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Société

Rétro 2012 : les musulmans maltraités dans une France plus islamophobe

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 31 Décembre 2012

2012 est mort, vive 2013 ! Les musulmans de France en seront-ils mieux traités pour autant ? Retour sur les événements médiatiques marquants d’une année où une plus grosse vague islamophobe a de nouveau emporté les musulmans de France, dans l'indifférence d'une classe politique qui ne s'en préoccupe pas.



Rétro 2012 : les musulmans maltraités dans une France plus islamophobe
La fin de l’année 2012 est arrivée, pas la fin du monde. L’heure du bilan a sonné et il n’est pas des plus positifs pour les musulmans de France.

Impossible de faire l'impasse sur la présidentielle. Le débat sur le halal, lancé par le Front national, a pollué la campagne présidentielle de 2012, dont sont sortis vainqueurs le PS et son champion, François Hollande, face à un Nicolas Sarkozy, qui, pour s’attirer les faveurs des sympathisants du FN, avait déclaré, entre autres inepties, que le halal était « le premier sujet de préoccupation des Français ».

L’UMP plus à droite face à une gauche aux promesses envolées

La défaite de l’UMP à la présidentielle et aux législatives n’a pas pour autant dissuadé des ténors du parti, à commencer par Jean-François Copé, de surfer sur la vague islamophobe. Après sa théorie du racisme anti-blanc repris des tiroirs de l’extrême droite, son histoire de pains au chocolat contée en septembre, a marqué les esprits. Sarkozy oublié, Copé a bien été la personnalité politique la plus agaçante de 2012 pour les musulmans de France.

Finalement, l’UMP a sombré dans une crise historique à l’issue des élections à la présidence du parti en novembre, faisant oublier un temps l’action du gouvernement, dont la tenue de ses promesses phares de campagne se fait attendre, à l’exception notable du projet sur le mariage pour tous qui pourrait bien voir le jour en 2013, quoiqu'en pensent les leaders religieux du pays.

« Le changement, c’est maintenant ! » Vraiment ? Comme le « Yes, we can ! » de Barack Obama, le slogan socialiste a visiblement fait pschiit.

Une campagne présidentielle polluée par l’affaire Merah

Comment parler de 2012 sans évoquer l’affaire Mohamed Merah ? Le « tueur au scooter », qui a laissé deux victimes musulmanes et un chrétien parmi les soldats ainsi que quatre juives, a choqué la France en mars dernier. Si l’affaire est loin d’avoir livré ses secrets, elle a blessé toute une communauté, qui a ravivé ses craintes d’être à nouveau assimilée à des actes que l’islam interdit.

Première touchée par l’amalgame, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui organisait, une dizaine de jours après la tuerie, sa 29e édition de la Rencontre annuelle des musulmans de France. L’Etat avait alors prononcé des interdictions d’entrée sur le sol français de plusieurs savants invités reconnus, expliquant que ces derniers promouvaient des discours de haine. Une contre-vérité révélatrice de l’hypocrisie des responsables politiques au pouvoir qui n’avaient jamais empêché auparavant les mêmes cheikhs à venir en France.

Film anti-islam, caricatures, agressions… une islamophobie en progression

Les discours politiques ont indéniablement favorisé la banalisation de l’islamophobie, qui a connu encore une forte progression en 2012. Selon un premier bilan de l'Observatoire contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM), les actes islamophobes ont augmenté de 42 % sur les dix premiers mois de 2012. Le plus emblématique fut l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers par l’extrême droite en octobre 2012.

La campagne contre l’islamophobie lancée par le CCIF en novembre 2012, malgré son originalité, n’a pas soulevé les débats nécessaires auprès d’une France qui ne se préoccupe sérieusement pas de l’éradiquer, bien au contraire. Se sentant pousser des ailes, Véronique Genest, alias Julie Lescaut, a d'ailleurs fait son coming-out islamophobe cette année.

Quant à Charlie Hebdo, il a récidivé en septembre 2012 en publiant de nouvelles caricatures du Prophète Muhammad, enclenchant l'exaspération de la communauté musulmane. Celle-ci était déjà en pleine tourmente avec le navet anti-islam « L’innocence des musulmans », qui a enflammé le monde arabo-musulman.

De son vivant, Mouloud Aounit, une figure emblématique de la lutte contre le racisme, n’aura pas assisté à ces provocations : il est décédé à l’âge de 59 ans en août. L’islamophobie, une future cause nationale ? La demande du CFCM – qui n’a pas réussi en 2012 à se relever des élections de 2011 – a été totalement ignorée par le gouvernement.

Les musulmans plus offensifs en 2013 ?

Face aux attaques répétées contre la figure sacrée de l’islam, le Qatar a annoncé la préparation d’un blockbuster retraçant la vie du Prophète Muhammad avec un budget colossal d’un milliard de dollars, sponsorisé par le cheikh Yusuf Al-Qaradawi. Une annonce de l'émirat qui s’ajoute à bien d’autres en France : la plus discutée fut celle du fonds pour les banlieues qui, après l’arrivée au pouvoir de Hollande, est devenu un fonds pour les petites et moyennes entreprises (PME) pour s’éviter de nouvelles controverses, aussi futiles soient-elles. Mais rien n’arrête le minuscule Etat du Golfe dans sa conquête du monde : pour s’assurer un avenir post-pétrole, il a dernièrement déclaré son intention d'investir 10 milliards dans de grands groupes français.

Avec ces sombres affaires du film anti-islam et de Charlie Hebdo en septembre, suivies de l'opération anti-terroriste menée en octobre après l'attaque d'une épicerie casher, les médias ont vite fait de zapper l’ouverture du département des Arts de l’islam au Louvre, inauguré en septembre. Le succès a cependant été au rendez-vous : le Louvre a ainsi battu un record de fréquentation en 2012 avec 10 millions de visiteurs, dopée en cela par l'ouverture du nouveau département, que Saphirnews élève comme l’évènement culturel de l’année 2012.

Bilan fait, le traitement politique et médiatique de l’islam reste négatif. 2012 fut à nouveau riche en évènements anxiogènes pour les musulmans, qui continuent toutefois leur chemin de croix pour véhiculer auprès de la société française une image éloignée des fantasmes propagés par l’extrême droite.






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