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Politique

Présidentielle 2012 : le score historique du FN détonne mais préoccupe

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 23 Avril 2012

Sans surprise, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont été qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle prévu pour dimanche 6 mai. En revanche, la vraie surprise nous vient du Front national (FN), qui a fait un score historique avec 18 % des voix. Marine Le Pen arrive même à éclipser les scores de son père, qui avait réussi à accéder au second tour de la présidentielle de 2002 grâce à une forte abstention. Cette fois, on ne peut en dire autant : la participation électorale a atteint les 81 %. La tentation vers l'extrême droite de la société française s'est matérialisée et suscite des inquiétudes.



Présidentielle 2012 : le score historique du FN détonne mais préoccupe
« Une nouvelle droite est née », a exulté Marine Le Pen, à l’issue des résultats du premier tour à la présidentielle dimanche 22 avril. Pour sa première campagne à la tête du Front national, Marine Le Pen n’est pas parvenue à réitérer l’exploit de son père de 2002. Mais avec un score qui atteint 18 %, elle réussit à faire mieux que Jean-Marie Le Pen en 2002 (16,86 %) et en 2007 (10,44 %). Dans de nombreuses communes de France, elle obtient de très bons résultats, à commencer dans son fief pas-de-calaisien de Hénin-Beaumont (35,4 %).

L'entreprise de dédiabolisation du FN a fait son œuvre grâce, en partie ,à l'image plus « moderne » dont bénéficie la présidente du parti.

La polémique du halal puis l’affaire Mohamed Merah lui ont donné de quoi alimenter et renforcer ces dernières semaines ses thèses racistes et islamophobes connues de longue date et n’ont pas effrayé les quelques 7 millions de Français qui ont voté pour elle.

« Des millions de Français sont entrés en résistance, ce n'est qu'un début, continuons le combat », s'est félicitée Mme Le Pen, pour qui son parti « s'est invité à la table des élites ».

A la bataille « Front contre Front », la gauche perd

Le FN devance ainsi, et de très loin, le Front de gauche, mené par Jean-Luc Mélenchon, dont les sondages lui donnaient ces dernières semaines la troisième place. Avec 11,7 % des suffrages, son résultat est en-deçà des espoirs mais néanmoins historique pour ce parti, allié aux communistes, qui étaient abonnés aux précédents scrutins à de très mauvais scores à l'échelle nationale.

« Notre peuple paraît bien déterminé à tourner la page des années Sarkozy, mais l‘extrême droite est à un haut niveau. Nous avons donc eu bien raison de concentrer notre campagne sur l'analyse et la critique radicale des propositions de l'extrême droite. Si nous ne l'avions pas fait, peut-être que le résultat de ce soir serait encore plus alarmant », a déclaré pour sa part M. Mélenchon au regard des résultats du FN.

L’UMP appelle l’extrême droite à la rescousse

Plus que les partis radicaux de gauche, le FN a réussi à cristalliser les mécontentements contre le chef de l'Etat. Ce qui n'empêche pas au parti d’extrême droite d'être plus que jamais courtisé par l’UMP, qui n’a pas hésité à chasser sur les terres de son « rival » pour séduire – en vain – les électeurs du FN.

Désormais éliminés de la course à l’Elysée, près de 60 % des électeurs de Marine Le Pen seraient tentés par voter pour M. Sarkozy le 6 mai. Dans la ligne politique anti-sarkozyste suivie par le FN, la présidente et ses cadres ne devraient toutefois donner aucune consigne de vote. Forts de leur succès, ses militants sont appelés à un rassemblement en l'honneur de Jeanne d'Arc, le 1er mai, place des Pyramides, à Paris.

Le FN se prépare en parallèle aux élections législatives de juin 2012 et veut finir par convertir au lepenisme l’aile dure de l'actuelle majorité présidentielle, en particulier le groupe de députés de la Droite populaire, emmené par Thierry Mariani et Lionel Luca. Il s’imagine même être le leader d’une « nouvelle droite », en cas de défaite éventuelle (et probable) de M. Sarkozy.

« Face à un président sortant, à la tête d'un parti considérablement affaibli, nous sommes désormais la seule et véritable opposition à la gauche ultralibérale, laxiste et libertaire. (…) Ce premier tour n'est pas une fin en soi mais le commencement d'un vaste rassemblement des patriotes de droite comme de gauche, des amoureux de la France et des défenseurs de son identité, des amoureux de l'exception française », a déclaré la chef du FN.

Celle qui est la fierté de son père inquiète en revanche les antiracistes. SOS Racisme, qui explique le score du FN par « une légitimation sans précédent des thèses du Front national au plus haut niveau de la République, le chef de l'Etat en tête » et « l'incapacité relative des partis politiques traditionnels à présenter un projet de société dans lequel l'ensemble de la population pourrait se retrouver avec confiance », a jugé Mme Le Pen comme « un danger majeur pour la démocratie ».






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