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France – Algérie : « Voyage d’amitié »

Rédigé par Propos recueillis par Nadia Sweeny | Jeudi 15 Février 2007

Samedi 17, un « voyage d’amitié » en Algérie est organisé par les représentants des cultes chrétien et musulman du Rhône-Alpes, dont Azzedine Gaci, président du Conseil Régional du Culte Musulman de la région, ainsi que le Cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin. Diverses personnalités religieuses, dont le ministre des Affaires Religieuses algérien, accueilleront ces « visiteurs de l’amitié », qui iront se recueillir à Tibhirine, où des moines trappistes ont été assassinés en 1996 ainsi que sur la tombe de l’Emir Abdelkader, figure de la résistance algérienne à l'occupation coloniale. Nous avons questionné M. Azedine Gacci, sur ce « voyage d’amitié ».



SaphirNews.com : Pourquoi ce voyage en Algérie ?


Azzedine Gaci : Tout d’abord, parce que je suis d’origine algérienne. C’est aussi mon pays et je l’aime beaucoup. J’ai beaucoup d’attaches en Algérie.

L’idée vient de ce qui s’est passé à Tibhirine. Je suis en contact depuis quelques temps avec un jeune prêtre du nom de Patrice Petrowski, qui fait partie de l’association La Fontaine de miséricorde. Il participait notamment à des cours dans divers collèges et lycées. Et un jour il m’a invité. Il a diffusé une cassette vidéo dans laquelle était racontée l’histoire de ces prêtres assassinés. Je me suis rendu compte à quel point ces prêtres étaient profondément attachés à l’Algérie. Ils disaient que ce pays était aussi le leur, qu’ils voulaient y rester malgré le terrorisme et que de partir constituerai une forme de trahison. Cela m’a beaucoup touché.

En sortant j’ai discuté avec le jeune prêtre et je lui ai dit « Ecoute, pourquoi ne pas allez là-bas, faire une sorte de pèlerinage ? » Plus tard, nous avons rencontré Monseigneur Barbarin en 2004 et nous lui avons parlé de cette idée. Lorsque je lui ai demandé s’il était intéressé par ce projet, sa réponse a été spontanée. Il nous a dit « si vous y allez demain je viens avec vous. » Nous avons donc commencé à préparer ce voyage. J’y suis allé plusieurs fois pour voir si c’était possible d’organiser quelque chose.

Il y a d’autres propositions pour ce type de voyage interreligieux, notamment au Maroc ou en Turquie. Les autorités algériennes attendent beaucoup de ce voyage et de ce rapprochement entre l’Algérie et la France et entre les deux religions. Très loin dans nos rapports et ses valeurs qui nous lient les uns aux autres. Pouvoir vivre justement, tranquillement et paisiblement ensemble. Les Autorités algériennes ont joué le jeu sans pression, aucun changement: nous avons tout ce que nous avons prévus.

Beaucoup se demandent à quoi sert concrètement ce type de dialogue interreligieux ? Quels sont les changements, décisions ou faits, qui sont affectés par ce dialogue ?


Azzedine Gaci : Il ne s’agit pas d’intervenir dans des décisions. Les désaccords provoquent des incompréhensions. Chacun a une définition propre du dialogue interreligieux. Est-ce que c’est unifier les religions pour n’en faire qu’une? Est-ce convertir ou dire que nous chrétiens, musulmans ou juifs, connaissons la Vérité? Est-ce que c’est pour démontrer une forme de supériorité de l’une sur l’autre : si ce dialogue est vécu dans ce sens, ce n’est pas la peine.

Pour moi, ce que je fais c’est du dialogue. Je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreuses rencontres, mais sur le terrain rien ne se passait. C’est pour cela que nous voulons faire ce voyage. C’est un voyage de découverte, nous allons vivre des moments d’intense spiritualité, ensemble.

Il y a quatre choses qui découlent de ce dialogue, selon moi :

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Nous connaître mais surtout, nous entre connaître. Il y a un verset dans le Coran qui dit : « Nous vous avons créés en peuples et en tribus pour que vous vous entre connaissiez ». Il s’agit de faire face aux préjugés et de développér un enrichissement mutuel.

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Développer et apprendre une attitude critique sur soi. Nous devons accepter la critique car cela nous permet d’avancer, de réformer notre présent et de préparer l’avenir et notamment le vivre ensemble. Avoir un esprit critique c’est mieux comprendre et connaître sa foi.

