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Points de vue

La laïcité prise en otage

Rédigé par MZ | Lundi 23 Juin 2003

Voilà près d'un siècle que la loi de 1905 institutionnalisant ce qu'on appellera plus tard la laïcité a été adoptée. Par cette loi, c'est d'abord l'ingérence réciproque entre les Eglises et l'Etat qui tombe, permettant ainsi de dresser un cadre de coexistence pacifique entre les différents cultes en les mettant sur un même pied d'égalité, et c'est surtout aussi les libertés de conscience individuelle et de culte avec la pratique rituelle collective qui s'en trouvent ' garanties '. A l'approche de la date anniversaire du centenaire de la loi de 1905, les esprits s'échauffent comme ce fut jadis le cas lors de son élaboration ! Pourquoi tant de remouds, de discussions, et de débats si passionnés ? Est-ce qu'il y a danger, et d'où provient-il ? Qui sont ces trouble-fêtes qui viennent gâcher cet anniversaire ?



Voilà près d'un siècle que la loi de 1905 institutionnalisant ce qu'on appellera plus tard la laïcité a été adoptée. Par cette loi, c'est d'abord l'ingérence réciproque entre les Eglises et l'Etat qui tombe, permettant ainsi de dresser un cadre de coexistence pacifique entre les différents cultes en les mettant sur un même pied d'égalité, et c'est surtout aussi les libertés de conscience individuelle et de culte avec la pratique rituelle collective qui s'en trouvent ' garanties '. A l'approche de la date anniversaire du centenaire de la loi de 1905, les esprits s'échauffent comme ce fut jadis le cas lors de son élaboration ! Pourquoi tant de remouds, de discussions, et de débats si passionnés ? Est-ce qu'il y a danger, et d'où provient-il ? Qui sont ces trouble-fêtes qui viennent gâcher cet anniversaire ?



Un débat faussé par la peur

Quand les passions l'emportent sur la raison, il n'est pas étonnant de voir ressurgir les vieux débats du passé. Les affaires du ' foulard à l'école ' autour desquelles se cristallisent le débat actuel pour une loi qui interdirait le port de signes religieux à l'école ne font qu'accentuer le mal être et l'exclusion des musulmans en France à qui l'on dénie le droit à l'égalité et aux libertés fondamentales dont jouissent leurs concitoyens en toute quiétude. Et alors que les regards se focalisent sur le voile, et que les discussions restent centrées sur un débat dépassé, à savoir la place des manifestations religieuses individuelles dans la sphère publique, les questions essentielles sont occultées : comment concilier laïcité et libertés individuelles, laïcité et neutralité des institutions publiques, laïcité et égalité des cultes, et, laïcité avec pluralisme culturel par l'acceptation de ce qui fait la différence de l'autre ?
A travers ce débat faussé, c'est principalement les citoyens français et les résidants de culture et de religion musulmane qui sont visés. Les représentations négatives de l'Islam avec les différents amalgames véhiculés du fait du contexte international aggravent la situation des musulmans en France en faisant obstacle à la revendication de leur citoyenneté, ceci se traduisant par un double rejet : le premier, lié au faciès et au patronyme, et le second ; fondé sur des fantasmes nourris de préjugés religieux.


Pour quelle intégration ?

Il y'a aujourd'hui un véritable danger d'exclusion résultant de la banalisation du terme d'' intégration ' par les faiseurs d'opinion que sont les médias et les politiques. Ces derniers facilitent par-là l'amalgame entre le ' signe visible ' et le ' signe ostentatoire ' conduisant ainsi à des raccourcis de raisonnement fondés sur des idées discriminatoires. Le français musulman, fils ou petit-fils d'immigré, n'est alors considéré comme citoyen à part entière qu'une fois sa religion mise au placard.

Pour les intégristes de la laïcité, l'assimilation des français d'origine étrangère et de confession musulmane pour accéder à la citoyenneté française ne peut donc se concevoir que par le renoncement aux libertés de conscience et de culte pourtant garanties par le principe d'égalité aux citoyens des autres confessions. Cette inégalité fondée sur le rejet est là-encore caractérisée par l'emploi du terme ' intégration ' jeté à tous azimuts à la face de qui revendique et manifeste son identité religieuse.

D'ailleurs, le ' modèle d'intégration laïc ', pensé et fabriqué par les laïcistes, promoteurs de l'athéisme, impose, pour que l'' intégration ' soit effective pour les millions de français d'origines diverses, que la citoyenneté culturelle soit dénudée de toute appartenance religieuse, ce qui permettrait ensuite l'acquisition de la citoyenneté politique, principal pilier de la citoyenneté française. Et nous pouvons aujourd'hui constater, sans difficulté aucune, l'échec cuisant de ce ' modèle d'intégration laïc ' chez les jeunes français de parents immigrés par l'enracinement et l'expression publique de leurs convictions religieuses, et cela alors que la base de leurs éducations citoyenne et civile leur a été dispensée au sein de l'école publique laïque.

L'arbre qui cache la forêt

Nombreux sont loin d'avoir compris que l'unité nationale n'est pas incompatible avec la diversité des cultures qui la compose ; et ce n'est qu'au lendemain du 11 septembre que les puritains du laïcisme ont trouvé l'opportunité avec la vague d'islamophobie qui a déferlé sur le monde d'exprimer ce qu'ils avaient comme préjugés racistes à l'encontre des musulmans d'origine arabe, turque, africaine et autres.

 

L'absence de respect de la plupart des médias français à l'endroit des millions de musulmans en France, marquée par la liberté qu'ils se sont donnés de caricaturer et de dénigrer l'Islam ouvertement utilisant ainsi toutes les combinaisons d'amalgames possibles, a contribué pour beaucoup à favoriser le climat islamophobe qui sévit depuis lors dans notre pays. Le résultat du premier tour des élections présidentielles du 21 avril 2002 est loin d'être sans rapport avec de la montée de ce climat de racisme et de xénophobie qui touche notamment les musulmans en France.

 

Non contents de fragiliser la cohésion nationale, c'est maintenant la laïcité qui se trouve être détournée de son sens originel pour servir de moyen d'exclusion. L'un des derniers exemples marquant le traitement particulier dont bénéficient les seuls citoyens français musulmans est l'exclusion lors d'' un rassemblement républicain pour la laïcité ' de jeunes femmes voilées, le mardi 6 mai 2003 à Paris, cela alors qu'elles brandissaient des drapeaux tricolores symbolisant leur adhésion au pacte républicain. Et le dernier en date, étant l'expulsion le 14 juin 2003 d'une jeune femme voilée de l'hémicycle du Sénat qui désirait suivre le dernier débat de la journée ' portes ouvertes ' sur le thème ' Islams, Occidents : du monde ancien au monde de demain ' qui s'y tenait.


Une citoyenneté égale pour tous

Le président Chirac dans sa lettre adressée aux français par naturalisation leur rappelle que : ' Notre République est fière de sa devise de Liberté, d'Egalité, de Fraternité. Il vous revient, à l'égal de tous les citoyens français, de la faire vivre. ' Or, le constat est calamiteux et la réalité est toute autre, les français issus de l'immigration de culture ou de confession musulmane remplissent bien leurs devoirs sans pour autant avoir totalement les droits que leur confère la citoyenneté française. Et, il est à craindre qu'avec la croisade intentée contre le voile sous couvert d'une loi pour protéger la laïcité ne fasse qu'accentuer les discriminations et favoriser ainsi la montée du communautarisme et du repli identitaire alors que sont passés sous silence les vrais problèmes nationaux qui sont d'ordre social et économique.