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Société

Halal et casher, cible d’une campagne nationale contre l’abattage rituel

L’étiquetage des produits réclamé

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 5 Janvier 2011

La campagne nationale contre l’abattage rituel, lancée mardi 4 janvier par plusieurs associations de défense des animaux, dont la Fondation Brigitte Bardot, crée la polémique. Souhaitant sensibiliser les Français sur l’« horreur » que constituent les méthodes d’abattages juif et musulman, la campagne revêt davantage celle d’une propagande de lutte contre les habitudes alimentaires des citoyens juifs et particulièrement musulmans, qui ne cesse de faire la une de l’actualité.



Cette affiche de la campagne nationale contre l'abattage rituel est désormais visible en France.
Cette affiche de la campagne nationale contre l'abattage rituel est désormais visible en France.
Le halal et le casher sont les cibles depuis longtemps des organisations françaises de défense des animaux. Parmi elles figurent l’Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA) et la célèbre Fondation Brigitte Bardot. Partisanes d’une mise à mort des animaux avec étourdissement préalable, elles ont décidé de se regrouper en collectif* afin de porter une campagne nationale contre l’abattage rituel, une méthode qu’elles jugent « cruelle ».

Lancée mardi 4 janvier à l’échelle nationale, la campagne se veut donc choc. 2 226 affiches en 4 x 3, dont une partie a fait son apparition à Lyon la veille, ont été placardés dans tout l’Hexagone, avec pour mot d’ordre : « Non à l’abattage rituel. » En somme, c'est non au halal et au casher.

Près de la photo d'une tête d’un veau est inscrite une phrase qui ne laisse pas de place au doute : « Cet animal va être égorgé à vif sans étourdissement et dans de grandes souffrances. C'est ça, un abattage rituel », suivis plus bas du slogan « Arrêtons cette boucherie ! » sur fond rouge, rappelant le sang versé par ces animaux.

Les affiches, qui avaient une première fois été interdites en novembre 2010 par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) au motif que les religions juive et musulmane étaient stigmatisées, ont été finalement validées quelques semaines plus tard. Les termes « halal » et « casher » ont disparu et été remplacés par celui de « abattage rituel ». Les cibles restent toujours aussi faciles à deviner.

Une campagne anti-halal et anti-casher

La Fondation Brigitte Bardot est bien connue pour ses positions contre l’alimentation halal et casher. Comme elle, l’OABA et les autres associations usent désormais de gros moyens pour faire interdire l’abattage rituel. N’arrivant pas à leurs fins, ils utilisent la publicité et Internet pour faire entendre leurs arguments, jusqu’à servir des contre-vérités aux Français.

Dans le site de la campagne (www.abattagerituel.com ), l’abattage avec étourdissement préalable est présenté, via des schémas joliment dessinés, comme le mode de mise à mort des animaux le plus éthique car l’animal, immobilisé, est « rendu insensible à la douleur. »

Or aucun abattage, y compris rituel, ne se fait sans douleur. Toutefois, pour les juifs et les musulmans, la saignée sans étourdissement est la moins dure et la plus éthique des méthodes ; et l’étourdissement présente un trop grand risque de mort pour l’animal, la bête morte avant la saignée étant interdite à la consommation.

A chacun ses croyances. Mais qui osera dire que l’assommage, l’électronarcose et le gazage, présentés comme les trois moyens d’étourdir l’animal par les associations, est un pur plaisir pour ce dernier ? Le manque d’objectivité est criant. D’autant plus que, pour illustrer l’abattage rituel, le site n’hésite pas à utiliser photos chocs pour conforter les convaincus et pour finir de persuader les visiteurs qui en doutaient.

Plus aberrant encore, l’OABA fait partie du groupe de travail mis en place par l’AFNOR agissant sur l’élaboration d’une éventuelle norme halal européenne. Au vu de ses positions sur l’abattage rituel, sa présence dans le groupe est plus que douteuse.

Un étiquetage spécifique réclamé par le collectif

Pour le collectif d’associations, l’étiquetage sur les produits carnés, qui précise quelle est la méthode d’abattage utilisée, est une solution visant à apporter plus de transparence sur le marché. « Sans étiquetage spécifique, le consommateur est donc volontairement tenu dans l’ignorance du mode d’abattage. Pourtant, jusqu’à 60 % de la viande issue d’animaux abattus selon le rite musulman et plus de 70 % de la viande issue du rite juif se retrouvent dans le circuit classique à l’insu des consommateurs », affirme le collectif.

S’il est fait de manière objective et non discriminatoire (que l’abattage classique et l'abattage rituel soient sur le même plan), l’étiquetage pourrait s’avérer le seul point commun sur lesquelles associations de défense des animaux et organisations musulmanes pourraient s'accorder. Il pourrait en effet résoudre en partie les carences en matière de transparence et de traçabilité qui caractérisent le marché tant convoité du halal et offrir aux consommateurs musulmans des informations précises sur les méthodes employés par les industriels.

C’est d’ailleurs l’une des positions défendues, à moindre mesure, par l’Association de sensibilisation, d'information et de défense du consommateur musulman (ASIDCOM), qui considère que la lutte contre le faux halal en France doit être une des priorités des consommateurs musulmans, à l’heure où 60 à 80 % du marché de la viande dite halal ne l’est pas dans les faits et où les agences de certification halal ne sont pas tombés d'accord sur une définition du halal.

Mais que ces associations se détrompent : la campagne n’est pas pour autant acceptable et offre du pain bénit à l’extrême droite. La stigmatisation des habitudes alimentaires des citoyens juifs et musulmans est bien l’un de leurs centres d’intérêt.


* Outre l’OABA et la Fondation Brigitte Bardot, le collectif est constitué de la Fondation assistance aux animaux, de la Protection mondiale des animaux de ferme, du Conseil national de la protection animale, de la Société nationale pour la défense des animaux et de la Confédération nationale des SPA de France.







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