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Ce dialogue nous permet d’être attentif aux craintes, aux interrogations et aux demandes formulées par les autres. Il ne faut pas avoir peur d’affronter ces interrogations car elles n’expriment pas nécessairement des préjugés. Ces interrogations nous montrent nos limites, nos insuffisances et nos déviations ainsi que notre paresse; car nous ne faisons pas assez de travail sur nos textes révélés.

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Enfin, ce dialogue sert à nous stimuler mutuellement. Il nous sert à entrer dans l’enrichissement. Les ou le musulman apprendra à parler de son cœur et de sa spiritualité. Le musulman ne parle pas assez de son cœur. Nous vivons dans un siècle malade de folie. Et le musulman doit parler de son coeur, sa spiritualité, de ce jihad intérieur qui est cet effort de purification.

C’est mon attente du dialogue interreligieux. Il m’a obligé à revisiter mon histoire pour mieux la comprendre, la vivre. Nous devons développer et nous impliquer dans ce dialogue, pour faire face à tous les préjugés.

Quelle est la particularité de votre région, concernant ce dialogue interreligieux ?


Azzedine Gaci : Il y a eu la malheureuse histoire du Pape Benoît 16 qui, au départ, a créé beaucoup de problèmes. Au début j’ai même pensé que ça pouvait remettre en cause ce dialogue. Mais curieusement, ça l’a remis en scelle : il n’y a jamais eu autant de rencontres entre chrétiens, juifs et musulmans dans notre région, qu’après les déclarations du Pape. Nous avons développé ces rencontres pour discuter du rôle de chacun.

J’ai été invité chez des séminaristes qui sont en passe de venir prêtres, pour expliquer ce qu’est l’islam en générale, et l’islam de France en particulier. Ils m’ont questionné sur la place de la femme, les versets coraniques controversés et qui sont souvent sortis de leur contexte...

Une sorte de tradition de dialogue s’est installée de la région Rhône-Alpes. Et la première de ses conséquences est, par exemple, la déclaration commune que nous avons faite à propos du mariage homosexuel. Pour la première fois, nous avons donné un avis commun. Et nous développons ceci sur l’ensemble des problèmes de sociétés. Du moins, c’est ce que nous serons appelés à faire. De nombreux problèmes se posent notamment sur l’euthanasie, la définition de la mort, le don d’organe, l’environnement, la procréation, l’identité… Nous développons des discussions sur ces positions. Dans l’immense majorité des cas nous avons des visions similaires.

Il y a une vraie dynamique qui s’est créée et j’espère que ce voyage va la faire durer et permettre d’ouvrir d’autres projets.

Vous prévoyez de rendre hommage à l'Emir Abdelkader. Pourquoi ?


Azzedine Gaci : C’est une idée de la délégation chrétienne. L’Emir Abdelkader est venu à Lyon au 19ème siècle et avait visité la cathédrale de Lyon. C’est en cet honneur qu’ils voudraient se recueillir sur sa tombe. Pour nous, c’est évidemment une figure du soufisme, de la spiritualité, de l’Algérie, et de l’islam. Il y a d’ailleurs une Fondation de l’Emir Abdelkader qui travaille pour le rapprochement des religions. Cet homme a beaucoup écrit et beaucoup contribué dans ce domaine.

Quels seront les sujets abordés, selon vous, avec le Ministre des Affaires religieuses algérien ?


Azzedine Gaci : Personnellement, j’attends du Ministre des Affaires religieuses qu’il nous éclaire et qu’il nous donne des réponses notamment sur des problèmes de sociétés, sur les fatwas et les questions contemporaines qui se posent aux musulmans de France et européens. Ces questions qui se posent aux musulmans qui vivent dans des sociétés sécularisées. Par exemple sur la formation des imams. J’aimerais tirer des enseignements…par exemple sur la manière de faire face aux cyber-fatwas ? Ces fatwas qui se distribuent sur internet. Les jeunes musulmans peuvent avoir une réponse dite « islamique » qui ne tient absolument pas compte de son environnement or chacun sait qu’une fatwa n’est pas exportable d’un lieu à un autre. Ces cyber-fatwas nous posent de réels problèmes en France et en Europe.

J’aimerai aussi que le Ministre nous expose ce qu’il pense faire pour faire revivre ce dialogue interreligieux et pour faire face aux discours manipulateurs et à tous les extrémismes qui se développent en divers point du monde.





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