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Points de vue

Malek Chebel : une figure emblématique de l’intégration

Rédigé par Aaiachi Salahddine | Vendredi 18 Février 2005

Par cette contribution, il m’apparaît important de déconstruire certaines idées véhiculées dans l’entretien paru dans le magazine « le Point » à la date 3 février 2005, où Malek Chebel participe à une interview sur des questions touchant à ce qui est devenu l’épineuse question de l’Islam. Mon propos tente de sonder certaines idées et de mettre à nu le substrat qui les motive.



Par cette contribution, il m’apparaît important de déconstruire certaines idées véhiculées dans l’entretien paru dans le magazine « le Point » à la date 3 février 2005, où  Malek Chebel participe à une interview sur des questions touchant à ce qui est devenu l’épineuse question de l’Islam.  Mon propos tente de sonder certaines idées et de mettre à nu le substrat qui les motive.

 

A cet égard, il est amusant de se rendre compte de la catégorisation qui est établie d’emblée par le journaliste dans sa présentation de Malek Chebel. Il ressort de l’évidence, que Monsieur Chebel représente une figure emblématique de l’intégration réussie par la voie de la méritocratie.  Cette présentation à elle seule annonce la couleur.  En effet, à partir de quels critères  pouvons-nous établir si une intégration est réussie ou ne l’est pas ? De toute évidence, il apparaît à travers ce propos que les voies de l’intégration sont tracées, et qu’il n’est plus question de négocier ce que  ‘l’élite aux vertus civilisatrices’ nous impose comme seul modèle de ‘réussite’. Le comble de cette prétention se retrouve dans toute sa ‘sincérité’ quand le journaliste tient le propos suivant : Si tout le monde était comme vous, il n’y aurait pas de problème d’intégration…  Cela nous rappelle que c’est au demeurant de même arguments que nombre d’éradications et génocides se  justifient!

 

Il serait grand temps de faire l’effort d’une réelle pratique réflexive et de vouloir, par là,  étouffer les différentes possibilités d’expressions d’une réalité sociale multiforme et plurivoque. Ce type d’assertion  est l’expression type de ce qu’on peut qualifier de violence symbolique. A cet égard, rappelons que  Tobie Nathan, le père de  l’ethnopsychiatrie, qui travaille sur les migrants maghrébins, nous dit que «l’intégration » est le hold-up de la culture!

 

On retrouve cette même prétention dans la formulation de la première question où est exprimée l’idée d’appartenance à un cercle de la raison. Ici est mise en exergue l’existence d’un capital savoir dont seuls seraient dépositaires ceux que l’élite aux vertus civilisatrices qualifient de méritants. Pour revenir à la méritocratie,  la réalité de fait a longtemps démontré que  cette idée est une politique à géométrie variable. Elle dépend, entre autres, de qui attribue les critères d’une réussite. Et surtout, elle a l’avantage de déresponsabiliser les structures étatiques en imputant exclusivement la faute de tout échec d’intégration à l’individu. Sur ce sujet, il n’est pas inutile de revenir sur les conclusions de la Cours des Comptes, que vous citez par ailleurs.

 

Cette prétention est également doublée d’une méconnaissance quant à l’histoire de la civilisation musulmane. Tout spécialiste qui se respecte en la matière vous dira que l’opposition de la foi et de la raison ne s’est pas posée pour l’Orient musulman avec autant d’acuité qu’en Occident chrétien. Alors prétendre que nous avons à faire à un cercle de la raison ne peut être ici que révélateur d’une méconnaissance qui touche par vague successive le champ journalistique.

 

 

Après ces brefs rappels, je voudrais m’arrêter sur le cas de Monsieur Chebel. En effet, il parait incontestable que ce dernier constitue, de par son parcours, un modèle pour tout le monde.  Pour ce qui est des propos tenus dans l’interview, je le rejoins à bien des égards : sur la position qu’il émet à l’endroit de M. Sarkozy ou bien celle sur les politiques de discrimination positive ou encore celle relative à l’échec des politiques d’intégration. 

 

Cependant, concernant les propos sur M. Ramadan, qui a été rappelons-le au demeurant de nombreuses fois interviewé par Le Point, dont la dernière contribution date du 20/01/05, M. Chebel émet des idées, qui à mon sens, sont infondées.  Là où il a su faire preuve de sagacité, il démontre sur cette question tout le contraire. Il m’apparaît  évident qu’à l’heure où règne une véritable chasse au sorcier sur les «trop» musulmans, dont M. Ramadan est une figure de proue, il est loisible de penser que toute opposition à ce dernier est bienvenue dans la recherche d’une logique carriériste. Mais, nous espérons, que pour M. Chebel, se détache de ce genre de considération.

 

Personnellement, il ne faut pas avoir entendu qu’apparaisse M. Ramadan pour voir se développer des logiques dites communautaristes. Du reste, M. Ramadan a fait son apparition sur la scène publique depuis le début des années 90 et n’a pas attendu le fameux article qu’évoque M. Chebel pour être connu et reconnu, aussi bien par ses pairs que par les Musulmans eux-mêmes. D’ailleurs, qu’elle est le réel mal qu’il y a à se sentir mieux avec les «siens » ? Cela a toujours existé ! Mais apparemment, ils y en auraient qui seraient moins tolérées !

 

 D’autre part, comme le concept de méritocratie, ce genre de raccourci permet au système étatique de reporter l’échec de sa gestion des différences culturelles sur un bouc émissaire, désigné ici en la personne de M. Ramadan. Ajouter, à cette précédente remarque, une question que je me suis posé : à partir de quel moment, un ensemble de personne,  quand vous dites : que j’ai entendu plusieurs…, constitue un échantillon représentatif de ce qu’une collectivité pense ? De plus, vous limitez la pensée de M. Ramadan à un épisode, où l’hystérie médiatique s’est exprimée avec force, à la «confrontation» qu’il a eu avec des pro-sionistes.  Dès lors, M. Chebel, évitez de rentrer dans des considérations qui ne reflètent que peu l’étendue de votre connaissance générale.

 

Pour conclure, je voudrais modestement rappeler que la recherche de la raison implique l’objectivité dans le traitement que l’on effectue d’un objet quelconque. Pour ce qui est des accusations portées à l’encontre de M. Ramadan, y aurait-il un espace prévu pour que ce dernier puisse se situer, comme vous l’avez déjà fait par le passé, par rapport à des reproches qui lui sont formulées, jusqu’ici de manière unilatérale ? Allez-vous mettre en pratique un réel sens de l’objectivité? Ou bien, l’amnésie sélective aurait-elle ses vertus que la raison ignore ?