ancien attaché militaire a affirmé avoir appris la mort des moines dans le raid d'hélicoptères « quelques jours après les obsèques » des victimes. Il aurait à l'époque informé les autorités françaises, le chef d'état-major des armées et l'ambassadeur, dans un rapport.

« Il n'y a pas eu de suite, ils ont observé le black-out demandé par l'ambassadeur », selon cette source proche du dossier, citant la déposition du général Buchwalter devant le magistrat.

Ce témoignage est « la confirmation de ce que nous disons depuis l'origine, que c'est l'omerta qui a prévalu au nom de la raison d'État », a défendu Maître Baudouin, par ailleurs président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

L'avocat a indiqué à l'AFP qu'il exigerait la levée du secret défense « pour obtenir les rapports envoyés (par François Buchwalter, ndlr) au chef d'état-major des armées et à l'ambassadeur ». En outre, il demandera les auditions d'Hervé de Charette, à l'époque ministre des Affaires étrangères, d'agents des services de renseignement français ainsi qu'une nouvelle audition de Michel Lévêque, ambassadeur à Alger au moment des faits.




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