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Politique

Halal : la FN-attitude de l’UMP nivelle la campagne électorale par le bas

Juifs et musulmans refusent l’étiquetage de la viande

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 6 Mars 2012

Le Front national a su réorganiser l’agenda politique du moment comme du papier à musique. Mais si le halal continue de faire l’actualité des mass médias, c’est surtout grâce à l’UMP, qui a repris à son compte la polémique, en faisant du halal un nouvel argument de campagne. En mal dans les sondages, la majorité présidentielle est décidée à conquérir le terrain de son concurrent frontiste, Nicolas Sarkozy allant même jusqu’à oser déclarer que le halal est « le premier sujet de préoccupation de discussion des Français ». Les musulmans réagissent mais peinent à être entendus, tandis que les organisations juives savent se faire écouter.



Halal : la FN-attitude de l’UMP nivelle la campagne électorale par le bas
Une nouvelle étape dans la polémique a été franchie ce week-end lorsque Claude Guéant a fait un parallèle improbable entre le halal et le droit de vote des étrangers, suivi des déclarations de Nicolas Sarkozy se prononçant pour l’étiquetage de la viande selon le mode d’abattage et de son Premier ministre appelant les religions à revenir sur les « traditions datées » de l’abattage rituel.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) est sorti de son silence, mardi 6 mars, et a déclaré qu’il « n'accepte pas que l'islam et les musulmans servent de boucs émissaires dans cette campagne ». Une position qui intervient au lendemain de la réaction du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Richard Prasquier, « choqué » par la déclaration « stupéfiante » de François Fillon.

Si l’abattage rituel concerne aussi bien juifs que musulmans, c’est le halal – nettement moins que le casher – qui est davantage attaqué.

Le terme même de « casher » n’a été que très peu employé jusque-là. Ce qui n’a pas empêché la communauté juive de monter rapidement au créneau et de s’opposer contre l’étiquetage de la viande en fonction des méthodes d’abattage. Résultat : le grand rabbin de France et le président du Consistoire central vont être reçus par le Premier ministre en personne. En revanche, pas le CFCM.*

La faible influence exercée par les organisations musulmanes auprès de la classe politique est manifeste, cette dernière se permettant alors d’attaquer les musulmans quand bon lui semble.

La souffrance animale instrumentalisée contre les religions

Bien que le manque de transparence dans la filière du halal préoccupe en premier lieu les musulmans, plus avertis face aux risques du faux halal, l’Association de sensibilisation d'information et de défense du consommateur musulman (ASIDCOM) est également opposée à la proposition du président-candidat, qui peut amener à « la stigmatisation de l’abattage rituel du fait qu’on attribue une ethnicité à la viande ».

« Le discours dominant fait croire aux Français que la souffrance animale est le seul fait de l’abattage religieux juif mais surtout musulman, vu la manière systématique dont l’islam est pointé du doigt », s’insurge Hanen Rezgui, la présidente d’ASIDCOM, auprès de Saphirnews.

Même son de cloche pour l’Union des organisations islamique de France (UOIF), qui a déclaré, dans un communiqué paru mardi, que « la prétention que l’abattage rituel provoque une souffrance supplémentaire pour l’animal sacrifié, n’est pas fondée scientifiquement » et que « des études scientifiques confirment que ce type d’abattage est moins stressant pour l’animal et plus clément que l’abattage ayant recours à l’étourdissement ». Au-delà de cet avis, l’UOIF a rappelé que les musulmans qui tiennent au respect des conditions de l’abattage rituel « n’imposent naturellement à personne cette pratique religieuse et n’ont aucun intérêt à chercher sa généralisation ».

L’étiquetage mènerait à la stigmatisation

ASIDCOM, qui attribue la paternité de la polémique sur le halal au reportage d’« Envoyé spécial », diffusé mi-février sur France 2, se rallie à la position du CFCM selon laquelle « la seule mention "après ou sans étourdissement" ne dit pas toute la réalité » sur l’abattage.

Electronarcose, percussion, pistolet à tige perforante ou encore l’étourdissement au gaz : les méthodes d’étourdissement sont nombreuses et, contrairement à ce que veut bien faire croire l’OABA (Oeuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs) et ses soutiens, ne sont pas indolores pour l’animal et pas plus éthiques. Préciser la méthode exacte de l’étourdissement n’aura sûrement pas le même impact auprès des consommateurs que la simple mention « après ou sans étourdissement ».

« On focalise la question du bien-être animal sur le moment de l’abattage, mais on détourne l’attention du consommateur des vrais problèmes qui ont lieu dans toutes les étapes de la vie de l’animal avant sa mise à mort », nous précise Mme Rezgui, qui craint désormais que « l’étiquetage amène à l’interdiction de l’abattage religieux à long terme ».

Un débat qui est loin des préoccupations des Français

La question du halal, mise en exergue lors de la campagne électorale, est « un faux problème à vocation polémique, politique et électoraliste qui ne sert pas à la défense du consommateur non musulman », selon Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon. Une polémique qu’il accepte d’autant moins qu’un nouveau décret du ministère de l’Agriculture a été adopté en décembre 2011, afin de mieux contrôler les établissements pratiquant l’abattage rituel.

« Il est clair que la droite est consciente que sa seule chance pour emporter les présidentielles est d'attirer les voies de l'extrême droite. On assiste alors à des dérapages synchronisés de la part du candidat à la présidentielle et de ses premiers hommes sur le sujet du halal. On fait l'amalgame entre "être étranger" et "être musulman". On nourrit une peur du halal, en profitant de la méconnaissance des Français sur l'abattage religieux », conclut Mme Rezgui.

Les Français, toutes confessions confondues et sans confession, attendent mieux de cette campagne.

Mais à moins de sept semaines, les espoirs de se focaliser à nouveau sur les vrais enjeux de société sont minces, à entendre M. Sarkozy, qui s’est évertué à dire lundi que la première préoccupation de ses concitoyens est le halal. Le chômage, la crise, l’éducation, les discriminations… autant de sujets passés aux oubliettes.

A force de surenchérir, Sarkozy pourrait bien finir par perdre la bataille présidentielle. Ses opposants diront alors merci au halal.







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