Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

La France en maillot de bain, garant de la « civilisation »

Rédigé par Quartiers Libres | Samedi 1 Août 2015



La France en maillot de bain, garant de la « civilisation »
Les valeurs de la France auraient été attaquées ce weekend à Reims ville où on sacrait anciennement ses rois. Une embrouille entre filles sur fond de bronzage en maillot de bain a suffi à faire croire que des hordes musulmanes arrivaient jusque dans les parcs urbains faire respecter un code vestimentaire à grand renfort de terrorisme.

Si on écoute les actualités hexagonales, se balader en maillot de bain est désormais un signe d’appartenance à la « civilisation française ».

Ce n’est pas complètement faux : l’ensemble de la pensée de BHL, du clan Le Pen et leurs employés, d’Éric Ciotti, Nadine Morano, Zemmour, Finkielkraut et autres réacs tient à l’aise dans un bas de bikini.

Dans le camp de la droite des valeurs, il y a évidement une avant garde : Soral, plus Gaulois que les autres, dont la pensée raciste se résume à un naturisme numérique.

Un niveau intellectuel inquiétant

Pour les défenseurs de la race blanche et de la France éternelle, l’escarmouche de chiffonnières de Reims est devenue l’occasion de faire du sensationnel à partir de rien et de détourner les regards des récents tirs de flashball qui ont pourri la vie de nos quartiers. Pour les satellites du PS? c’était l’occasion de tenter un truc à la Femen, en moins osé dans la pose mais tout aussi raciste dans le fond.

L’affaire se dégonfle et on revient à ce qu’elle est : une embrouille de filles vraisemblablement obnubilées par le culte du corps de nos sociétés marchandes. Malheureusement, cette histoire de rivalité entre filles aura permis les commentaires racistes du tout venant stimulés par ceux d’une bonne partie de nos élites médiatiques et politiques .

D’une embrouille entre filles pour des motifs futiles d’une banalité affligeante, les dirigeants de partis de gouvernement et les médias dominants ont réussi à nous faire un conflit de civilisation, une crise de laïcité, voire de la lutte contre le terrorisme. Les premiers à nous bassiner avec la chute du niveau intellectuel de la France sont les premiers à creuser toujours plus bas.

La France en maillot de bain, garant de la « civilisation »
Leur propos suinte le racisme et le sexisme. En France, c’est connu : les femmes sont bien traitées, surtout si elles sont en maillot de bain. Avant l’arrivée des musulmans en France, tout le monde se promenait en costume de bain. Les femmes se promenaient sans pression dans les rues. Il n’y avait pas de sifflement, de regards salaces ou d’agressions sexuelles.

Les médias, qui se sont empressés de monter en épingle l’embrouille du parc Léo Lagrange pour nous mettre en scène le sexisme présumé des musulmans, sont les premiers à instrumentaliser l’image du corps des femmes.
Ils imposent un standard et une norme de physique à travers émissions et publicités pour faire l’argent. Plus hypocrite qu’eux tu meures. C’est leur représentation et leur exploitation d’image de femmes « parfaites » souvent nues pour nous vendre des yaourts, des voitures et tout un tas d’autres marchandises qui fait que quand une personne ne ressemble pas aux canons de la classe dominante, elle se prend des remarques ou des moqueries.

C’est le monde qu’il ont construit et qui les fait vivre grassement qui génèrent les conditions de l’embrouille de Reims. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir naturellement une plastique d’étalon de la beauté et peut donc être exposé aux vacheries des heureux élus de la génétique ou des maniaques la sueur en salle de sport.

« Tu fais la meuf "in" / Mais nous on le sait que t’as pompé ton style sur Beyoncé / J’suis pas une bombe latine. »

Cela peut entraîner une réaction, et consécutivement une altercation.

« Pourquoi tu fais genre, j’te vois venir / Avec tes belles jambes tu te crois tout permis / Mais baisse les yeux, trouve-toi un autre mec c’est mieux. »

La France en maillot de bain, garant de la « civilisation »

Instrumentaliser le corps féminin

Ainsi, en France, on a plus de chances de se faire embrouiller pour un regard de travers, une remarque blessante sur un accoutrement ou un sur les formes non standard d’un corps que parce qu’on ne respecte pas un code vestimentaire lié à une religion.

Enfin, ça dépend. Quand on est une femme et que l’on porte le hijab, cela devient de plus en plus dangereux en France mais ça, ce sont des histoires qui intéressent rarement les médias et le personnel politique du PS au FN.

Les partis de gouvernement savent bien que s’ils veulent continuer à prospérer sur le racisme ambiant il faut se saisir de tous les faits divers et les déformer par l’islamophobie patente ou latente. L’affaire de Reims est parfaite pour en ce sens qu’elle contribue de faire croire que les musulmans sont les seuls à être sexistes en France.

Cette triste histoire de gamines permet aux médias et aux personnels politiques du PS au FN d’instrumentaliser le corps des femmes et de réduire le combat féministe à des centimètres carré de vêtement.

Bronzer en maillot de bain devient un acte de défense des valeurs françaises. Ainsi, cet été, les défenseurs de la république bourgeoise sont plus attachés à se dénuder en soutien à une affaire islamophobe montée de toute pièce plutôt qu’à se mobiliser pour les congés payés qui permettaient de partir en vacances (dédicace à Léo Lagrange). Rares sont ceux qui se sont indignés par cette injustice banale et se battent pour le droit aux vacances de nos enfants.

La prochaine étape dans l’escalade raciste des experts en bikini et bronzette sera sans doute de nous dire que les musulmans sont cancérigènes si on reste trop longtemps à côté d’eux en maillot de bain. On peut aider les chroniqueurs et les représentants des partis politiques du PS jusqu’au FN à poser les bases du « débat républicain »: faut-il tuer les musulmans pour être tranquille sur le bord de mer ou doit-on faire des plages (et des autobus) réservées aux Français héritiers de la civilisation du maillot bain?

****
Quartiers Libres est un collectif de militant-e-s de quartiers, de journalistes, d’universitaires qui tou-te-s vivent, travaillent, ou militent en banlieue, réuni-e-s au lendemain des révoltes de 2005 lancées à Clichy-sous-Bois après la mort de Zyed et Bouna.