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Points de vue

Les nouvelles guerres impérialistes

Rédigé par Fékih Ryadh | Lundi 2 Décembre 2002

Dans, De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (traduit en français par Frédéric Cotton, préface de Jean Bricmont, éd. Agone, Marseille, 2001), un recueil d'articles parus entre 1985 et 1999, Noam Chomsky dénonce les motivations impérialistes des dirigeants américains : ' Il est remarquable, en effet, écrit-il, que les Etats-Unis tentent de s'inventer régulièrement des ennemis dès qu'un pays leur échappe effectivement '. Cette histoire ne date pas d'aujourd'hui.



Dans, 'De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis' (traduit en français par Frédéric Cotton, préface de Jean Bricmont, éd. Agone, Marseille, 2001), un recueil d'articles parus entre 1985 et 1999, Noam Chomsky dénonce les motivations impérialistes des dirigeants américains : ' Il est remarquable, en effet, écrit-il, que les Etats-Unis tentent de s'inventer régulièrement des ennemis dès qu'un pays leur échappe effectivement '. Cette histoire ne date pas d'aujourd'hui.

 

L'objectif premier des Etats-Unis au sortir de la deuxième guerre mondiale fut, en effet, de renforcer partout leur hégémonie. Dès 1940, dans un document classé secret au Département d'Etat, Kennan expliquait : ' Avec seulement 6,3 % de la population mondiale, nous représentons près de 50 % de la richesse mondiale. Notre tâche principale, dans les années à venir, est de mettre en place un système de relations internationales qui nous permette de maintenir ce déséquilibre'. Ainsi, le projet ' grand domaine ' amorça l'application d'une politique étrangère ' réfléchie ' : ' Ce grand domaine recouvrait toutes les régions destinées à subvenir aux besoins de l'économie américaine. '

 

Lutter pour préserver le déséquilibre
Pour mener à bien cette domination, les Etats-Unis cherchèrent à s'accaparer les matières premières, considérées par la classe dirigeante américaine comme lui appartenant. Les populations locales qui voudraient les empêcher de les détourner pour leur intérêt particulier représentent donc un danger pour les Etats-Unis. Aussi, les ' hérétiques qui s'obstinent à exploiter leurs propres ressources pour satisfaire leurs propres besoins ', et qui ' croient qu'un gouvernement doit se consacrer à assurer le bien-être de sa propre population ' deviennent-ils des ennemis. Il faut donc lutter contre eux, non seulement pour contrôler leurs ressources d'énergie, mais aussi tout simplement pour empêcher l'effet de dominos, ou, selon les termes US, ' empêcher la gangrène de s'étendre '. Ce fut le cas du Laos : ' Si un petit pays de rien du tout, sans ressources naturelles, arrive à s'extraire par ses propres moyens du carcan de misère que nous avons contribué à lui imposer, d'autres pays aux ressources naturelles plus vitales pourraient vouloir s'y essayer à leur tour '.

 

L'Etat scélérat  
Le nouvel ordre mondial, ' pour nous ', ou ' contre nous ' - L'ennemi communiste, ou ' inapte à venir compléter les économies industrialisées de l'Occident ', est aujourd'hui remplacé par l'Etat scélérat. ' Le concept d'Etat-scélérat est extrêmement nuancé (...) : un Etat scélérat n'est pas seulement un Etat criminel, c'est aussi un Etat qui n'obéit pas aux puissants ', qui sont, eux, les ' Etats éclairés '. Ainsi la Turquie, qui, dans le milieu des années 90, avec des dizaines de milliers de morts kurdes et 3.500 villages détruits (pour 2.000 morts au Kosovo avant le début de l'intervention américaine), n'est-elle pas un Etat scélérat puisqu'elle ne désobéit pas aux puissants. Pas plus que ne le fut l'Indonésie en 1975 lorsqu'elle massacra un tiers de la population du Timor oriental. Le véritable ennemi est donc, pour les ' Etats éclairés ', le pays qui leur désobéit, ainsi que le nationalisme radical des populations du Tiers-monde qu'il faut contenir par la création de ' flics locaux ' (axe Turquie/Israël au Moyen-Orient), ou par ' l'appui à la répression policière mise en place par les gouvernements locaux '... La violation des Droits de l'Homme n'est donc pas un crime pour les Etats-Unis, sitôt qu'un ' Etat client ' la perpètre (l'Irak de 1988 qui massacra 8.000 Kurdes à Halabja). Elle sert comme justification de la guerre menée contre un Etat qui désobéit.

Les Droits de l'Homme méprisés
Chomsky établit un rapport direct entre les Etats-Unis et les Droits de l'Homme : plus les Etats-Unis accordent une aide militaire importante à un Etat, plus celui-ci foule les Droits de l'Homme aux pieds, ainsi l'histoire retiendra-t-elle les exercices militaires d'entraînement américano-indonésiens à la veille de l'agression de l'Indonésie contre la population timoraise en 1999. Quant aux bombardements contre la Serbie en 1999, ils ' commencèrent dans l'attente raisonnable que les massacres et les déplacements de réfugiés augmenteraient en conséquence ', ce qui se passa.

 

Les Etats-Unis : des fous imprévisibles
La ' théorie du fou ' - Cette intervention contre la Serbie place le monde devant une nouvelle équation : les ' Etats éclairés ' se donnent le droit de passer outre la souveraineté de tous les pays qui leur désobéiraient, alors que leur souveraineté à eux, évidemment, doit être le plus farouchement gardée. Pour se faire craindre et obéir, les Etats-Unis développent la ' théorie du fou ' : ' Nos ennemis doivent comprendre que nous sommes des fous imprévisibles, détenteurs d'une incroyable force de frappe '. Cette théorie est d'autant plus simple à mettre en pratique que les Etats-Unis se placent hors la loi internationale, soit en ne ratifiant pas nombre de traités et de conventions (dont la Convention sur les droits des enfants), soit en s'arrangeant pour être intouchables par la justice internationale (ainsi la Convention sur le génocide ne s'applique-t-elle aux Etats-Unis... qu'avec leur accord), soit en violant tout simplement les lois internationales (la Charte des Nations Unies, lors de l'intervention contre l'Irak).

Enfin Chomsky établit un rapport direct entre l'interventionnisme américain, la détérioration du niveau de vie et l'absence de démocratie dans les pays qui en sont la cible. Ce fut le cas au Nicaragua, au Chili ou en Argentine (pour n'en citer que quelques-uns), à l'époque des dictatures militaires soutenues corps et âme par les States.

 
Le cas de l'Irak est aussi alarmant. Depuis l'embargo américain, des enfants meurent quotidiennement faute de soins et de nourriture. Cette politique meurtrière est menée sans aucun scrupule, tant et si bien que les Etats-Unis interdisent le passage d'ambulances, prétendant qu'elles pourraient servir de planque pour les troupes irakiennes... Résultat : 567.000 enfants irakiens sont morts pour la seule année 1995 selon les chiffres de l'ONU.